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Tayeb Kennouche. Sociologue

Un plaidoyer pour le «je»

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le 17.03.17 | 12h00 Réagissez

Je sais que j’appartiens à une société où l’individu peine à se constituer, à s’affirmer ou à advenir. Je ne suis ni Démosthène ni Cicéron et j’aimerais, pourtant, cher lecteur, que vous m’accordiez votre attention sur le plaidoyer que je tiens, aujourd’hui, à faire sur le «je».

Mais pour me suivre, je voudrais qu’à chaque paragraphe vous puissiez seulement vous souvenir que l’incapacité de penser n’est pas la prérogative de tous ceux qui manquent d’intelligence, elle est, nous avertit Hannah Arendt, cette possibilité toujours présente qui guette chacun de nous. Pour mener à son terme ce plaidoyer, j’aurais à prendre des chemins quelque peu sinueux pour tenter de dire la façon avec laquelle ma société produit du lien social au travers des usages sociaux qu’elle fait des pronoms personnels. Dans de telles pratiques, ce lien semble trouver une expression sociétale toute particulière.

J’avoue qu’au moment où j’avais porté mon attention sur cette question, j’étais dans l’ignorance que Kant avait soumis, dans La critique de la raison pure, le cogito cartésien à un décapage virulent. Grande est alors ma dette à cette ignorance qui m’a permis de prendre la juste mesure de l’énorme retard de lectures qui était le mien dans ce domaine et que je me devais, nécessairement de combler si je tiens à donner à l’intérêt que je porte à la grammaire sociale des pronoms personnels l’importance qu’elle mérite d’avoir.

Il reste, cependant, que certaines de ces lectures m’ont appris de me mettre autrement à l’écoute de la société qui est la mienne. En effet, ce que je demande désormais à l’observation, ce n’est pas de me renvoyer, de manière narcissique, ma propre image d’observateur, mais qu’elle m’aide à mettre l’œil, comme on met la main, sur un territoire lointain, très peu exploré, et pourtant si proche.

Grâce à certaines de ces lectures, j’arrive enfin à demander à l’observation de me faire découvrir le seuil à franchir pour me retrouver, les yeux dans les yeux, avec la société. Je réalise, alors, qu’observer une société, c’est accepter surtout de la révéler là où elle veut rester pudique d’elle-même, de la mettre nue en lui ôtant toutes ses feuilles de vigne. Observer une société, c’est la chahuter dans le lac tranquille où dorment, sans vague aucune, ses profondes certitudes.

C’est l’inquiéter, aussi, dans la discipline avec laquelle elle range, pieusement, dans sa boîte noire, sa morale et ses croyances. L’observer sans la trahir, ce serait un peu la tromper et se tromper, un peu beaucoup du regard. Observer une société, c’est, en fait, choisir de la perturber dans l’ordre de tous ses ordres et de ses désordres aussi.

C’est de cette manière que j’arrive, comme un voyeur, à porter sur elle un regard impudique pour la saisir dans les plis secrets de son intimité. C’est, je pense, de cette façon que peuvent naître les ruptures les plus surprenantes où le sens peut, enfin, trouver les conditions objectives de son émergence. C’est de cette façon que nous aurons à nous «attendre à l’inattendu» pour reprendre cette formule superbement buissonnière, si chère à Edgar Morin. Trouverai-je dans les syllabes latines les mots au moyen desquels j’espère, cher lecteur, vous révéler quelque chose de ma société qui est la votre sans la travestir ?

Dans notre société, la trame de la vie quotidienne semble se tisser de paroles mises en circulation par des personnes qui ont toutes les peines du monde à se représenter étrangères entre elles puisque toutes sont du même pays. Vous avez dû sûrement relever que partout, dans les bus par exemple comme dans la rue, dans les salles d’attente, ou dans les marchés, tout le monde se croise par et dans la parole au point où tous ces «inconnus» qui conversent, qui se parlent, qui dialoguent donnent à l’observateur le plus averti l’air familier d’être de vrais amis.

