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Un marché inexistant

Haute couture en Algérie

Un marché inexistant

En France, il existe une dizaine de maisons de haute couture, à savoir Pierre Cardin, Chanel, Carven... qui, avec les années, ont pu se frayer une place de choix dans l’univers de la mode. L’Algérie est loin de décrocher ce palmarès.



Un amalgame flagrant entre la notion de haute couture et la notion du prêt-à-porter qui alimente ces derniers temps le discours de certains profanes. Par définition, la haute couture est un modèle qui doit à la fois maintenir et surprendre. Si les vêtements du prêt-à-porter sont proposés dans des tailles standard, il n’en est pas de même pour la haute couture, où tout est réalisé selon les mesures de la cliente. Qui dit haute couture dit précision des lignes : « La haute couture, ce sont des secrets chuchotés de génération en génération », dit Yves Saint-Laurent, attentif à trouver dans ses vêtements, conçus dans le secret de son atelier, l’équilibre suprême. Selon certains spécialistes, la haute couture est l’art de monter un col, régler une manche tailleur ou un décolleté qui dissimulera l’épaule tombante ou mettre en valeur un buste. L’une des grandes créatrices françaises de ce siècle, Madeleine Vionnet, se définissait comme « médecin de la ligne ». Un modèle de haute couture est d’abord le fruit d’un long travail artisanal, car, comme l’explique une spécialiste : « Tout est dans la technique : l’envers doit être aussi beau que l’endroit. La haute couture est une affaire de millimètres, on mesure tout de façon à ce que le tissu tombe ‘’juste’’ et épouse le corps sans pourtant le mouler. Vient ensuite l’étape, coupé, assemblé, surfilé avant d’être cousu et repassé longuement au fer, car jusqu’au dernier essayage, on peut modifier une pince, recommencer un montage d’épaule, sous l’œil du couturier, qui indique ses désirs. Il est clair que tout le monde ne peut pas entrer dans la cour des grands à l’étranger sans au préalable répondre à certains critères, comme avoir 20 employés dans ses ateliers et studios, ou encore présenter un minimum de 25 mobiles par collection, et être inscrit au calendrier officiel des 4 saisons au moins ». Mme Nadjia M., spécialiste dans le domaine de la couture depuis plus de 40 ans, estime que la haute couture, c’est de la création, mais c’est surtout le modèle unique. « Ici, on n’a pas de défilé de mode, et c’est loin d’être de la haute couture - sauf pour certaines couturières - en général, ce sont des tenues traditionnelles. Rien à voir avec du Pierre Cardin ou du Galliano. Il y a très peu de création. On confond souvent haute couture et habillement traditionnel », dit-elle. Pour le directeur de la maison de couture Azzi, la haute couture est un travail d’équipe. « Nous avons des spécialistes en haute couture. Hélas, l’Algérien n’aime pas travailler en équipe. Tout doit être fait à la main et sur mesure. Le marché de la haute couture existe, mais il est ponctuel. Mieux encore, nous n’avons pas les outils nécessaires pour protéger toute création ». M. Azzi préconise de regrouper toutes les énergies créatrices en association, façon singulière de mieux gérer le métier des créateurs. Pour la grande styliste Yasmina : « La haute couture est faite par les grands couturiers à Paris, en Italie et à Londres. En Algérie, les couturiers de la haute couture se comptent sur les doigts d’une seule main. Le marché de la haute couture n’existe pas, car c’est de la perfection qu’on propose. C’est exactement pareil, quand vous êtes le premier modèle d’une voiture. Il y a une perfection extraordinaire. On met un mois et demi pour faire une robe de haute couture ». La créatrice Madjda explique d’emblée que la haute couture exige des tissus nobles, dont le travail se doit d’être artisanal. Le marché de la haute couture est bien implanté, mais non reconnu. « On n’a pas de label. On n’a pas de syndicat de la haute couture qui puisse définir les critères. »



Par Nacima Chabani

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