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Terrain miné



En remettant à l’Algérie la carte des champs de mines qu’elle a disséminées au cours de la guerre de Libération nationale, la France s’exonère-t-elle pour autant de ses responsabilités face aux victimes ? Des milliers de civils algériens, aux frontières est et ouest du pays, ont malheureusement été tués ou handicapés à vie du fait de l’action des mines françaises. Avec les lignes Challe et Maurice, l’armée coloniale française a utilisé des procédés qui ne relèvent pas des règles de la guerre. Il est clair que même quarante-cinq ans plus tard, les traumatismes occasionnés par les mines françaises ne sont pas totalement dissipés chez les victimes, leur famille, mais aussi dans l’inconscient collectif. Car il est manifeste que les mines françaises qui ont été éparpillées aux frontières avec le Maroc et la Tunisie peuvent encore tuer ou blesser des civils algériens. Certains de ces engins de destruction sont même réputés indétectables. Aussi, l’initiative française de divulguer les plans des sites algériens minés est-elle à la fois tardive et insuffisante. Ces documents auraient dû être remis à l’Algérie dès son indépendance et un tel geste fort aurait, également, dû être accompagné d’une implication directe des spécialistes français du déminage. De sorte que, prendre acte de la bonne volonté française à l’égard de ce dossier sensible des mines n’empêche pas d’observer qu’il s’agit en fait d’une demi-mesure à partir du moment où la logique du geste n’est pas menée à son terme. Il n’est pas compréhensible, ainsi, que la France qui a engagé des missions de déminage dans des pays comme le Cambodge ou l’Angola, ne mette pas son expertise au service de l’Algérie où précisément les champs de mines sont de son fait. Qui peut le plus peut le moins ? Nombre d’organisations non gouvernementales, mais aussi des institutions relevant de l’ONU, travaillent aujourd’hui pour empêcher le recours aux mines antipersonnel sans y parvenir tant les enjeux financiers et militaires sont énormes. C’est l’esprit de la Convention d’Ottawa sur les mines dont la France n’est d’ailleurs pas signataire. Pour un certain nombre de pays, c’est une course contre la montre et un défi titanesque que d’éliminer de leur sol le danger lié aux mines. C’est le cas de l’Algérie où subsistent encore des sédiments importants des champs de mines installés par la France. Est-il possible, parce que la France en a fourni le tracé, d’inscrire ces champs de mines dans la colonne pertes et profits de l’histoire ? Des années après les faits, il y a une dimension humaine, psychologique et économique du problème, car des milliers d’Algériens sont concernés ou le seront, faute d’une stratégie de coopération dénuée d’arrière-pensées, voire de cynisme. Au passage, et cela a beaucoup à voir, il serait malvenu d’évoquer le rôle positif du colonialisme et reconnaître dans le même temps avoir semé dans les pays colonisés les germes de la mort. C’est exactement ce que la France coloniale a fait en Algérie.



Par Amine Lotfi

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L’armée a détruit 3826 mines en un mois
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