C’est par ces échanges fortuits que se met en place une vie sociale faite de sourires échangés et de colères exprimées aussi, de cafés payés par on ne sait qui, de cigarettes offertes, et avec le feu qui va avec, s’il vous plaît, par un inconnu de passage, de confidences murmurées à l’oreille du premier venu et d’une franche poignée de main pour se dire au revoir au prochain rendez-vous que le hasard se chargera de programmer pour eux, car tous savent que dans leur culture seules les montagnes ne se rencontrent jamais.

Il est, en effet, difficile de ne rien dire ou d’être sourd quand chacun se trouve être pris dans une circulation dense et ininterrompue de paroles qui ne laisse presque jamais personne sur le bas-côté. Comme il n’est pas aisé dans notre société de ne pas être dans la proximité, il est alors rare de ne pas être dans le partage de cette parole que vous adresse l’autre qui se croit être votre frère, qui pense être votre semblable et c’est en devenant «vous», qu’il finit par vous menotter dans le «nous» duquel, alors, il vous sera bien difficile de vous évader.

Voila, en somme, comment, chez nous, s’opère le rapt du «je», qui se voit, ainsi, enchaîné comme un maillon à une longue chaîne où il est dérobé de sa propre identité et où il n’a plus aucune prise sur la façon dont il est exproprié de lui-même. Il est ignoré au moment même où il se croit être reconnu. Sans le savoir, sans le sentir surtout, il cesse de s’appartenir car de manière sournoise le «nous» vient de prendre possession de lui.

Combien de fois, cher lecteur, n’avez-vous pas entendu cette formule qui sonne comme une sentence : «Nous sommes tous des enfants de 9 mois» (Rana Ga3 Wlad Tes3e Ach’or) qui commande au «je» ne plus se prendre pour lui tout seul, mais pour tous les autres à la fois.
Voyez-vous comme il est facile chez nous de voir l’individu se mettre dans l’oubli de lui-même ? Distrait de sa propre personne, il accorde son attention pleine et entière au «nous» à qui il ne souhaite déplaire d’aucune manière.

Il est dans la crainte d’être débusqué différent. Comme tout le monde sait qu’il est un enfant de neuf mois, il est dans la crainte d’être perçu dissemblable, insolite, atypique. Il a peur, en fait, de ne pas ressembler à celui que le «nous» croit avoir sous la main. Voilà pourquoi nous passons le plus clair de notre temps à nous surveiller pour faire toujours bonne figure. Nous nous évadons alors de nous-mêmes pour trouver, dans le visage que nous impose le «nous», le meilleur masque pour nous cacher de notre propre image.

Combien de fois n’avez-vous pas entendu notre société nous conseiller, par la sagesse de ses nombreux adages, sous peine de réprimandes, de faire comme le voisin, de l’imiter sinon de changer de rue ou d’habitation ? (Dir Kima Jarek Wella Hewel Bab darek).
C’est en prenant avec soin tous les traits du «nous» que le «je» est dans l’assurance de passer inaperçu dès lors qu’il a choisi de ressembler à tout le monde. Il n’est pas n’importe quoi, il est surtout n’importe qui.

Il ne se reconnaît plus. Il l’a échappé belle. Il a cessé d’être lui. Voila pourquoi, vous écrire aujourd’hui, cher lecteur, est pour moi comme une catharsis, comme une sorte de maïeutique pour libérer les souvenirs et les faire surgir clairs et nombreux pour les entendre, enfin, chahuter le monopole depuis longtemps exercé sur nos identités. Nous ne savons plus qui nous sommes depuis, qu’indépendants, nombreux sont ceux qui continuent d’être dans l’oubli de revenir à leurs anciennes maisons.

