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Jeunesse : entre attentes et découragement

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le 06.11.17 | 12h00 Réagissez


L’ampleur du désarroi de notre jeunesse a surpris de nombreux observateurs et analystes, qui pensaient que le phénomène était beaucoup plus circonscrit que ce qu’il est en réalité. En fait, ce sont des millions de jeunes qui ne croient pas en leur avenir dans leur pays dans le contexte actuel. Les faits sont là, mais on peut les analyser sous différents angles et donc les interpréter de plusieurs manières.

Ce que ne manqueront pas de faire les décideurs, les parties prenantes et les scientifiques. Le rush des centaines de milliers de jeunes pour passer les tests de français les qualifiant pour l’obtention d’un visa d’étude n’est que la partie visible de l’iceberg. D’autres tentent des aventures plus périlleuses pour affronter les aléas de la mer et ainsi risquer leurs vies. Certains, se laissent aller à la résignation et se réfugient dans des actes de délinquance. Ceci dit, quelques uns se sont bien adaptés à la situation en réussissant brillamment à innover ou en s’insérant efficacement dans des activités utiles.
Nos sociologues doivent nous éclairer plus sur l’exacte ampleur, les raisons et les pistes de solutions possibles. Les pouvoirs publics ont tout essayé.

Plus de 1000 milliards de dollars dépensés dans des projets pour moderniser l’économie, d’autres milliards de dollars orientés vers le développement d’entreprises au profit des jeunes, des réunions de très hauts responsables pour déceler les alternatives de solution n’ont produit que des résultats dérisoires. On sait pourquoi des ressources énormes déversées dans l’économie produisent de maigres résultats. Nos responsables feraient mieux de faire un audit scientifique sur les ressources mobilisées, les objectifs atteints, les ratages ainsi que les réalisations, au lieu de lister simplement le nombre d’universités, d’hôpitaux d’écoles construits, etc. peut-être ils vont s’apercevoir qu’on a obtenu le tiers de ce à quoi on pouvait prétendre avec de telles ressources. L’intuition ne remplace jamais l’analyse scientifique. Mais on ne peut pas nier que les pouvoirs publics ont essayé. Les résultats sont surtout le fruit des méthodes utilisées et non des ressources mobilisées.
Comportement de groupes

Les comportements de groupes ne sont jamais le fruit du hasard. Il y a bien des raisons latentes et apparentes qui expliquent ces phénomènes. Certes, les sociologues sont mieux outillés pour expliquer ces attitudes. Mais les spécialistes en management étudient également les comportements de groupe et peuvent apporter des éclairages sur ces faits. La première observation utile concerne notre degré d’information sur le sujet.

Peu d’études, de sondages ou de statistiques sont disponibles pour saisir et interpréter les modes de penser et d’agir de notre jeunesse. On les blâme ou on les adule, mais on essaye rarement de les comprendre avec une méthodologie scientifique. Les universités algériennes, ainsi que le financement de la recherche scientifique, sont interpellés par la question. Il s’agit non seulement de produire ces données, suivre la dynamique d’évolution mais surtout mettre ces matériaux à la disposition des acteurs économiques et politiques. Beaucoup de partis ou d’ONG gagneraient à actualiser leurs programmes d’action à la lumière de ce qu’ils vont apprendre. Certains responsables jugent les comportements de notre jeunesse peu responsables et peu au fait des réalités du pays. Ils seraient victimes de contre-vérités historiques et actuelles. Ils seraient donc irrationnels.

Ce qu’ils savent peu c’est qu’en leur place et lieu ils auraient tout bonnement réfléchi et agi comme eux. Toute rationalité humaine est limitée (voir les travaux de Herbert Simon prix Nobel d’économie). Il faudrait élucider ses contours, la comprendre et agir sur ses variables les plus pertinentes. Notre jeunesse est victime de nombreux repères très mal définis. Le premier concerne la communication aussi bien familiale qu’institutionnelle. On leur présente dès le jeune âge le système éducatif comme le moyen le plus sûr et le plus accessible pour s’affranchir de leurs conditions socio-économiques et construire leur avenir et leur personnalité. Cependant, les messages transmis par le monde réel sont en contradiction avec l’image forgée par la famille et la nation. Aussi bien la qualité de l’éducation que le système d’insertion se trouvent distants de leurs préoccupations. Notre communication envers ces jeunes a failli. C’est un cas classique de management défaillant des anticipations.
Gérer les anticipations est la clé du succès

Lorsqu’on gère un pays ou une entreprise, on s’intéresse aussi bien aux mécanismes physiques qu’aux aspects psychologiques. Ceci explique pourquoi la communication prend de plus en plus d’ampleur dans les organigrammes et les budgets des entreprises et des Etats. C’est également un des domaines où les industries du savoir et les créations d’entreprises se développent le plus. On a compris le rôle vital de la gestion des anticipations. Il y a des principes de base simples qu’il ne faudrait pas enfreindre sous peine de payer le prix fort. Il n’est pas question ici de les développer pour des raisons d’espace. Mais l’un d’eux pourrait être fort utile en ces moments d’incompréhension de notre jeunesse.

Il consiste à ne pas élever leur niveau d’anticipation au-delà de ce que peut offrir la société. On a besoin d’inculquer à notre jeunesse le compter sur soi, l’entrepreneurship, ainsi que les dures réalités du terrain qu’ils doivent affronter pour bâtir un avenir pour eux et pour leur pays. Les messages qu’ils reçoivent sont tout à fait contraires: «Réussissez dans le système éducatif qui vous est proposé et toutes les portes vous seront ouvertes».

La réalité leur renvoie des messages factuels beaucoup plus décourageants : «Il faut réussir par le relationnel, la débrouillardise, la cooptation et non la science, le travail et l’abnégation ». Nos spécialistes en communication sont interpellés pour nous détailler les messages que veut transmettre la société et ceux qui sont perçus par la jeunesse. C’est l’écart entre les deux qui doit déterminer les éléments de politiques publiques à mener en direction de nos jeunes. Il y a plusieurs autres paramètres en jeu. Mais nous allons rajouter un seul : les perspectives. Lorsqu’on parle de la nécessité de doter le pays d’une stratégie de développement, certains responsables considèrent que c’est de la théorie, donc une pure perte de temps. L’absence d’une perspective stratégique décourage les citoyens et introduit inutilement des incertitudes et de la frustration.

Lorsque Mahathir fit concevoir et diffuser par le comité stratégique, au début des années quatre- vingt-dix, le fameux plan «2020 : Malaisie pays développé», cela a fortement galvanisé la population, surtout les jeunes. Ils ont vu un cap, une raison de vivre et d’espérer et veulent insérer leurs efforts dans ce processus. Certes, les conditions matérielles comptent pour beaucoup. Mais on ne peut les garantir que si l’économie fonctionne à un haut niveau d’efficacité. Une des conditions serait que les forces vives de la nation croient en l’avenir de leur pays.

La communication nous explique pourquoi la stratégie n’est pas une théorie. Je n’ai jamais été marxiste, mais Marx avait raison de dire «Lorsqu’une idée s’empare des masses elle devient une réalité matérielle». Maintenant, les idées qui se sont emparées de nos jeunes, c’est l’absence de perspectives et de justice sociale. Vrai ou faux, là n’est pas la question : les gens agissent en fonction de leurs convictions. A nous de muter leur manière de penser en changeant positivement le réel et en communiquant plus et mieux.
 

Abdelhak Lamiri
 
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