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Paramédicaux L’armée de l’ombre

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le 18.05.18 | 12h00 Réagissez

 
	70% de l’effectif des structures hospitalières sont des paramédicaux
70% de l’effectif des structures hospitalières sont des...

La 6e journée scientifique des paramédicaux s’est tenue mardi à Alger. Pour l’occasion, El Watan Week-end a décidé de suivre une équipe paramédicale et relater son quotidien.

 Il est 9h15. A l’unité de consultation du service de pédiatrie à l’hôpital de jour, l’équipe paramédicale a déjà examiné 12 petits. Composée d’une dizaine de personnes, l’équipe est sur le qui-vive depuis 7h30. Le mot d’ordre : arriver tôt. La raison : les enfants étant à jeun, l’équipe ne peut donc pas les laisser attendre trop longtemps. «Les malades commencent à arriver dès 6h30.

Pour qu’ils ne s’impatientent pas, les soins commencent à 7h30 tapante. Certains tests prennent 3 heures. Mieux vaut commencer tôt», confie Mme Khattou, cadre paramédicale, coordinatrice du service de pédiatrie. Dans cette unité, chaque jour est destiné à une spécialité particulière.

A titre d’exemple, les jeudis sont consacrés à la fibroscopie. Le lundi est dédié aux tests d’endocrinologie. «Aujourd’hui, nous avons donné un rendez-vous à 6 malades dont les tests prennent trois heures. Malheureusement, seuls 3 sont venus. On leur a injecté le produit, et mentionné l’horaire afin de suivre l’évolution.

Il s’agit d’un travail très minutieux. C’est délicat, car le malade peut faire un malaise ou une autre complication. Donc, on le surveille de près. Entre-temps, on fait passer d’autres malades pour des soins», explique Djamila Rezzoug, coordinatrice responsable de l’unité consultation du service de pédiatrie. Dans le cabinet, correctement équipé et très propre, une fillette âgée de 3 ans est allongée sur un lit. Elle souffre d’un retard de croissance. Accompagnée de sa maman, la petite est distraite par un dessin animé.

Stagiaire

10h05. Mohammed, le stagiaire, encadré par les infirmières présentent sur place, lui fait un prélèvement. Ce n’est pas son premier. On l’a déjà piqué tôt ce matin. La petite pleure... crie. Sa maman a du mal à la rassurer. Les infirmières essayent de jouer avec elle. L’une d’elles augmente le volume de la télévision. La petite se calme aussitôt.

Le statut de stagiaire de Mohammed n’est pas un handicape pour lui. Il confie : «Ce qui est bien, c’est que les patients ne refusent pas de se faire piquer par un stagiaire. C’est vrai que le professionnel n’est jamais loin, mais cela nous motive pour  nous appliquer d’avantage et faire du bon travail.» D’ailleurs, les petits sont comme à la maison. Le contact avec les puéricultrices se fait d’une manière tellement naturelle et facile, qu’on croirait qu’ils sont de la même famille. «On est là pour les malades.

On le fait avec plaisir, humanité et sourire. Il ne faut pas croire ce que les gens mal-intentionnés disent de nous. On ne fait pas notre travail juste pour le salaire, car nous sommes payés une misère, par rapport à la charge qu’on supporte», confie une puéricultrice. D’ailleurs, la maman d’un enfant anciennement hospitalisé témoigne : «Un jour, j’ai surpris une puéricultrice qui piquait un nouveau-né. Le petit pleurait… criait.

Elle ne s’est pas découragée. Elle le consolait. Parlait avec lui. Je pensais que c’était son enfant tellement elle avait le comportement d’une maman avec lui. Cette image a balayé toutes les idées reçues que j’avais sur les puéricultrices et les paramédicaux.» La preuve qu’elles sont amoureuses de leur travail : deux puéricultrices, souffrantes d’une déchirure au dos pour l’une et d’une tendinite pour l’autre, sont tout de même venues travailler. «On ne peut pas laisser les malades.

On vient et on essaye d’aider comme on peut malgré l’handicap ou la maladie», expliquent-elles. A la question de l’impact de la grève des résidents sur le travail quotidien, Mme Khattou confie que leur activité se fait en complémentarité avec les médecins, «on ne travaille pas avec les résidents. Nous avons nos propres assistants.

Il y a certes des répercussions au niveau des consultations et des nouveaux dossiers, ou encore aux urgences, car c’est là où les résidents sont concernés. Mais nous, on fait notre travail en collaboration avec l’assistant». 10h. Direction le Centre national d’imagerie médicale du Chu Lamine Debaghine.

Dans ce service, 28 paramédicales activent. Kamel Achour, coordinateur du service d’imagerie médicale, nous fait visiter : «Notre centre est une référence en Algérie. On ne donne pas de rendez-vous au stylo. Tout est informatisé. Nous avons différents services. Une unité de mammographie. Des salles d’échographie. Le centre dispose également d’un bloc de radiologie où on effectue des actes de radiologie interventionnels. Il y a également une unité de radio standard. IRM, scanner, etc.»

