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Efficacité économique et création de richesses

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le 19.06.17 | 12h00 Réagissez


Beaucoup d’analystes n’arrivent pas à situer le rôle de l’efficacité dans la dynamique d’évolution économique des nations. Parfois, ils ne sont même pas au courant du phénomène en jeu. Les gens n’arrivent pas à saisir, par exemple, pourquoi un pays comme la Corée du Sud, qui était économiquement moins développée que nous durant le début des années soixante, a une économie actuellement huit fois supérieure à la nôtre.

En effet, la production totale algérienne vers 1963 était aux environs de 3,5 milliards de dollars pour 3,2 pour la Corée du Sud. Aujourd’hui, notre production nationale avoisine les 180 milliards de dollars contre plus de 1400 milliards pour la Corée du Sud. La Corée du Sud étant un pays infiniment plus pauvre que nous, il serait difficile à nos économistes d’expliquer l’écart. Avec ces données-là, vous allez trouver des gens qui vous diront qu’on a fait des bonds gigantesques dans la dynamique de développement économique.

Lorsqu’on procède aux analyses des causes qui expliquent ces différences de performance fondamentales, on a souvent droit à des explications les plus bizarres possibles. Ce serait, par exemple, le caractère peu industrieux de la population, ou l’aide étrangère dont aurait bénéficié autrui (qui est inférieure de 50 fois aux ressources pétrolières dont nous avons eu droit comme rente) qui expliqueraient le différentiel de performance. Lorsque des diagnostics expéditifs et intuitifs s’introduisent dans l’analyse économique, on risque de louper l’essentiel. Cet état de fait risque de faire prolonger les causes de l’inefficacité économique qui minent de nombreux pays. Certes, un viel adage explique que «comparaison n’est pas raison». Parfois, il est difficile de cerner tous les paramètres qui constituent l’essentiel des différences entre des nations ou des entreprises. L’analyse comparative est très utile, malgré le fait qu’il faille la tempérer. Il n’en demeure pas moins qu’on est en droit de se poser l’éternelle question pourquoi sommes-nous si inefficaces ?
 

Les faits et les causes

Nous avons développé des analyses économiques en retrait par rapport aux standards internationaux. L’économie est une discipline ou «science» qui a pour objet l’allocation optimale des ressources. Donc on y analyse aussi bien les résultats obtenus que les ressources utilisées. C’est le rapport ressources consommées/résultats qu’il faut analyser. Si on analyse un seul paramètre on commet l’irréparable : négliger les ressources consommées pour arriver à ces fins.

Et pourtant ! on accepte dans nos traditions économiques d’analyser les résultats sans considérer les moyens de les obtenir. Nous avons des dizaines d’ouvrages et d’articles qui encensent la décennie des années soixante-dix parce que nous jouissions d’une croissance de 6,5% en moyenne. Mais je n’ai lu nulle part quelqu’un dire quel est le volume de ressources injectées pour obtenir ce résultat ? Le pays consacrait 45% de son PIB (production nationale à l’investissement). Presque la moitié de la production nationale est réinjectée dans le circuit économique à travers l’investissement. A la fin des années soixante dix, 70% des ressources injectées étaient de l’endettement extérieur et 30% provenaient de la rente des hydrocarbures. L’effort d’investissement et les objectifs économiques et sociaux furent louables.

Mais l’absence d’efficacité se paye cash à long terme. Au même moment, la Corée du Sud arrivait à une croissance de 7% par an, mais avec seulement 17% du PIB consacré à l’investissement. Mais ces données ne considèrent pas les subventions octroyées aux entreprises économiques en opération. Ces dernières sont des exceptions en Corée. On arrive à une conclusion, trop approximative vu le manque de fiabilité des statistiques, qu’un dollar injecté dans l’économie coréenne produisait trois à quatre dollars de biens et de services et trois dollars injectées dans l’économie algérienne produisent un dollar de biens et de services. Certes, c’était le cas de beaucoup de pays ex-socialistes. Ceci explique en grande partie le pourquoi de leur effondrement. Kruggman, prix Nobel d’économie en 2008, a bien mis en lumière le phénomène. Il expliquait dans les années soixante que les taux de croissance élevés des ex-pays socialistes étaient artificiels et leurs économies allaient s’effondrer par manque d’efficacité. Lorsque les ressources vont se raréfier, leur machine économique allait se gripper.
 

La continuité de la confusion

On a continué à faire des analyses pleines de confusion deux décennies après la disparition du club des économies des ex-pays socialistes. Après la quasi stagnation économique des années quatre-vingt-dix, due surtout aux problèmes sécuritaires et à l’intervention du FMI, nous avons bénéficié de la période la plus faste de l’histoire post-coloniale de notre pays après l’an 2000. Les mêmes analyses trompeuses ont été formulées par beaucoup de nos analystes. La croissance économique repartait grâce à une injection sans précédent de ressources. Les plans de relance par le biais des infrastructures ont injecté à eux seuls jusqu’à 25% du PIB, au summum de l’effort de rattrapage. Là également, beaucoup de nos analystes avaient tellement encensé les pouvoirs publics pour avoir renoué avec une croissance de 6,5% en moyenne que ces derniers voulaient renforcer davantage le processus de développement par la modernisation des infrastructures. Les pouvoirs publics ne pouvaient ignorer que la vaste majorité des économistes validaient leurs approches. Les personnes qui prodiguaient ces recommandations de développement par cette méthode ont induit en erreur les pouvoirs publics. Une fois de plus l’histoire se répète.

Certes, il est toujours possible de se ressaisir. L’outil de production créé ou l’infrastructure érigée peut toujours être réintégré dans un nouveau processus managérial, même s’il avait coûté trois à quatre fois plus cher que ce qui est nécessaire. Beaucoup des ex-pays de l’Est ont récupéré les outils de production et les infrastructures dans les nouveaux environnements économiques créés. Cependant, il faut remettre en cause nos modes d’analyse des phénomènes économiques. Tant que nous n’avons pas intégré les ressources consommées pour arriver à une telle fin, nous continuerons de faire fi des gaspillages de ressources et notre croissance sera tellement chère qu’elle consommera plus de ressources qu’elle n’en produira. Lorsque la rente sera conséquente, on pourra se permettre, comme par le passé, ces analyses et ces pratiques. Mais dès lors que le volume des ressources s’amenuise, la marge de manœuvre ne permet plus de telles pratiques. Il est temps d’éradiquer cette culture de polarisation sur l’output et l’oubli de l’input utilisé pour l’obtenir.

Abdelhak Lamiri
 
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