Un demi-siècle plus tard, le 20 août 1955 constitue pour les Algériens une séquence fondatrice de leur histoire contemporaine. Comme beaucoup de dates repères, cette journée a cimenté une conscience nationale et resserré les rangs du peuple algérien dans sa longue marche pour la réappropriation de son identité nationale et sa souveraineté. Cette étape-charnière ne peut et ne doit, pour autant, être ossifiée par le recours à l’occultation ou au travestissement. Les Algériens, toutes générations confondues, sont en état de nouer un rapport serein à leur histoire sans que celle-ci ne s’expose à une forme de révisionnisme rampant.La nécessité qui se pose est en fait celle de désidéologiser ce rapport à l’histoire pour le restituer, dans sa vérité, à tous les enfants de ce pays. Il n’est que trop évident, à cet égard, que l’écriture de l’histoire est un enjeu de pouvoir. Le 20 août 1955, le 20 août 1956 ne font pas exception à cette règle qui dispose que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Mais, pour paraphraser une formule magistrale, il y a un seul vainqueur en Algérie, et c’est le peuple. Il ne peut pas être dessaisi de son droit de mémoire. La célébration conjuguée du 20 août 1955 et du 20 août 1956 est, en cela, toujours un moment essentiel pour dire à quel point le mot Révolution a été porteur de sens pour les Algériens. L’indépendance n’aurait pas été conquise sans ce formidable potentiel qui a fourni le vivier de la Révolution qui a été possible en dépit des dissensions, des ambitions personnelles, et de tentatives de la puissance coloniale de briser l’unité des Algériens. Ces étapes charnières ne doivent pas être galvaudées ou écornées par l’oubli. Le message du 20 août 1955 reste ainsi exemplaire de cette dynamique révolutionnaire qui a transcendé le cycle des insurrections sporadiques et vite contenue par un occupant qui pouvait user d’armes et de stratagèmes pour se maintenir. Sans doute tout n’a-t-il pas été parfait dans l’accomplissement d’une histoire qui a été, tout de même, violente pour les uns et les autres. Ce n’était pas un dîner de gala, selon ce mot si célèbre. Le recul de l’histoire autorise dorénavant une approche plus apaisée, dans le respect de l’intégrité morale des acteurs de l’histoire. L’essentiel est que le lien à l’histoire ne soit pas distendu, voire rompu, pour les jeunes générations auxquelles il ne faut pas inculquer l’idée que leur passé sonne creux. C’est la responsabilité partagée des acteurs de l’histoire, des intervenants dans le champ intellectuel, que de redonner à des dates comme celles du 20 août 1955 et du 20 août 1956 leur dimension si fortement symbolique d’un idéal assumé par tout un peuple. Et c’est de cette pesanteur symbolique qu’atteste le mois d’août.
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