Météo 
du jour
P U B

 

Accueil > Edition du 12 novembre 2008
L'info. au quotidien
 >
   Actualité












La cour d’Alger a jugé hier 4 jeunes pour « atteinte à l’Islam »

Le « syndrome de Biskra » refait surface à Alger

Ils en sont déjà à leur 50e jour de bagne. La maison d’arrêt d’El Harrach se souviendra, assurément pour longtemps, de ces détenus d’un genre à part. Des prisonniers du 3e type « coupables » d’offense à la religion d’Etat. T. Mustapha, M. Farid, T. Houcine et S. Saïd, jeunes Kabyles originaires des Ouadhias (Tizi Ouzou), sont accusés d’atteinte aux préceptes de l’Islam.



Condamnés le 30 septembre dernier par le tribunal de Bir Mourad Raïs (Alger) à une peine de 3 ans d’emprisonnement ferme, assorti d’une amende de 100 000 DA, ils ont été jugés hier en appel par la 5e chambre correctionnelle de la cour d’Alger. Un procès surréaliste comme seules nos juridictions peuvent en produire. Le « syndrome de Biskra » a fait des petits. Retour sur la scène du crime : Val d’Hydra, quartier chic des hauteurs d’Alger, quartier néanmoins musulman, le 21 septembre qui correspondait cette année au 21e jour du mois de Ramadhan, les quatre mis en cause, trimant comme ouvriers sur un chantier de bâtiment, sont embarqués en pleine rue par une patrouille de police.

Motif ? Non-observation du jeûne musulman. La procédure du « flagrant délit » est enclenchée illico presto. Présentés devant le parquet de Bir Mourad Raïs, ils sont placés sous mandat de dépôt et jugés sans l’assistance d’un avocat, 9 jours plus tard. Le tribunal de Bir Mourad Raïs a prononcé la peine la plus lourde, en vertu de l’article 144 bis-2 du code pénal : 3 ans de prison ferme et 100 000 DA d’amende. Hier à la cour d’Alger, l’affaire ressurgit en appel. Au box des accusés, les infortunés jeunots (le plus âgé a 25 ans) que leur escapade algéroise a conduits droit au cachot. Devant le juge, livides, les yeux raclant la clinquante dalle de sol, ils répondent d’une voix fluette, souvent inaudible. La « honte » ? Peut-être. Ils reconnaissent n’avoir pas observé le jeûne.

« Mais pas en public ! » « Qu’on soit clair, leur répond la présidente, vous n’êtes pas ici parce que vous n’avez pas observé le Ramadhan mais parce que vous avez fait preuve d’un manque de respect envers l’Islam et les musulmans, un manque d’éducation, car vous auriez pu ne pas vous exhiber, comme vous l’aviez fait ce jour-là. » Le sermon de la magistrate était tel qu’aucun d’entre eux n’osait lever les yeux. « Libre à vous de ne pas respecter le Ramadhan, mais faites-le chez vous, pas en public. N’offensez pas les autres musulmans », a-t-elle dit.

« Plus sévère que la loi divine »

Les plaidoiries des avocats de la défense replacent les débats sur le terrain purement juridique. maître Iddir Mohamed et sa collègue du barreau de Tizi Ouzou, maître Ould Cheikh, ont chacun tenté de démontrer que l’article 144 bis-2 ne s’appliquait pas aux faits rejugés. L’article punit de 3 à 5 ans ferme et d’une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 DA quiconque « dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration (...) ». Le tribunal de Bir Mourad Raïs a manqué de « sérénité » en rendant un verdict sévère basé sur un article « vague » et « flou », a estimé Me Iddir.

« Quand la sérénité quitte le prétoire, la justice s’en va aussi sortant par les fenêtres », a-t-il déclaré. L’avocat a souligné l’absence d’« éléments de publicité » pour cette infraction . « Pas de cigarettes sur eux. Pas de témoins. » Tout en plaidant la relaxe de son client, Me Iddir affirme que l’application de cet article touche directement à la liberté individuelle. « Si l’on s’en tient à l’esprit de cet article, a-t-il soutenu, il faudrait aussi embarquer et juger tous ceux qui le vendredi sont surpris dehors à l’heure de la prière de la Joumouaâ (prière du vendredi) puisque c’est aussi un devoir. » Et d’ajouter : « La Loi divine elle-même ne prévoit pas de pénalité aussi sévère. »