J’ai dû, dans un grand silence, subir tous mes voisins, jusque dans leurs mots, pour dire une vie dont laquelle je n’avais aucune existence. J’ai alors vécu dans l’inconfort qui vient de la crainte d’être surpris tel que je suis. Je passais mes jours à leur tisser une trame de vie, chaque fois pitoyable et factice. Seules les nuits me permettaient d’être ponctuel avec les rendez-vous que je prenais avec moi-même. Ce moment de la journée me restaurait comme neuf dans l’intégrité de toutes mes émotions retrouvées. C’est la nuit qui me restitue mes vrais enfers et mes vrais paradis.

A la manière de beaucoup de femmes de ma société, j’ai fait porter le voile à mon identité. J’ai vécu bien loin de ma personne, qu’aujourd’hui je cherche à m’en approcher pour la reprendre pleine et entière et lui demander de bien vouloir m’excuser pour l’avoir tant de fois désertée.
J’ai tellement existé pour le regard des autres que durant tant d’années j’ai lourdement endossé une vie qui n’était nullement la mienne.

C’est de cette manière que je me suis désappris en faisant porter à mon existence, comme une prothèse insupportable, une histoire dans laquelle jamais je ne m’étais retrouvé. Vous écrire, cher lecteur, me réveille de mes somnolences et de mes torpeurs pour ne plus faire semblant de se reconnaître dans les mots qui ont conspiré contre ma condition d’être.

C’est de très loin que je sais le mieux me revenir sans me manquer. Il m’a toujours fallu m’éloigner de mes invisibles proximités pour me libérer des liens que l’habitude, comme une seconde peau, me fait, aveuglement, subir. C’est ainsi que je me sens alors en mesure de m’appartenir totalement pour choisir, sans faux-semblant, non seulement ma façon d’être avec moi-même, mais également avec autrui. C’est par cette sorte de liberté que j’arrache des mes propres mains ligotées, qu’il me plaît d’affranchir l’«autre» de lui-même, par le bonheur que j’ai de lui présenter de ma personne un visage nu qu’aucun fard ne vienne grimer.

La liberté est comme le bonheur, elle est contagieuse. Sans le savoir, il nous arrive quelquefois de posséder la clé qui ouvre, sans peine, les menottes de tant de mains entravées qu’il nous arrive, dans la journée, de serrer par urbanité. C’est dans la culture du singulier que le pluriel trouve la source de son intelligence car sinon il ne désignera, en somme, que les éléments, confondus, de la «horde primitive», aujourd’hui libérée de ses enclos.

Et pourtant, hélas, combien sont nombreux les exemples tirés de l’histoire, souvent très douloureuse et toujours mouvementée de notre société qui sont en mesure de nous renseigner sur toutes les tentatives désespérées menées par le «je» dans le but de rester debout, insurgé, rebelle, et surtout actif pour dénoncer et combattre par la parole et la pensée l’intolérance et l’injustice.

Au cours de cette longue histoire, le «je» a connu l’exil et l’emprisonnement car il est toujours critique et ne marche jamais au pas. Sa voix n’est audible que lorsqu’elle est dissonante à celle que le «nous» taille, sur mesure, dans le bois, souvent béni, pour être plate, monocorde et monotone de peur de la voir perturber l’ordre qui est chargé de la reproduire toujours identique à elle-même. Le «je», durant cette période collectiviste, a toujours été pointé du doigt pour être accusé de tous les torts et affublé de tous les vices et tous les travers. Et quand il arrive que l’on lui reconnaisse quelque intelligence, voilà que, du coup, on la lui fait partager avec l’ennemi supposé être caché en lui.

L’histoire de ma société raconte, encore, qu’il lui est également arrivé de mourir, assassiné, des centaines de fois, car il porte sur ses frêles épaules une forte tête qui le fait sortir de la masse. Il fait toujours courir le risque de faire changer le sens de la marche au troupeau dont le «nous» affectionne d’en être le berger. Il est le seul à regarder l’avenir quand c’est vers le passé que le «nous», toujours aussi densifié, aussi massifié, veut nous faire revenir. Il a toujours dessiné un horizon ouvert à sa société que le «nous» préfère tenir clôturée.

