L’anorexie chez les mannequins
La mère d’Ana Carolina Reston, morte d’anorexie à l’âge de 21 ans le 14 novembre dernier à Sao Paulo, a lancé un cri d’alarme après ce drame, qui relance la polémique sur l’obsession de la maigreur chez les top-modèles.
Miriam Reston, 58 ans, a demandé à toutes les mères de s’occuper de leurs filles et de ne pas commettre la même erreur qu’elle, parce que la perte est irréparable. Sa fille demandait souvent de ne pas la forcer à manger. « Je ne la forçais pas. J’espère que l’histoire d’Ana Carolina servira de leçon aux adolescentes », a-t-elle dit en larmes à la TV Globo, en ajoutant que « tout l’argent du monde ne paiera jamais la vie d’un enfant ». Cette mère éplorée espère également une prise de conscience de la part des agences de mannequins qui ont employé sa fille. « Que chaque agence ayant employé ma fille se demande en son âme et conscience ce qu’elle aurait pu faire de plus pour elle », a-t-elle dit. Mannequin depuis l’âge de 13 ans, Ana Caolina mesurait 1,74m et pesait 40 kilos. Elle avait été hospitalisée trois semaines auparavant pour une infection urinaire, qui a dégénéré en insuffisance rénale puis en infection généralisée. En avril dernier, alors qu’elle pesait encore 46 kilos, elle avait elle-même reconnu son obsession pour la maigreur dans un entretien avec la revue Hora : « Parfois, je me trouve grosse. J’ai une image de moi déformée ». La directrice de l’agence de mannequins l’Equipe a indiqué qu’Ana Carolina avait participé au catalogue du styliste italien Giorgio Armani au Japon, mais avait dû rentrer au Brésil, car elle était trop maigre et fatiguée. Ana Carolina, qui avait aussi travaillé au Mexique et en Chine, ne s’alimentait dernièrement que de pommes et de tomates et refusait de voir un psychiatre. Ainsi, son décès a relancé le débat sur le poids minimum des top-modèles. En septembre dernier à Madrid, des mannequins trop maigres n’avaient pas eu le droit de défiler. A Rio, le prochain grand défilé de mode, « Fashion Rio », refusera en janvier 2007 les tops-modèles squelettiques. De leur côté, les éditeurs de revues de mode ont décidé à Londres de ne plus publier de photos de mannequins squelettiques. La styliste brésilienne Lenny Niemeyer estime d’ailleurs que la maigreur excessive est de moins en moins à la mode : « On ne veut plus de top-modèles ayant l’air d’être en mauvaise santé. » Le mannequin Velvet d’Amour, 130 kilos, devenue le symbole anti-maigreur sur les passerelles internationales depuis que Jean-Paul Gaultier l’a fait défiler en octobre lors de la semaine de la mode parisienne s’est dit « choquée » de la mort du modèle brésilien. « Je pense que toute l’indignation autour de la mort d’Ana Carolina peut mobiliser les gens pour ouvrir une ère nouvelle », a-t-elle dit. Velvet d’Amour, qui a déjà pesé 54 kilos, raconte que son agence la « trouvait encore trop grosse ». « Pour atteindre une maigreur absurde, j’ai commencé à manger de la gélatine liquide chaude. J’ai vu que j’étais en train de mourir et que j’étais malheureuse, alors j’ai cherché un autre modèle ». Philippe Jeammet, qui dirige un service spécialisé à Paris dans les troubles alimentaires de l’adolescent et du jeune adulte estime que l’anorexie a existé indépendamment de la mode. Les jeunes anorexiques ne veulent pas mourir, je dirais même que l’anorexie est une lutte par rapport à leur doute sur elles-mêmes et à leur manque de confiance en elles. Elles ont l’impression que par cette conduite, elles se rassurent sur leur pouvoir de modeler leur corps. Elles meurent des conséquences de leur anorexie, pas d’une volonté de mourir. Elles font comme cette jeune fille, elle font une infection dont elles ne se relèvent pas ». Le président de la Fédération française de la couture a signalé que l’anorexie était « un problème de société » exigeant de « l’information » et non de « la réglementation ». « Il y, a en effet, des messages de toutes sortes qui encouragent les jeunes filles à mincir », a-t-il déclaré à l’AFP. La Fédération avait estimé en septembre que la mode « ne se réglemente pas », après la décision du gouvernement régional de Madrid d’interdire à des mannequins jugés trop maigres de participer à des défilés.
R. M.
