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Communication publique, alarmisme et réalités

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le 02.10.17 | 12h00 Réagissez


Depuis la présentation publique du programme de gouvernement, l’atmosphère générale du pays a changé. Dans les cafés, les universités, les administrations, les entreprises et toutes sortes d’institutions on ne fait que commenter l’actualité économique. Chacun y va de sa logique et interprète les faits à sa façon. Mais en général, la tendance vire au pessimisme. Les questions deviennent alors : quel serait l’avenir de notre pays ? De quoi sera fait demain ? Combien de temps peut-on résister encore à la crise ? Ces questions ne se posaient pas il y a quelques mois alors que la situation a très peu changé. Profitant de ce début de désarroi, les cambistes informels ont procédé à accroître le cours de l’euro. Normal ! La spéculation profite des rumeurs et de la morosité.

Qu’on le veuille ou non, dans l’inconscient collectif de nos citoyens, le cours non officiel de l’euro est un indicateur de la qualité des politiques publiques et des perspectives économiques. Vrai ou faux, cela demeure une autre question. Mais l’essentiel est là. Les perceptions sont des réalités pour ceux qui se les représentent. Ils agissent là-dessus.

Si les perceptions des gens ont brutalement changé, il faut se demander pourquoi. La chute des prix pétroliers ne date pas d’aujourd’hui. Au contraire, on assiste à une légère remontée et une meilleure stabilisation des prix. Les importations commencent à diminuer bien que très faiblement. Alors pourquoi, soudain, ce revirement d’attitude d’une grande partie de la population ? Au début, les gens pensaient que la situation n’allait pas s’améliorer à court terme ; mais il pourrait y avoir une meilleure perspective à moyen terme. Aujourd’hui, le citoyen moyen craint beaucoup plus sa situation actuelle et même son devenir à long terme. Il y a toujours dans cette confusion des gens qui exploitent ces sentiments d’insécurité. Les spéculateurs de tout genre vont s’en donner à cœur joie. Certains pensent à tort que l’interdiction du marché parallèle de l’euro serait la solution. Elle ne l’est pas du tout. Le marché va se restructurer tout simplement. On paye ici et on perçoit ses euros outre-mer ; mais beaucoup plus cher.
 

Gérer les anticipations

En gestion des entreprises ou en management de la chose publique, la problématique est la même. En plus de l’administration des opérations quotidiennes, la gestion des anticipations demeure l’une des préoccupations centrales des responsables. Ce que pensent les gens est important parce qu’ils vont agir sur la base de ces données. Il y a beaucoup de risques à mal gérer les anticipations. Une conséquence possible serait de trop élever les attentes des personnes comparées aux ressources et aux possibilités du pays. Par exemple, faire croire que chaque citoyen aura son logement à un horizon donné en fonction des programmes sectoriels de l’Etat. Beaucoup de citoyens vont croire et donc se déresponsabiliser sur la question. Leur comportement sera grandement affecté par le processus de communication de l’Etat. Une seconde conséquence pourrait être la démoralisation des citoyens. Si le message émis serait à 90% de stipuler que la situation économique est catastrophique et 10% d’espoir, les citoyens vont paniquer. Les spéculateurs vont en profiter. Comme en Bourse, on peut gagner beaucoup d’argent lorsqu’il y a un krach (Sell Short) ou lorsqu’elle progresse.

Les spéculateurs en tout genre savent comment tirer profit du pessimisme des personnes. Ils savent comment amplifier la moindre rumeur sur les perspectives du pays. Ils sont spécialistes en création de situations de rareté pour saper le moral des citoyens et augmenter leurs gains. Il ne faut pas leur concéder du terrain. Le rôle des pouvoirs publics devient de mettre en place les mécanismes de redressement économique du pays. Mais une condition sine qua none demeure la confiance des citoyens. Il faut qu’ils soient convaincus que l’on peut s’en tirer si chacun fait ce qu’il doit faire. On ne peut pas construire un pays émergent avec des citoyens abattus, pessimistes, déconnectés du potentiel de leur pays. Les responsables ont la mission de distiller la confiance en soi et en son pays, de croire en un avenir meilleur pour eux et leurs enfants même s’il faut travailler dur pour l’arracher. Un plan de développement économique doit toujours être accompagné d’un plan de communication. Ce dernier a comme but ultime d’accroître la confiance en soi et en l’avenir de son pays ou de son entreprise.
 

La réalité et la fiction

Les pouvoirs publics sont souvent face à un dilemme. Il faut présenter un diagnostic, une situation réelle aux citoyens et respecter l’obligation de vérité. Par ailleurs, la réalité peut être si difficile, si problématique que l’on risque de décourager les citoyens. Ensuite, il faut leur donner de l’espoir malgré les difficultés présentes. C’est cet équilibre difficile qu’il faut architecturer. Ceci explique pourquoi les spécialistes et les boîtes en communication de tout genre prospèrent dans le monde. Les budgets de communication dans les entreprises modernes explosent. Ne parlons pas de partis politiques lors des élections nationales, régionales ou locales : tout va être focalisé sur le processus de communication. Les gouvernements essayent de faire la meilleure communication possible dans l’intérêt du pays. Mais parfois on verse dans un excès. On peut embellir le diagnostic et cacher les problèmes réels du pays. On a alors un rejet. On n’est plus crédible. On est de plus en plus marginalisé par l’opinion publique. Le second excès consiste à trop verser dans l’alarmisme. On démoralise les citoyens. Les spéculateurs en profitent en amplifiant la rumeur pour démultiplier leurs profits.

Le tout est de trouver un juste équilibre entre les deux. Un diagnostic réaliste est nécessaire afin de demeurer crédible. Mais il faut surtout insister sur le fait que les solutions existent et que l’Etat va tout faire pour normaliser la situation. Nous avons donc besoin de spécialistes en communication pour bien présenter les choses à nos citoyens. Le pessimisme ambiant actuel est une fiction. Le pays n’ira pas vers le chaos, même si le marché pétrolier se dérègle davantage et si on continue avec ces politiques économiques mitigées. Certes, nous serons loin d’être un pays émergent.

On aura une faible croissance. Le niveau de vie peut même stagner, vu la croissance démographique. Mais nous serons loin des prédictions alarmistes de plusieurs analystes. D’ailleurs, il n’y a pas une position unique des experts. Il y a plusieurs diagnostics et plusieurs prévisions dépendant des groupes d’experts nationaux qui en réalité divergent fortement sur les perspectives de notre pays. Alors, le meilleur adage qui s’appliquera à notre devenir est le suivant : il n’y aura ni développement ni chaos. La communication envers les citoyens a beaucoup plus penché vers l’alarmisme. Il faut rétablir l’équilibre entre le devoir de vérité et l’espoir des citoyens sur leur devenir.



 

Abdelhak Lamiri
 
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