Oran : Festival du cinéma arabe
Amour, amitié, trahison (idéologique et sentimentale), meurtre, drogue, alcool, jeu, argent sale, violence, vengeance, tendresse, opulence, pauvreté, autant d’ingrédients pour une histoire inachevée racontée par « la génération de la guerre », selon l’expression de Natacha Achkar, une des interprètes principales du film, pour qui Beyrouth est également « une ville de tous les excès et elle a été ainsi avant la guerre, pendant la guerre et après la guerre. »
Mais, l’ivresse de l’excès la rend fatalement fragile et ce n’est sans doute pas un hasard si, autant par l’image que par la parole, le réalisateur, en même temps scénariste, insiste sur son passé cinq fois millénaire, un geste désespéré sans doute pour lui donner un socle sur lequel elle puisse reposer une bonne fois pour toutes. Les personnages principaux par lesquels elle nous est donnée à voir sont à son image, c’est-à-dire torturés, mais, pire encore, ils sont en même temps témoins – symboliquement journaliste (Fady Bou Khalil), cameraman (Raymond Hosni) et la femme (Natacha) qui rêve de faire un film – et acteurs pris dans le tourbillon de l’histoire avec les engagements du passé et les tracas du présent.
Leur quête d’absolu les rend logiquement étrangers au chaos duquel il finiront d’ailleurs par être éjectés en se résignant à l’exil tunisien pour l’un, et australien suggéré à la fin pour les deux autres. La vie rêvée des anges, l’affiche de ce film d’Eric Zonca est par ailleurs bien mise en évidence dans une séquence du film comme une mise en abîme. C’est que l’œuvre de Borhane Alaouié est truffée de symboles, nous prévient la même actrice. Dans une séquence filmée de l’intérieur d’une voiture abandonnée sur la chaussée, on voit passer un camion de militaires. Cette scène n’est pas fortuite car, inconsciemment ou pas, le spectre de la guerre plane toujours sur cette ville oubliée des dieux.
Dans cette logique des symboles, ne doit-on pas considérer la scène où le personnage central rit de son ami quand il se déguise en richissime Arabe du Golfe comme une caricature ? Celle où les deux hommes mettent des masques évoquant le béret de Che Guevara tout en glorifiant Zapata pour rappeler sa trahison à un ancien « combattant du peuple » ne l’est pas moins. La dimension politique est cependant évacuée dans le présent narré. Les idéologies ont laissé la place à un nihilisme responsable de l’atmosphère étouffante dans laquelle baignent les personnages du film et portée à son paroxysme dans la scène du banquet offert aux chats. Mais, dans cette œuvre sombre et digne des romans noirs, le triomphe suggéré de l’amour laisse filtrer une faible lueur d’espoir.
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