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Madrid minimise la colère marocaine

Polémique autour de la visite du roi d’Espagne à Ceuta et Melilla

Madrid minimise la colère marocaine

Alors que des politiques marocains crient à la « provocation », les responsables espagnols et les médias relativisaient, hier, la crise avec Rabat déclenchée par l’annonce d’une visite du roi Juan Carlos dans les enclaves espagnoles de Ceuta (Sebta en arabe) et Melilla, tout en se déclarant surpris par la vigueur de la réaction marocaine.



Le gouvernement marocain a annoncé, vendredi, le rappel de son ambassadeur à Madrid pour protester contre cette visite, « regrettable », qui commence lundi, dans ces deux villes « occupées » du nord du Maroc, revendiquées historiquement par le Maroc. Le rappel de l’ambassadeur « est un geste avec lequel nous sommes en désaccord, mais nous avons de bonnes relations avec le Maroc et nous sommes sûrs qu’elles vont se poursuivre », a estimé, vendredi soir, le ministre espagnol de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba. José Antonio Alonso, le titulaire du portefeuille de la défense, a affirmé pour sa part hier, que cette visite n’était organisée « contre personne » et a appelé à la modération pour empêcher une « escalade » diplomatique. Il faut éviter « une détérioration des relations entre les deux pays, qui ont actuellement de très bonnes relations et ont de nombreux intérêts en commun », a-t-il déclaré à la radio Cadena Ser.

Moratinos « surpris » au Maroc

Le ministère espagnol des Affaires étrangères s’est contenté pour sa part d’indiquer que Madrid n’avait pas l’intention de prendre une mesure similaire de rappel, espérant que cette décision « souveraine » du Maroc « n’affectera pas » les relations bilatérales. Le quotidien El Pais notait toutefois, samedi, que l’annonce marocaine avait d’autant plus surpris Madrid que le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, effectuant actuellement une visite semi-privée au Maroc, où il participe à un festival à Essaouira. « Si Moratinos avait eu la moindre idée de ce qui allait se passer, il ne serait pas resté pour le pont (du 1er novembre) au Maroc », selon un diplomate espagnol cité hier par El Pais. Un porte-parole du ministère a précisé à l’AFP, que M. Moratinos devait rentrer dans l’après-midi d’hier en Espagne. Dire que le Maroc a été « spolié » de ces villes, « comme l’a fait l’exécutif marocain, est un mensonge : toutes deux sont espagnoles depuis les XVe et XVIe siècles, plusieurs siècles avant même l’existence du Maroc », écrivait dans un éditorial le quotidien El Mundo (droite).

« Calcul interne »

De son côté, la presse marocaine a fustigé hier la visite du souverain espagnol, en notant que la date coïncide avec l’anniversaire de la « Marche Verte » initiée par le roi Hassan II en 1975, pour tenter de revendiquer le Sahara-Occidental. « La provocation » a titré L’Opinion sur sa première page, l’organe du parti nationaliste Istiqlal, auquel appartient le Premier ministre Abbas El Fassi. Le Matin, proche du palais royal, parle de « l’incompréhensible, voire de l’inadmissible décision de Juan Carlos ». « Le pouvoir royal espagnol vient d’ouvrir la fameuse boîte de Pandore, sans se soucier apparemment des conséquences que sa décision comporterait à terme, sur le processus de revendication des enclaves marocaines, sur la nature des relations bilatérales et le projet ambitieux de voisinage exceptionnel », avance le journal. Il s’agit d’une « provocation. Les deux villes sont historiquement marocaines », a déclaré Abdelilah Benkirane, un des dirigeants du parti islamiste Justice et développement (PJD), lors d’une émission de la chaîne de télévision Al Jazeera, captée dans la nuit de vendredi à samedi à Rabat. Benkirane a toutefois relativisé l’impact négatif de la visite de Juan Carlos, sur les relations de son pays avec l’Espagne. « Je ne pense pas que cette visite puisse conduire à une grave crise politique entre les deux pays », a-t-il déclaré. Pour sa part, le président d’une association de ressortissants marocains établis à Ceuta, Mohamed Ali, a estimé sur Al Jazeera que la programmation de cette visite faisait « partie d’un calcul politique interne en Espagne ». « Les socialistes du PSOE et le Parti populaire de droite sont déjà en compétition (à travers ce voyage du roi) pour gagner des voix », en vue des élections législatives de 2008, a-t-il dit.



Par R. I.

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