Il est difficile alors de dire «je» dans une société où le «nous» semble avoir pris toute la place. Je n’essaye pas de faire surgir du passé une autre histoire comme diraient les Lacanistes dans la mesure où je tente simplement de rassembler les éclats éparpillés d’une mémoire brisée qui m’a rendu oublieux du fait que lorsque le «je» prend la parole en société, il doit très vite mettre à mort cette hérésie, cette audace, la sacrifier par une sentence cérémonielle : «Moi et que Dieu bannisse le ‘’Je’’», (Ana Wa3oudou Billah Min Kelmet Ana).

Le «je» cesse, alors, par le pouvoir de cette formule, de servir à définir l’universalité du sujet pensant. Il s’empêche de penser dans la mesure où il accepte d’être pensé par le «nous». Il est comme vidé de son sujet. Par cette formule, le «je» se dissout dans le «nous» pour devenir un non-sujet. Il s’évanouit. Il se met dans l’absence. Il s’installe dans la vacance par son allégeance déclamée à l’idée transcendantale du «nous». Si dans cette formule le «je» s’affirme pour mieux disparaître dans les sombres abimes du «nous», se précise aussi la vigilance pointilleuse du tutorat que le «nous» exerce, sans partage, sur lui. Dans cette formule, le «je» s’énonce pour renouveler intacte, plus que son adhésion au «nous», sa totale soumission.

De partout le «nous» s’insinue dans le «je», l’encercle, l’étouffe et l’empêche même de dire «je» sans se renier, sans se trahir. Il lui interdit, en somme, d’être à huis clos avec lui-même, d’être maître chez lui. Pour se libérer de cette sorte de camisole qui entrave son identité comme sa volonté, le «je» aurait non à détruire, mais surtout à déconstruire le «nous» au sens derridien du terme, pour le délester de tous les «je» qu’il emprisonne dans l’ignorance qu’ils ont d’eux-mêmes en les empêchant d’accéder à la connaissance qu’ils devraient avoir de leurs sensibilités, de leurs émotions, de leurs pensées ; en un mot, de leur «Etre».

C’est ainsi, affranchi, que le «je» se retrouve dans sa capacité à se donner une intention intellectuelle qui le conduirait à mettre en forme une entreprise critique à l’égard du «nous». Combien sommes-nous, en fait, dans le «nous» ? Y aurait-il de la place pour tout le monde ? Accepter d’être regroupé, ramassé, entassé, emboîté dans le «nous», c’est accepter d’être formaté ou cloné dans une impersonnalité de la pensée. Pour exister hors du «nous» et loin de toutes ses tentacules, il suffit seulement de se mettre à… penser.

Sinon, très vite, le «je» sera conduit à cracher sur sa propre culture pour la purifier de ce qu’il croit être ses souillures. Il aura, ainsi, à renoncer à sa façon millénaire de respirer pour étouffer sa vie dans celle que le «nous» cherche à lui faire insuffler. C’est dans ce reniement constant de soi qu’il aura également à porter tous les jours son corps comme la sépulture de sa propre mort.

De quoi sommes-nous faits, vraiment, mon cher lecteur ?
De quel temps avons-nous hérité de notre existence plusieurs fois millénaire passée sur nos terres que nous avons toujours défendues contre l’envahisseur ? De qui sommes-nous encore ?

Que nous reste-t-il aujourd’hui de ce qui nous fûmes hier ? Quelles traces auront laissé les pas du «je», errant, sur les multiples chemins non fléchés qu’il a empruntés la veille si, dès le matin, l’aube se leve pour les effacer ? Comment nous retrouver quand rien ne dure pour nous aider à revenir ou à avancer ? Qui pourra un jour nous raconter si parmi nous aucun n’est en mesure de témoigner ?

