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L’Algérie face aux flux migratoires : pour une stratégie adaptée aux nouvelles réalités

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le 15.07.17 | 12h00 Réagissez

Actuellement, un sujet très sensible divise les Algériens. L’objectif est de nous rassembler et non de nous diviser face à la baisse des cours des hydrocarbures de longue durée, comme je le signalais depuis 2010 aux autorités algériennes, et donc d’inévitables tensions budgétaires entre 2017-2020.

Concernant l’aspect migratoire, il s’agit de ne pas se tromper de cible pour paraphraser le langage militaire, mais d’avoir une vision stratégique tenant compte du nouveau monde et cela s’applique également à toute la politique socio-économique. Pour l’Algérie, son Excellence, M. le président de la République, a toujours accordé une attention particulaire à l’Afrique : rappelons son initiative pour le NEPAD.

Donc, ils s’agira de poser les véritables problèmes pour avoir de véritables solutions, loin de la démagogie et de la surenchère. Si l’aspect sécuritaire doit être posé, garant de la sécurité nationale le danger du terrorisme étant à nos frontières, le sujet de l’avis de la majorité des experts que j’ai consultés est bien plus complexe.

1.- Nous sommes à l’ère de la mondialisation où les flux migratoires sont une réalité concrète. Les migrations se sont globalisées, avec les mêmes causes : urbanisation et métropolisation du monde, pression démographique, chômage, information et transnationalisation des réseaux migratoires. Les catégories de migrants et de pays sont devenues plus complexes, la mondialisation des migrations s’accompagnant d’une régionalisation des flux migratoires.

A l’échelle mondiale, les migrations s’organisent géographiquement où des complémentarités se construisent entre zones de départ et d’accueil. Celles-ci correspondent à des proximités géographiques, à des liens historiques, linguistiques et culturels, à des réseaux transnationaux construits par les migrants, et des passeurs (forme d’esclavage) qui forment un espace formel ou informel de circulation, accompagné ou non de facilités institutionnelles de passage.

Les migrations ont plus que triplé depuis le milieu des années 1970 : 77 millions en 1975, 120 millions en 1999, 150 millions au début des années 2000, près de 300 millions en 2017. En 2016, l’immigration venant d’Afrique, continent de 1,2 milliard d’habitants et qui abritera 2,5 milliards de personnes, soit un quart de la population mondiale en 2050, a dépassé les arrivées syriennes, afghanes et irakiennes en Europe. Selon une communication de Frontex, cité par le quotidien en ligne lemonde.fr, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, du 6 janvier 2017, 93% de ceux qui ont débarqué en Italie venaient de ce continent.

L’agence chargée des frontières extérieures de l’Europe estime même que «cette évolution reflète la pression migratoire croissante du continent africain, et plus particulièrement de l’Afrique occidentale, responsable de la majeure partie de la croissance des arrivées par cette route en 2016». L’immigration africaine est mixte, composée de réfugiés éligibles au droit d’asile (Erythréens, Soudanais, Ethiopiens), mais aussi de migrants économiques, notamment originaires de l’Afrique de l’Ouest. Principale communauté arrivée en Italie, les Nigérians ont constitué 21% des entrants, suivis par les Erythréens (11,7%), les Guinéens (7,2%) et les Ivoiriens (6,7%).

Cela traduit les facteurs de la mobilité pour différentes rasions : écarts entre les niveaux de développement humain, crises politiques et environnementales, productrices de réfugiés et de déplacés, baisse du coût des transports, généralisation de la délivrance des passeports, rôle des médias, prise de conscience que l’on peut changer le cours de sa vie par la migration internationale. Le réchauffement climatique, dont la responsabilité incombe aux pays riches et certains pays émergents qui frappera de plein fouet l’Afrique en 2025/2030/2040 accentuera cet exode.

2. Il appartient aux dirigent des pays développés, au lieu d’avoir une autre vision que sentimentaliste, de pendre leurs responsabilités, eux qui ont profité et profitent toujours de richesses de ce continent, ont encouragé la corruption de certains dirigeants du Sud et notamment en Afrique leur permettant des achats de résidences de luxe, sans compter les avoirs déposés dans les paradis fiscaux. S’il y a des corrompus, il y a forcément des corrupteurs.