Vision erronée

Mais finalement, quel est l’impact de la grève des résidents sur le travail quotidien ? Brahim Achour confie : «Je ne vous cache pas qu’avec la grève actuelle des résidents, on ne travaille pas autant qu’avant. Malheureusement, il y a des examens qu’on ne fait plus en raison de leur absence. Cela est bien évidemment indépendant de notre volonté. Finalement, ces derniers temps, on ne s’occupe pratiquement que des malades hospitalisés.

Ou alors, les cas pris en charge par les manipulateurs et qui ne nécessitent pas l’intervention d’un résident.» 11h. Direction l’unité de mammographie. «Aujourd’hui, nous faisons un examen que les autres hôpitaux ne font pas. Il s’agit d’une biopsie sous stéréotaxie», explique Mme Bouazza, cadre paramédicale. Dans la salle de consultation, une patiente subit une mammographie. Elle finit son examen. Fait surprenant, la malade embrasse Mme Bouazza.

Elle explique son geste : «Lors d’une précédent rendez-vous, c’est elle qui s’est chargée de ma macro-biopsie. Elle a été très gentille. J’étais très déprimée en entrant. Elle m’a remonté le moral. Je suis repartie plus sereine.» Si dans l’esprit de beaucoup, le paramédical n’est là que pour «faire des prélèvements et changer les pansements», la réalité est tout autre. En effet, le paramédical comprend plusieurs spécialités.

C’est un métier qui a évolué. D’ailleurs, les paramédicaux représentent 70% de l’effectif des structures hospitalières. En effet, le travail se fait en étroite collaboration entre le médecin et le staff paramédical. Le médecin donne des consignes et les paramédicaux font les examens. «Notre job fait qu’on devient intime avec les malades. Je suis dans ce service depuis 30 ans.

Il y a 20 ans, la radiologie n’était pas aussi simple qu’aujourd’hui. Avant, on travaillait avec les bains. Mais, grâce aux nouvelles technologies, nous avons le cliché directement. Ce qui représente un confort considérable», confie Mme Bouazza. Malheureusement, cette dernière estime que le métier n’est pas reconnu à sa juste valeur. A cet effet, une manipulatrice avoue : «Si c’était à refaire, je ferai coiffeuse», avoue-t-elle.

De son côté, Mme Bouazza ajoute : «En Algérie, le paramédical n’est pas valorisé. Malgré le fait que ce soit un métier à haut risque, cela ne nous empêche pas de venir travailler tous les jours. Quand je parle de risque, il y a d’abord la stérilité, le cancer de la peau ou encore la cataracte.

Mais, nous ne sommes pas considérés à notre juste valeur.» Elle-même est souffrante, elle ne s’est pas accordée quelques jours de congé. «Je suis certes malade, mais ma conscience ne me permet pas de laisser les patients», confie cette cadre paramédicale. Pour ce qui est de la valorisation du métier, M. Iknoun, coordinateur du centre de transfusion sanguine, avoue que la majorité des gens ne connaît pas la réalité. Pour lui, si on est atteint par le virus de la profession, on peut le faire d’une façon merveilleuse.

Complicité

«Quand on parle de paramédicaux, il y a plusieurs spécialités. Dans chacune de ces spécialités, il y a des gens qui ont reçu des formations bien précises concernant leur domaine. Je fais partie de ceux qui ont été formés pour les blocs opératoires. Je suis ce qu’on appelle un instrumentiste. Mais les gens ne savent pas tout cela. Pour eux, on change les pansements et ça s’arrête-là. Il faut savoir que la moitié du traitement du malade réside dans la relation de complicité qui se crée entre le malade et le paramédical», explique-t-il.

De son côté, Noureddine Frada, membre du comité scientifique, estime que les gens commencent peu à peu à comprendre l’intérêt du paramédical, le rôle de l’infirmier et son importance et qu’ils avaient des idées erronées sur la profession.

«Pour ce qui est du corps médical et des professionnels, il n’y a aucun problème avec eux. Tout le monde a conscience de l’importance des uns et des autres», confie-t-il. En termes de difficultés, M. Frada affirme que, comme dans tout métier, les difficultés sont là. «Le manque d’effectif et le matériel mis à notre disposition sont les principaux soucis auxquels nous faisons face», conclut-il.

Qu’il se rassure. «Le dossier du paramédical sera traité avec toute l’attention que je lui dois. C’est l’un des premiers dossiers que j’ai ouverts», a affirmé, mardi dernier, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mokhtar Hasbellaoui, lors de l’ouverture de la 6e Journée scientifique des paramédicaux.

Une manifestation ayant pour thème «La profession paramédicale. Réalité et perspective», organisée par le centre hospitalo-universitaire de Bab El Oued Mohamed Lamine Debaghine. «La recherche dans le domaine du paramédical a toute sa valeur dans toutes les instances scientifiques internationales et elle le sera pour nous également», a ajouté le ministre, précisant que la formation académique sera une des priorités car elle aboutira à des statuts de chercheurs. 

Sofia Ouahib
 
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