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Silence complice



Lorsqu’on brade les richesses du pays, lorsqu’on idolâtre le conteneur, lorsqu’on se frotte les mains pour le gré à gré et qu’on assaisonne le tout de pots-de-vin, chez nous, on dit qu’on gouverne. Le plan de relance économique avec son hypothétique million de logements et « le chantier du siècle » d’un coût de 18 milliards de dollars reliant Annaba à Tlemcen sur 1216 km est déjà mis en route. Pourrait-on honnêtement espérer son succès avec les mentalités dominantes ? Pourrait-on espérer que les hommes qu’on connaît puissent le mener à bon port ? Pas vraiment, pour ne pas dire « pas du tout » !

Les hommes aux commandes du pays ont pour la plupart montré leurs limites. Ils en conservent des réflexes qui n’ont plus cours dans l’Algérie d’aujourd’hui. Leur passage du rôle de gestionnaire d’une économie planifiée, à la mode d’autrefois, à celui d’une économie libérale, à la limite de l’informel, en vogue aujourd’hui ; leur saut du stade d’éradicateurs, hier juteux, à celui de réconciliateurs fait peine à voir, même s’ils font semblant de ne pas en saisir le ridicule. Et comme d’habitude, ils récoltent l’effet contraire à celui escompté.

Quand ils tentent de faire du social, ils provoquent l’émeute. Quand ils disent vouloir l’apaisement, ils provoquent l’ouragan. Et même lorsqu’ils œuvrent à diviser, ils aboutissent, contre leur volonté, au rapprochement, comme l’illustre le cas édifiant des onze jeunes héros de Khartoum qui, à travers leur absence de tricherie, leur don de soi et des qualités acquises à la sueur de leur front, sans tchipa, loin du roi piston, ont réconcilié les Algériennes et les Algériens avec des valeurs menacées de disparition. Des valeurs ancestrales que les gouvernants, à coups de milliards dépensés en propagande pour booster le « nationalisme », n’ont pu réinstaurer faute de pouvoir offrir l’exemple. Et pour cause ! Les rapports internationaux et les scandales financiers rapportés courageusement par la presse nationale sur la corruption dans notre pays, qui ne font que collationner les échos internes, ne peuvent qu’entretenir les inquiétudes.

Certes, aucun pays n’est entièrement exempt de corruption. Mais lorsque la corruption devient un sport national, pratiqué à tous les niveaux de décision, elle freine la croissance économique, entraîne la dégénérescence générale du tissu social, aggrave les disparités économiques et, inexorablement, favorise la criminalité organisée. Pour preuve, à partir d’un certain seuil politique, aucun cadre supérieur, aucun ministre ne répond de ses défaillances, voire de ses indélicatesses. Rendre des comptes est une injure. Il y a un seuil social qu’on évite ou qu’on redoute de franchir.

Une zone feutrée où on ne parle pas le langage du commun des mortels. Un espace où le verbe voler est tenu en horreur. On lui préfère le terme se servir. Se servir ne choque pas l’oreille et n’est pas un délit. Un espace où l’on vénère la tchipa, ce terme voulu sympathique pour désigner la désastreuse corruption. Une gangrène qu’on a fini, dans certains cas, par refiler aux « dignes héritiers », au point que cet abject racket a pu se confectionner des textes protecteurs dans l’impunité ambiante.

Car, même si les instructions juridiques en cours supposent que quelque chose « a changé », que la pêche ne semble plus se limiter aux lampistes et que les requins y sont désormais intégrés, les inquiétudes ne pourront s’estomper qu’une fois que la justice ira jusqu’au bout, qu’elle fournira la preuve éclatante qu’elle est réellement indépendante et qu’on bannira du jargon officiel la piteuse formule « responsable mais pas coupable ». Aujourd’hui, qu’il s’agisse de salve moralisatrice pour lutter contre la corruption généralisée ou d’un énième tir de sommation dans les traditionnelles luttes d’influence, dans les cercles restreints de ceux « d’en haut », il n’y a plus d’aveugles, de sourds ou de muets, mais des complices.



Par Hanafi Si Larbi

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