Pour avoir, tant de fois, en nous, tué l’«autre», personne ne saura quelle vie fut la nôtre. Notre vie nous l’aurons passée solitaires, dans une foule à traîner, partout, le cadavre de cet «autre» ou à le porter, mutilé, sur le dos, toujours voûté de notre identité meurtrie. C’est dans la culture du même et de l’identique que toute mémoire s’oublie et disparaît.

Voilà pourquoi je persiste à croire, mon cher lecteur, que l’individu est né pour être toujours semblable, mais à chaque fois différent, dès lors qu’il prend, autrement, dans la vie des chemins sûrement déjà empruntés par autrui. Si l’histoire de ces chemins peut être la même, leur géographie est cependant variée car chacun les aura parcourus selon son rythme et sa vision au point qu’ils finissent toujours par prendre des profils et des configurations diverses. C’est sur ces chemins que se dessine la trame de la vie de chacun qui est faite de disparités, d’aspérités et de cavités aussi.

Sur ces chemins, certains prennent la clé des champs pour s’ouvrir à l’intelligence du monde. D’autres choisissent, pour rencontrer la paix et la sérénité, de s’engouffrer dans des chemins de traverse. Leur but est surtout de parvenir à se dérober du regard vindicatif de ceux qui ont décidé, avec vacarme et fracas, de nous faire rebrousser chemin. Il y a ceux, aussi, qui se mettent en marche sur des chemins de croix. Il se trouve que la différence qui est un attribut de l’humain reste éminemment suspecte dans une société qui, pour se sentir exister, a besoin de se regrouper, comme pour se protéger, dans des catégories trop cuirassées, mais surtout trop exiguës pour permettre à la différence de trouver tout naturellement une place confortable.

Je ne suis pas «Pascalien». Le «je» ne saurait être haïssable pour moi. Il est la marque déposée de mon identité. Il est la signature qui définit et exprime ma personne. Il est tout ce que j’ai pu faire et tout ce que je ferai pour continuer toujours à me construire, dans le respect, sans faille de l’«autre» qui en moi ne cesse d’être un invité qui mérite, de ma part, tous les égards.

Je ne suis pas narcissique. C’est, au contraire, dans les yeux de l’«autre», indéfini et étranger, que je me vois le mieux. J’ai appris avec Paul Ricœur que cet «autre» est le plus court chemin qui permet d’aller de soi à soi. Mon «je» m’a tellement coûté d’efforts pour que, sans douleur, je puise le renier avec tant de désinvolture. Il m’a tellement coûté que, sans prétention aucune, je suis tout à fait à l’aise pour dire que je le vaux bien.

Je ne puis accepter de ne pas le voir maître dans la maison que je ne cesse de bâtir pour lui, car sinon je ne saurais le protéger d’être expulsé par tous les indus occupants qui risquent, par effraction sournoise, de le squatter. Sinon je ne saurai, alors, qui en moi est responsable de mes actes comme de ma conscience. J’ai besoin d’être dans le respect de ma propre personne pour être dans celui de l’«autre» que je voudrais pour moi toujours différent.

A vouloir être moi, je suis conscient de n’être que de la légèreté d’un papillon qui a cependant besoin d’utiliser, même pour une seule journée, la fragilité de ses ailes pour le bonheur délicat qu’il a de voler par lui-même. A vouloir être moi, je sais n’être qu’une graine minuscule, par tant de soins entretenue, depuis d’innombrables saisons, pour qu’enfin elle puisse m’offrir les riches moissons que j’ai patiemment semées en elle. Ce «moi» ne saurait être haïssable.

