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Ambition et émergence

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le 11.09.17 | 12h00 Réagissez


Les systèmes éducatifs performants ont de nombreuses caractéristiques. Les spécialistes en sciences de l’éducation passent de nombreuses années à les expliciter et concevoir des modalités pour les rendre opérationnels. Mais à la base et avant toute autre préoccupation, deux activités figurent parmi les priorités du système afin de libérer les énergies créatrices des ressources humaines qui le composent.

Le premier élément concerne la clarification des objectifs. On apprend aux candidats, tout jeune, à réfléchir à leur avenir et à se positionner. Les éducateurs spécialisés les aident à évaluer leurs forces, leurs faiblesses et orienter leurs préférences vers les alternatives compatibles avec leurs talents et potentiels. Ceci est un principe que l’on retrouve dans toutes les activités humaines : faire des choix compatibles avec ses aptitudes. Le même principe se retrouve à la base des stratégies d’entreprises ou des projets de sociétés des pays qui font de la prospective. Un jeune écolier peut alors être identifié comme possédant un fort potentiel pour devenir chercheur en physique, grand sportif ou artiste compétent. Les systèmes scolaires peuvent se tromper mais rarement.

Le deuxième axe concerne l’ambition. On aide les jeunes écoliers à se fixer des objectifs de vie ambitieux : créer sa propre entreprise, innover, aller le plus loin possible dans ses études, contribuer au mouvement associatif etc. Plus les ressources qui composent le secteur sont ambitieux plus la dynamique d’amélioration permanente s’instaure et les performances économiques et sociales ne manqueront pas de suivre. Il en est de même pour les pays. Fixer des objectifs ambitieux a de nombreuses vertus économiques et sociales. Cela pourrait être le moteur qui ira déclencher une dynamique d’innovation et de rattrapage des pays déjà avancés. Vous pouvez devenir ce que vous voulez être est le titre d’un ouvrage célèbre qui enseigne aux jeunes talents de grimper la hiérarchie sociale et de réaliser leurs ambitions en fonction de leurs talents. Cela pourrait être le même cas pour les nations.

Des exemples abondent

Selon les sociologues, les ambitions des pays se reflètent dans de nombreux aspects de leurs choix et leurs modes de vie. On construit des gratte-ciel pour signifier que nous avons des ambitions grandioses, on étale son génie dans l’urbanisme et l’annonce de projets grandioses  : construire un village spatial, visiter la planète Mars, éradiquer le cancer, etc. Ces objectifs donnent aux citoyens du tonus et de la motivation pour y contribuer directement ou indirectement. Lorsqu’au début des années quatre- vingt-dix la, Malaisie avait annoncé son fameux plan : 2020 la Malaisie pays développé ; ceci avait provoqué une onde de choc positive dans tout le pays. Le plan fut détaillé par les experts et annoncé par les pouvoirs publics. Les citoyens étaient fiers de contribuer à la réalisation d’une noble mission pour leur pays. Soudain, ils n’allaient pas vivre au jour le jour sans but précis. La vie commence à avoir un sens. On a un jalon important dans la destinée aussi bien du pays que des citoyens. Chacun commence à positionner son rôle dans la réalisation de ce but ultime. La différence est fondamentale avec un pays qui n’a comme ambition que d’exister. Les êtres humains et les institutions ne fonctionnent pas de la même manière selon que l’on ait des ambitions motivantes à réaliser ou qu’on n’a aucune lisibilité sur le futur. Pour cela, les entreprises dotées d’un management performant clarifient les missions et les stratégies. C’est exactement pour fixer un cap enthousiasment aux membres de l’entreprise que cette dernière se prend ainsi. Il en est de même des pays. C’est un des instruments de motivation les plus puissants ; en plus de permettre un meilleur pilotage de l’institution ou du pays. En 2008, le président sud- coréen, Lee Myung-Back, a pris le pouvoir démocratiquement sur la base d’un projet de faire du pays une économie 747 (allusion au Boeing 747). Il projetait de réaliser dans dix ans une croissance de 7% par an pour plus que doubler le revenu par habitant et atteindre 40 000 dollars per capita et ainsi devenir la septième puissance économique mondiale. Certes, la crise asiatique avait temporairement contrarié ces objectifs. Mais passé cette étape difficile, la Corée du Sud avait renoué avec une forte croissance. Les objectifs étaient ambitieux. Cela avait marqué les esprits des coréens. Mais les buts doivent être également environnementaux et de partage sinon la croissance aurait des vertus uniquement pour ceux qui en ont déjà.
Quelles leçons retenir ?

Il n’est pas extrêmement complexe d’auditer la situation d’un pays pour voir si on dispose d’objectifs à long terme mobilisateurs. Les pouvoirs publics croient toujours en avoir. Et peut-être en leur for intérieur ils se font une idée de ce que sera le pays dans l’avenir. Mais si ces objectifs ne sont ni connus ni partagés de tous, il serait fort probable qu’ils ne soient jamais mis en exécution. Les institutions et les citoyens ne peuvent pas mettre en pratique quelque chose qu’ils ignorent ou auquel ils n’y croient pas. Pour cela, le processus doit être consultatif. Les alternatives de conception sont multiples. Mais les mécanismes de concertation doivent inclure le maximum de citoyens et le projet finalisé par les experts suite aux objectifs indiqués par les pouvoirs publics. Une première indication de l’illisibilité s’expliquerait par les modifications de priorités suite aux changements de responsables. Les départements ministériels et les administrations locales développent des choix différents de leurs prédécesseurs. Chaque responsable a sa propre stratégie et ses modes privilégiés de fonctionnement opérationnel. La continuité des politiques est rare. Le second aspect concerne la fuite des cerveaux. Certes, souvent les élites intellectuelles d’un pays seraient attirées par des considérations matérielles. Mais l’absence d’ambition nationale est un fort repoussoir pour les cadres formés et ambitieux.

On ne reste pas dans un pays qui n’essaye pas de faire des choses grandioses. Au contraire, les pays ambitieux récupèrent leur intelligence externe. La Chine, la Corée et la Malaisie font revenir leurs élites expatriées et consentent des investissements considérables pour les fixer, car ils sont des acteurs incontournables dans la construction de leurs pays. Une nation qui perd de la matière grise est forcément sans ambition. Elle n’a aucune chance de gagner la bataille de la mondialisation. Le troisième critère est le mental des citoyens. Dès lors que la vaste majorité des citoyens connaissent ces buts fantastiques et y croient, on a alors une formidable opportunité d’avancer. Mais lorsque chaque citoyen croit déceler des priorités différentes de celles de son collègue, il y a de fortes chances que chacun tire vers une direction différente et le système fait du surplace. La vie des citoyens se résumerait à faire semblant de travailler, puis manger, boire, se reproduire et attendre la fin de ses jours. 



 

Abdelhak Lamiri
 
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