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Loi de finances complémentaire, entre attentes et contexte

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le 14.05.18 | 12h00 Réagissez


La loi de finances est devenue la star des événements économiques dans notre pays. Dans la plupart des pays, les commentaires sont généralement très mesurés et l’événement ne produit pas de super médiatisation.

Chez nous, au contraire, c’est toujours l’événement de l’année. Les raisons en sont multiples, mais la plus importante réside dans le fait que nous avons très peu d’autres débats possibles sur le devenir de notre économie. Nous n’avons pas un plan stratégique à débattre, un plan d’émergence à peaufiner, etc. L’événement économique majeur se résume à débattre de la loi de finances. On comprend que l’essentiel des analyses et des débats tourneront autour de la loi complémentaire 2018, dont on est en train d’attendre la mouture finale.

Mais une loi de finances est toujours victime de son contexte. Ce ne sont pas toujours les raisons structurelles profondes qui prévalent, mais les éléments de conjoncture et les anticipations des citoyens et surtout des décideurs politiques. Depuis de nombreuses années, on sait déjà que les problèmes économiques sont otages de la politique.

De nombreux chercheurs en économie du développement sont arrivés à la conclusion que la question de la modernisation économique est surtout d’ordre politique, car en économie pure on sait comment développer une nation. La problématique existe également pour les pays développés. Les politiques économiques obéissent également, en grande partie, au contexte économique. On ne gère pas l’économie de la même manière avant les élections qu’après. Les manipulations des instruments économiques varient en fonction du cycle politique.

La structure et la conjoncture

La structure d’une économie constitue sa réalité ultime, aussi bien à court qu’à long termes. Par exemple, la structure de l’économie nationale se caractérise par une extrême dépendance des hydrocarbures, la faiblesse en quantité et en qualité des secteurs économiques productifs et un management des entreprises et des institutions à but non lucratif très vulnérable. Le diagnostic structurel serait long à détailler, mais la plupart des analystes ont bien identifié les maux dont l’économie algérienne a toujours été victime. Aussi, lorsque l’on conçoit une simple loi de finances et encore plus une loi de finances complémentaire, on ne s’adresse qu’à des aspects mineurs des problèmes structurels.

Ce sont des choix du court terme, même si on a l’habitude de mettre des textes dans la loi des finances qui relèvent d’autres législatures (lois sur les investissements par exemple). Les lois de finances peuvent contribuer à construire la base, mais pas résoudre les problèmes structurels d’une économie, même si elles aident par les allocations de ressources à court terme.

Les problèmes conjoncturels sont des déséquilibres du court terme auxquels il faut s’adresser par des politiques monétaires et budgétaires. Dans ce contexte, les lois de finances trouvent leur rôle particulièrement important. Lorsque les prix s’élèvent ou que le taux de chômage commence à grimper, on utilise ces politiques pour y remédier. Dans ce cas, la loi de finances complémentaire doit contribuer à calmer les prix, créer plus d’emplois et aller progressivement vers l’équilibre budgétaire et celui de la balance des paiements. Ce ne sont pas des objectifs simples à atteindre, surtout lorsque le cadre structurel manque.

On pense qu’avec les lois de finances, on peut faire fi d’une stratégie de développement et d’un plan Marshall de modernisation managériale et de mise à niveau des qualifications humaines. Ceci ne sera pas possible. Mais il ne faut pas dire non plus que les dispositions des lois de finances ont peu de répercussions sur les cours des événements économiques. On peut améliorer beaucoup de choses dans ce contexte.

Les objectifs et le contexte

Les décideurs ont cru corriger un certain nombre de déséquilibres et faire face à des problèmes du moment avec une loi de finances complémentaire. La pression de l’Union européenne pour changer les récents dispositifs relatifs au commerce international ont sans douté pesé, de même que la volonté de réduire le déficit budgétaire par une contribution plus importante d’une partie de la population mieux lotie en termes économiques. Il fallait également introduire des mesures en faveur des couches les plus défavorisées (les faibles retraites).

Ces mesures peuvent se comprendre dans un contexte aussi incertain que le nôtre. Cependant, le timing de ces mesures a été des plus inappropriés. En premier lieu, une remontée des prix pétroliers qui risque de durer plusieurs mois et qui donne l’illusion aux citoyens et à beaucoup de décideurs que l’on peut reporter encore les mesures de rigueur. Or, la remontée des prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux est plus due à des problèmes géopolitiques qu’à des éléments d’économie pétrolière. Sur le long terme, on ne peut pas être optimiste sur les prix pétroliers. Mais à court terme, une illusion se dessine et des anticipations d’amélioration durable s’ancrent dans les comportements des agents économiques.

En second lieu, nous avons une élection présidentielle dans moins d’une année. Les économistes, même ceux des pays les plus avancés et des plus démocratiques, savent que ce n’est pas approprié de proposer des mesures d’austérité en pareille période. Ceci explique peut-être les tergiversations auxquelles on a eu droit. La logique politique peut être différente et distincte des choix économiques.

Il reste qu’on peut récupérer beaucoup plus de ressources en accélérant le processus de révision du schéma de subventions en appliquant des nouvelles mesures de ciblage des populations. On peut tester le procédé dans un nombre restreint de wilayas. On a géré le filet social au début des années 1990 dans des conditions beaucoup plus difficiles et l’expérience qu’on a capitalisée à l’époque n’est pas tout à fait inutile. Les ressources qui seront collectées par une fiscalité plus rude seront insignifiantes par rapport à ce que l’on peut libérer comme moyens par un meilleur ciblage. Autant accélérer ce dossier car il y a un meilleur consensus sur ce projet que sur le durcissement de la fiscalité.

Abdelhak Lamiri
 
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