« L’effet domino » tant rêvé par Boumediène
Le départ de la firme américaine Oxy d’Equateur confirme l’« effet domino » en Amérique latine des thèses du président vénézuélien, Hugo Chavez, visant une reprise du contrôle des ressources naturelles par les Etats, selon des experts approchés par l’AFP.
Une politique tant revendiquée par l’ancien Président algérien Houari Boumediène (1965-1978), qui nationalisa les hydrocarbures en 1971, sonnant le glas des multinationales présentes alors en Algérie. Bien que, 35 ans plus tard, un des proches du Président défunt, l’actuel chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, ait promulgué en 2005 une loi jugée favorable à l’expansion de l’influence de ces mêmes multinationales. En Amérique latine, le vent de nationalisation des ressources naturelles souffle fort et ébranle les marchés mondiaux, suscitant particulièrement l’ire de Washington. Dernier exemple en date cité plus haut, la compagnie publique Petroecuador est chargée depuis le 16 mai d’administrer les gisements dont Oxy extrayait 100 000 barils de pétrole par jour en Amazonie, jusqu’à ce que l’Equateur trouve « un pays ami avec lequel il sera possible d’exploiter les puits », a fait savoir Quito. Même si le gouvernement a vivement rejeté toutes « rumeurs de nationalisation des ressources naturelles », les analystes pensent que l’expulsion virtuelle d’Oxy s’insère dans une volonté de réappropriation des richesses. D’autant que l’Equateur a durci en avril dernier sa loi sur les hydrocarbures afin que l’Etat perçoive « au moins » 50% de l’excédent du prix du pétrole brut par rapport au tarif prévu dans les contrats d’exploitation. Le ministre de l’Economie, Diego Borja a précisé que cette répartition à 50/50 pourrait être relevée si les cours pétroliers continuent de flamber. « Il y a une tendance en Amérique latine à inverser l’expérience des années 1980 et 1990 pendant lesquelles (les gouvernements) imposèrent les privatisations et le retour de capitaux étrangers » après la vague de nationalisations des années 1970, a indiqué à l’AFP Eli Habalian, ex-représentant du Venezuela au sein de l’OPEP. L’expert a toutefois mis en garde contre des conclusions trop hâtives, soulignant qu’en Equateur, beaucoup dépendra du résultat des élections prévues en octobre 2006. Ailleurs, dans la région, pour savoir quels équilibres se dessinent, M. Habalian a recommandé d’attendre « de voir comment se concrétisera la nationalisation du gaz » en Bolivie. durcissement de la fiscalité pétrolière La Paz a donné 180 jours aux compagnies étrangères pour réviser leurs contrats afin de remettre 82% de leurs recettes gazières à l’Etat et de ne garder que 18%. La compagnie brésilienne Petrobras, premier investisseur en Bolivie et premier acheteur de son gaz, a réagi avec colère à ces décisions mais des négociations ont déjà débuté. Selon un analyste brésilien, « la nationalisation n’a pas eu d’impact sur le titre Petrobras à la Bourse parce que ses fondamentaux sont bons et la majorité des investissements sont au Brésil ». Mais « la tendance à nationaliser crée une certaine menace », selon cet analyste. Petrobras est présent dans 16 pays de la région, dont l’Equateur où il extrait 10 200 barils par jour dans une zone amazonienne où écologistes et indigènes ont manifesté l’an dernier contre sa présence. C’est le Venezuela qui a donné le « la » à toute la région, fin 2005, en accélérant l’application d’une loi sur les hydrocarbures, datant de 2001, obligeant les multinationales à s’associer au sein de sociétés mixtes (produisant 500 000 barils de pétrole par jour) à la firme publique PDVSA, en lui réservant au moins 60% du capital. Caracas a, en outre, durci la fiscalité pétrolière en faisant adopter, mercredi dernier par le parlement, la création d’une taxe sur l’extraction de 33,3% remplaçant les royalties et s’appliquant à tous les types de contrats pétroliers qui vient s’ajouter à l’impôt sur leurs bénéfices (50% pour les sociétés mixtes). Selon Jorge Pareja, ex-président de Petroecuador, aujourd’hui analyste pétrolier, les changements dans le secteur en Bolivie, Equateur et Venezuela « sont effectivement » le signe d’un effet domino dans la région, en estimant que « se confirme un axe La Havane-Caracas-Quito-La Paz ». Au Pérou, des répercussions sont possibles car le candidat nationaliste, arrivé en tête du premier tour, Ollanta Humala, admirateur et protégé de M. Chavez, prône une nationalisation du secteur stratégique, mines et gaz surtout. Pour l’analyste vénézuélien Habalian, il n’est pas impossible qu’en Bolivie et en Equateur « s’instaure un socialisme corporatif similaire à celui de Cuba et à la proposition du président Chavez ». « Cela ressemble beaucoup au modèle chinois : un Etat socialiste associé au capital étranger », a-t-il estimé, selon l’AFP
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