A vouloir être moi, je ne suis qu’un atome qui entend dans l’humilité non feinte participer à irradier de joie la singulière pluralité non admise de ma société. Vouloir être moi est une invitation adressée à chacun pour que prenne forme une pédagogie de l’éveil de la conscience qui trop souvent, ici, se trouve être profondément endormie sur ses deux oreilles. Beaucoup dans le silence doivent sûrement s’en vouloir d’avoir quelque talent ou quelques graines d’intelligence dans une société qui, de plus en plus archaïque, conspire de manière farouche contre l’art et le savoir.

Ils vivent dans ce silence, reclus et perclus de ne pas trouver dans le «je» qu’ils ont patiemment fait naître comme une source vive, les opportunités possibles, de ressourcer leur pensée qui, sous le poids d’un discours d’unicité mortifère, décroît et s’éteint. Pour se consoler de cet exil, ils utilisent leur modestie naturelle comme une pierre tombale pour fleurir l’amour enterré qu’ils avaient pour la liberté de la pensée.

Face à des idées et à des postures dont la naphtaline n’est plus en mesure de masquer l’odeur du rance, du moisi et du renfermé, le «je» capitule. Il abdique. Il se tait. Il rend les armes dont il ne s’est jamais presque servi. Mais il n’a pas été défait. Il a choisi de refuser le combat pour rester vivant dans une société qui semble vouloir faire de l’idée de la mort une vertu.

Presque plus personne ne donne l’impression d’être en mesure de se retrouver avec lui-même au moment où partout ailleurs les individus se libèrent des allégeances politiques et idéologiques que les sociétés n’arrivent plus à imposer avec la facilité qui leur était habituelle. Il est, en effet, difficile dans notre société d’appréhender la question de l’identité dans des cadres humains moins sclérosés, moins figés, dans des postures culturelles et cultuelles, dirai-je plus volatiles, plus aérées, plus aériennes pour donner à chacun la possibilité de s’en détacher, de s’en éloigner ou de s’en élever.

A beaucoup manque cette possibilité intellectuelle d’être, au sens grec, tragiquement seul, pour que l’Homme soit, en eux, possible. Pour que cet Homme cesse d’être dans la vacance ou dans l’évanescence, il est salutaire de se mettre face à soi-même pour qu’enfin, chacun, se voit revenir de son absence.

Parce que nombre de personnes ne semblent plus ressentir le besoin d’exister pour soi qu’elles oublient d’être libres ou conscientes de la nécessité d’être autonomes. Elles portent sur les murs qui les enferment un regard aveugle qui leur donne l’illusion d’être responsables de leurs choix qui, en fait, ne leur appartiennent guère. Ont-elles vraiment choisi d’«Etre» un jour ?

Par crainte d’être rejetées ou combattues, elles acceptent sans hésitation aucune le cadre de références que la collectivité d’appartenance leur prescrit de manière claire ou implicite. Par cette obéissance de nature grégaire, elles cherchent surtout à échapper à l’isolement, à la mise en quarantaine, à l’excommunication,

Elles acceptent la main sur le cœur d’être «Normales» comme tout le monde, se plaisent à se qualifier pour trouver, à la paresse où à l’oisiveté de leur pensée, le miroir qui les aiderait à donner aux traits multiples de leur visage les stigmates du même et de l’identique.
Dans un processus mondialisé où le différent est en passe de triompher du similaire, la construction identitaire se voit offrir ailleurs des reconnaissances aussi variées qu’inattendues.

C’est ainsi que ne cessent alors de se libérer les identités qui chez nous, menottées, cadenassées, restent prisonnières d’un monopole frileux qui fait flotter sur elles l’étendard dépersonnalisant d’un unanimisme rarement chahuté. Comme la nature, la pensée a horreur du vide. Parce que peu de personnes s’occupent aujourd’hui à cultiver leur jardin, la pensée se trouve être laissée en jachère. Et c’est dans l’ordre des choses qu’au lieu de voir éclore et fleurir des idées, se sont les herbes hirsutes et folles que l’on voit pousser un peu partout.

 
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