Mais il existe aussi une raison : l’absence d’espoir dans les pays pauvres qui sont mal gouvernés. Un récent rapport de l’ONU montre que les transferts illégaux de capitaux de l’Afrique vers le reste du monde, entre 1980-2010, ont dépassé le Produit intérieur brut (PIB) actuel de l’Afrique et des aides cumulés.

Le sommet de La Valette, qui a réuni à Malte les dirigeants européens et africains en novembre 2015, a bien été consacré à ce sujet, mais les mesures annoncées ne sont pas jugées suffisantes – en dépit du chèque de 1,8 milliard d’euros signé par l’Union européenne pour ces pays. Faute d’une bonne gouvernance, d’une lutte conte la corruption, (moralité des dirigeants africains), d’éviter ces guerres fratricides pour la prise du pouvoir, la majorité des dirigeants africains n’ont pu asseoir un véritable développement pour leur population, sans compter le mépris pour l’élite, poussant contrairement leurs discours sous un faux couvert dit «nationaliste» qui ne porte plus à l’exode de cerveaux.

Ces différents facteurs accentuent la bipolarisation entre trois mondes, les pays riches, les pays émergents et les pays pauvres, poussant les populations de ces derniers à l’exode, et comme on le constate journellement au suicide collectif (des milliers de morts en mer). Aussi, dirigeants du Nord et du Sud en sont en grande partie responsables.

3.- Face à cette situation, les dirigeants algériens doivent avoir une autre vision de la politique de l’immigration. L’accord entre l’Union européenne et la Turquie, signé en mars 2016 et par lequel Ankara s’engage, moyennant finances, à contrôler l’émigration vers l’Europe, est une explication à ce que bon nombre d’Africains décident de s’installer définitivement dans les pays limitrophes dont l’Algérie.

Aujourd’hui, les Africains du sud du Sahara représentent à peine 10% des migrants de la planète, et la plupart de ces «déplacés» sont juste passés dans un pays voisin du leur. Selon l’OIM, en 2015, je cite le rapport : «Sur les 32 millions qui ont pris la route, la moitié d’entre eux ont posé leur sac sur leur continent».

Situation nouvelle, ces migrants africains qui ne sont pas venus de leur plein gré mais ont fui la misère et la guerre ne sont plus de passage, mais s’installent définitivement au niveau des régions du Maghreb dont l’Algérie régies par des accords internationaux. Cette situation nouvelle appelle donc des solutions nouvelles, loin d’une vision xénophobe, raciste, comportement étranger à la nature de la population algérienne.

Il s’agit d’adapter la législation algérienne. Mais surtout pour l’Algérie de coordonner les actions avec l’Europe, avec les pays riverains, les dirigeants africains concernés, pour le rapatriement, sans dévaloriser la personne humaine et d’établir pour certains des cartes de séjour transitoires pour une émigration choisie dont a besoin l’Algérie dans l’agriculture, le tourisme, le BTPH, etc. pour éviter l’assistance dévalorisante. La position de l’Algérie depuis son indépendance politique a été une position constante vis-à-vis de l’Afrique, son espace économique naturel.

C’est un procès d’intention de vouloir, comme on le constate actuellement à travers la majorité des médias internationaux, de la dénaturer car les efforts contre les flux migratoires doivent être mutualisés, l’Algérie ne pouvant supporter à elle seule le poids financier. A ce titre, je pense que les propos du directeur de cabinet de la présidence de la République, qui s’est exprimé en tant que partisan que comme secrétaire généal du RND, ont été mal formulés et donc ont été mal interprétés. Il appartient aux dirigeants algériens de parler d’une même voix pour éviter de mauvaises interprétations.

En bref, une bonne communication mesurée, tenant compte du nouveau contexte géostratégique et des intérêts supérieurs du pays, une nouvelle politique socioéconomique s’impose pour éviter le dénigrement de l’Algérie et lui assurer un véritable développement, loin des utopies du passé. L’immigration pose la problématique tant de la sécurité mondiale impliquant une refonte des relations internationales fondées sur un partenariat gagnant/gagnant et de la sécurité intérieure par une gouvernance renouvelée de l’Afrique, continent à paradoxes : riche et à fortes potentialités, mais côtoyant une misère croissante.
 

Abderrahmane Mebtoul
 
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