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Une semaine après le double attentat qui a visé la ville de Bouira

Abandonnées, les familles des victimes crient leur désarroi

Une semaine après les deux attentats kamikazes qui ont coûté la vie à 12 personnes parmi les membres de l’équipe de topographes de la société canadienne SNC Lavalin, les familles des victimes, visiblement toujours sous le choc, ne veulent pas admettre qu’elles ont perdu leurs enfants. Elles n’ont bénéficié d’aucune prise en charge psychologique.



Bouira : De notre bureau

Par ailleurs, aucun représentant de la wilaya de Bouira ni de la classe politique ne leur a rendu visite, affirment-elles. Se sentant abandonnées, ces familles meurtries jusqu’au plus profond de leur chair sont dans un état psychologique déplorable.

Au quartier des 338 logements habite la famille Boutrigue, originaire de la localité d’Aomar qui a perdu un fils, Mohamed, âgé de 43 ans, marié et père de quatre enfants dont l’aîné est âgé d’à peine 16 ans. Les membres de cette famille et des proches sont toujours là, rassemblés au domicile mortuaire, faisant leur deuil et tentant de consoler la veuve et les orphelins.

Ceux-là n’ont pas caché leur désespoir. Le beau-frère du défunt dit : « C’est une honte. En France, le président Sarkozy s’est rendu en Afghanistan dès qu’il a appris la mort de dix de ses soldats et chez nous, nous n’avons droit à aucun égard. » Les larmes aux yeux, il ajoute : « Nous n’avons pas besoin de leur présence, mais nous voulons une prise en charge morale et matérielle de ses orphelins qui risquent de se retrouver à la rue. » « La veuve et la sœur du défunt n’arrivent pas à admettre que Mohamed est mort », dit-il avec mélancolie avant d’ajouter : « La femme de la victime attend encore un coup de fil de sa part (son mari décédé, ndlr). Elle a subi un choc et ne réalise pas encore ce qui est arrivé. » Le fils aîné, Massinissa, demande quant à lui à ce que son père « soit considéré comme un chahid car il est victime de la barbarie ».

A l’adresse des députés de la wilaya, le beau-frère de la victime lance, non sans dépit : « Ils ont eu nos voix pour devenir députés et, à présent, ils ne se soucient plus de nous. Sinon comment se fait-il qu’ils s’empressent d’assister à des galas artistiques et ne daignent pas aujourd’hui nous réconforter dans notre malheur ? » Nous apprenons que cette famille n’a même pas de quoi payer le loyer de l’appartement qu’elle habite. Le défunt était, selon ses enfants, mort en emportant avec lui le rêve d’acheter un logement dans le cadre du LSP, qui lui a été promis par un promoteur immobilier.

Chez la famille Kaloune, à la cité Cadat, au centre-ville de Bouira, se sont les frères de Mohamed, victime lui aussi de l’attentat du grand boulevard de la ville, qui nous ont reçus. Un seul mot revient à chaque fois sur les bouches des personnes interrogées : « Nous demandons la prise en charge, notamment psychologique, de toutes les victimes et de leurs familles. » La victime est née le 25 septembre 1967. Mohamed était père d’un enfant et sa femme attend un bébé. La malheureuse est toujours sous le choc, attestent ses frères.

Même topo chez la famille Guerbi qui a perdu son fils Djamel, âgé de 29 ans. Ce dernier a laissé derrière lui une famille éplorée dont les membres ne peuvent retenir leurs larmes à la simple évocation du nom du défunt. Son père livre son témoignage avant d’exprimer son regret quant à l’absence de l’Etat aux côtés des familles des victimes. Pour donner une idée de la douleur endurée par sa famille et l’étendue du traumatisme subi, il révéle que « la mère de la victime n’a pas prononcé un mot depuis l’attentat ». « Ils ont tué mon fils » a été la dernière phrase qu’elle a prononcé avant de s’emmurer dans un profond silence.



Par Amar Fedjkhi

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