La face du monde n’a pas changé durant ces quinze derniers jours, mais le conflit entre la Russie et la Géorgie a indéniablement introduit de nouveaux rapports internationaux. C’est ainsi que la plupart des analystes conviennent que la Russie est en train de tourner une page de son histoire, faite selon elle d’attaques, de repli et d’humiliations. Elle a, pour cela, modernisé son économie et aussi son armée. Son premier président Boris Eltsine avait d’ailleurs indiqué à son époque que son pays allait être la prochaine cible de l’Otan, la seule organisation ayant survécu à la fin de la Guerre froide et qui s’était attelée à repousser ses limites géographiques.
Son successeur indiquera quant à lui qu’un jour peut-être la Russie rejoindra cette organisation. Comme pour dire qu’il fallait y mettre le holà, comme le prouvera plus tard l’attitude de Moscou à l’égard de l’Alliance malgré l’accord de coopération qui les liait. Ce qui se déroule dans la région alimente bien des discours et sans rapport avec la Guerre froide puisque, cette fois, il n’y a plus de frontière idéologique. D’un autre côté, la Russie, sans trop exhiber ses forces, a vite compris qu’elle ne risque absolument rien. Tout juste des réactions de circonstance.
Et il n’en manque pas à vrai dire, malgré quelques grosses contradictions comme au sujet du sommet européen qui se réunit lundi. La France, qui préside actuellement l’Union européenne, assurait hier que « l’heure des sanctions n’est certainement pas venue ». Son ministre des Affaires étrangères assurait pourtant jeudi que « des sanctions (contre Moscou) étaient envisagées et bien d’autres moyens ». Plus simplement, apprendra-t-on de même source, le Conseil européen dira que « l’accord en six points doit être appliqué dans son intégralité », ce que la Russie s’est engagée à faire. Donner du temps au temps ou simple précaution ? Peut-être les deux à la fois, sauf à croire que ce qu’a fait la Russie – y compris en reconnaissant l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud – était tout simplement inévitable.
Depuis des années, la tension ne faisait que s’exacerber dans cette région, malgré les mises en garde de la Russie, attentive à sa propre sécurité et dans le même temps opposée à ce que le régime géorgien noue les alliances qu’il souhaite. Pour preuve, dira-t-on, des pays européens ont préféré temporiser quant à l’admission de l’Ukraine au sein de l’Otan. Et en ce qui concerne les deux entités séparatistes, elles jouissaient d’une indépendance de fait et la décision russe n’était plus qu’une question de jours depuis que l’Occident a décidé de reconnaître l’indépendance du Kosovo alors que, assurent Moscou et Belgrade, rien, même pas les résolutions de l’ONU, ne l’y autorisait. C’est de cette manière que les Balkans ont changé de visage mais conservé malgré tout leur réputation, une voie dans laquelle semble engagé le Caucase. Pour quel intérêt ? Et puisqu’il n’y a plus d’idéologie, pour quel intérêt alors ?
Par
