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Les éternelles préconisations des institutions internationales

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le 31.07.17 | 12h00 Réagissez


Périodiquement, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale font des rapports sur la situation économique de tous les pays. Ils fournissent également des recommandations à tous les gouvernements du monde. La situation de l’économie mondiale et de chaque pays pris isolément est régulièrement décortiquée.

Même les pays les plus avancés n’échappent pas à leurs diagnostics et leurs critiques. Les conseils transmis ne sont pas obligatoirement suivis par les différents pouvoirs publics, sauf par les pays qui cherchent des crédits au niveau de la Banque mondiale ou des rééchelonnements de dettes extérieures. Ils seront contraints de suivre une ordonnance très stricte. Notre pays fait régulièrement l’objet de telles analyses. Elles sont très commentées par la presse nationale et les analystes. C’est souvent l’occasion pour les partis politiques de reprendre des passages pour conforter leurs positions sur les questions économiques.
Il y a deux points essentiels à considérer lorsqu’on analyse les commentaires de ces institutions internationales. En premier lieu, elles puisent l’essentiel de leurs outils d’analyses et recommandations du consensus de Washington, c’est-à-dire des positions idéologiques très tranchées. Certes, après les nombreuses erreurs commises et des montagnes de critiques subies elles ont édulcoré leurs positions. Mais dans l’ensemble, les préconisations sont restées fondamentalement les mêmes. Il n’est pas question de dire que tous les éléments contenus dans leurs analyses sont mauvais à prendre. Certaines observations sont judicieuses. Mais beaucoup de nos commentateurs prennent comme argent comptant leurs positions. Parfois, leurs préconisations deviennent de grands problèmes pour les pays en question et de temps en temps les bénéfices appréciables en sont tirés.

Ce qu’il y a à prendre

L’expérience internationale des analyses et recommandations des instances internationales est mitigée. Quelques succès pour des pays comme la Corée du sud et partiellement le redressement de l’Argentine, mais parfois de gros dégâts, durant la crise asiatique par exemple. On se souvient, ce sont bien le FMI et la Banque mondiale qui ont poussé des pays comme la Corée du Sud, la Malaisie, la Thaïlande et le reste à libéraliser totalement le marché des capitaux alors que ces pays n’étaient pas préparés à gérer les immenses flux spéculatifs. Le résultat fut catastrophique : des spéculations sur les Bourses et les monnaies de ces pays ont induit des sorties de capitaux massifs qui ont déprimé l’activité économique. Pourtant, les fondamentaux de ces pays étaient excellents : l’éducation, la productivité industrielle, la compétitivité des entreprises, etc. étaient enviés dans le monde entier. Mais la finance avait fini par terrasser une économie réelle pourtant en bonne santé. Le mea culpa des instances internationales est venu trop tard et trop timoré. Il faut donc beaucoup de discernement pour extirper ce qu’il y a de positif dans ces analyses. Ces instances internationales édulcorent leurs rapports pour des raisons politiques. Elles considèrent qu’il ne faut pas critiquer ouvertement et brutalement les pays pour ne pas avoir un phénomène de rejet. On peut leur concéder ici le bénéfice du doute. Mais, trop souvent, les gouvernements considèrent ceci comme un quitus de la part de ces entités. Les rapports des différents pays, surtout ceux en voie de développement, contiennent beaucoup de similitudes.

Stieglitz, qui était vice-président de la Banque mondiale, raconte que des passages entiers d’analyses et de recommandations sont faits pour tous les pays ; on change uniquement les noms des nations. Les choses ont changé depuis ces critiques et des améliorations furent constatées. Les rapports des pays sont plus différenciés et plus personnalisés. Les experts viennent sur place discuter avec les agents économiques pour se forger des idées plus réalistes. On ne peut faire fi des améliorations de ces dernières années. Les analystes ont tempéré leurs ardeurs en incluant toujours des dispositions pour traiter des aspects sociaux, mais avec beaucoup moins d’ardeurs que pour les recommandations néolibérales.

Un large potentiel d’amélioration

Malgré tous les changements apportés, beaucoup de questions restent en suspens. De nombreux pays qui suivent des modèles différents que ceux préconisés par ces instances internationales réussissent brillamment comme la Chine et la Malaisie. Alors ces rapports doivent faire l’objet de tri pour en tirer ce qui est utile. Pour le cas de l’Algérie, nous avons des préconisations qui reviennent très souvent dans les rapports. Mais ces problématiques sont connues de chaque Algérien, comme la nécessité de diversifier l’économie pour échapper à la dépendance aux hydrocarbures. Une seconde préconisation concerne l’amélioration du climat des affaires et son impact potentiel sur les investissements et sur le taux de chômage.

On pourra citer de nombreuses dispositions qui reviennent dans chaque rapport et qui sont présentées par les analystes comme des développements majeurs alors qu’elles sont des évidences connues de tous. Il est toujours bon de les rappeler, même si elles sont connues ; mais à condition d’approfondir l’analyse et de nous dire comment il faut opérer. Il y a un formidable potentiel d’amélioration de ces rapports puisqu’ils sont considérés par la presse et les analystes comme des documents de qualité. Ils sont repris, décortiqués, analysés et les préconisations sérieusement considérées.

Certains analystes (comme moi) ont une position plus critique. A mon avis, les rapports doivent être plus équilibrés et des alternatives doivent être fournies ; pas des solutions uniques. Après tout, les choix faits par les pays scandinaves pour régler leurs problèmes sociaux économiques sont radicalement différents de ceux des pays anglo-saxons. Pourquoi nous présenter un seul modèle ? Par ailleurs, on fait à peu près les mêmes analyses macroéconomiques pour les pays développés et ceux en voie de développement. Or, la différence fondamentale entre les deux réside dans le micro fonctionnement des agents économiques. Une décision de relance macro-économique par la dépense publique produit des résultats tangibles dans beaucoup de pays développés et peu de résultats dans la plupart des pays en voie de développement à cause du sous-management des entreprises et des administrations, des processus décisionnels opaques et le reste. La focalisation doit être au niveau micro : comment arriver à produire de bonnes et cohérentes décisions, les exécuter efficacement, en tirer les leçons et le reste ? On ne doit pas noyer cela dans le terme vague de bonne gouvernance. Il faut aller vers les détails micro-économiques, situer les lieux de prise de décisions, préconiser comment le faire et en améliorer l’exécution. C’est une des nombreuses imperfections contenues dans ces rapports. Nous en fournirons d’autres ultérieurement.

Abdelhak Lamiri
 
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