Le tribunal de Bir Mourad Raïs s’est voulu « plus royaliste que le roi », plaide pour sa part l’avocate Ould Cheikh. Toutes les doctrines de l’Islam affichent tolérance vis-à-vis des non-jeûneurs. « Aucune doctrine, dit-elle, ne les condamne ni à la prison ni à la flagellation. Les seules kafara (acte de rédemption) infligées à ceux ne respectant pas ce quatrième pilier de l’Islam sont d’une grande modération : jeûner 60 jours ou nourrir 60 indigents. » L’avocate s’interroge candidement : « En quoi fumer une cigarette peut-il porter atteinte à l’Islam ? » Il s’agit là, selon elle d’un cas manifeste de « violation des libertés individuelles » garanties pourtant par les lois de la République. Le procureur général, dans son plaidoyer, se contentera de « confirmer » la peine prononcée par le tribunal de Bir Mourad Raïs, le 30 septembre dernier. Le verdict est en délibéré ; il sera rendu public mardi 18 novembre.



Par Mohand Aziri

 >
  Voir aussi...

Edition du 19 novembre 2008

Trois peines de prison avec sursis et une relaxe
La Cour d’Alger rend son verdict dans l’affaire des 4 jeunes accusés d’« atteinte à l’Islam »

Edition du 27 juin 2005

Procès du mouhafedh

Edition du 27 avril 2008

Le procès des frères Kharroubi s’ouvre demain à Oran
Affaire BCIA-BEA

Edition du 29 novembre 2006

Affaire BCIA-BEA

Edition du 19 janvier 2008

Condamné à six mois de prison

Edition du 28 mai 2008

Le juge demande un complément d’enquête
L’affaire Habiba K. traitée hier par le tribunal correctionnel de Tiaret

Edition du 9 décembre 2007

Procès du SG de la cour d’Alger

publicité
    [
  • ]
 Hebdos & Services
Editions locales
Chroniques d'El Watan

 

Avis des lecteurs...

Le 20.11.2008 à 17h50
Le « syndrome de Biskra » refait surface à Alger

Je ne sais pas si ca vaut le coup d’ecrire quelque chose,disons une reaction a ce propos .neaumoin qu’en est-il des non musulmans ? dans des pays de cette nature.On voit bien que la justice Algerienne n’a rien d’autre a faire.

répondre


Le 19.11.2008 à 23h35
Le « syndrome de Biskra » refait surface à Alger

Ces magistrats musulmans croient t-ils vraiment en Dieu ? Dieu dans toute sa miséricorde admettrait t-il que des humains s’arroge le droit de punir aussi sévèrement quand lui dans toute sa miséricorde à prévue une forme de repentance très clémente.

répondre


Le 19.11.2008 à 02h58
Le « syndrome de Biskra » refait surface à Alger

à compter de cette histoire, je jure que je ne ferai plus jamais le ramadan.

répondre


Le 15.11.2008 à 15h27
Le « syndrome de Biskra » refait surface à Alger

c’est vraiment choquant ce qui se passe en algérie qui se dit être un pays démocrate, comment compromettre l’avenir des ces pauvres jeunes en les emprisonnant pour 3 ans, pour une erreur qu’ils ont commis, je suis sur qu’ils n’ont pas fait ca pour manquer de respect à l’islam ou aux musulmans, et encore moins pour offenser les autres.et pourquoi personne en algérie n’a entendu de cette nouvelle loi qui dit que celui qui ne n’observe pas le jeune sera condamné à une telle peine, je suis sur que si ces pauvres jeunes étaient au courant de cette loi ils ne risqueront pas leur peaux. en plus de ca comment ca ce fait que les six detenus de biskra ont été libéré et pas ceux la , et ce parcequ’ils sont kabyle, ou parceque la loi appliquée dans les tribunaux de l’algérie n’est pas la même, j’espere bien que ces jeunes seront bientot libérésque dieu soit avec eux

répondre


Le 13.11.2008 à 11h02
Remerciement et demande d’aide

Tous mes remerciements aux journalistes d’elwatan. Je suis le frère de la victime (T.Mustapha). On vous demande de polémiquer de plus sur cette affaire pour faire pression sur ceux qui délibèrent des verdicts à la cour d’alger ( j’etais présent le 11/11/2008 à la cour d’alger au moment de jugement, vraiment choque de disfonctionnement et de l’anarchie qui règnent dans la chambre5 .... !!!!!!!!! sa confirme directement qu’il y a pas de justice en algerie ; comment voulez vous qu’un juge et ces collaborateurs qui travaillent plus de 12heures en une journée puissent délibérer des verdicts conformes à la lois ? impossible). A cette défaillance de la justice algérienne, je vous demande encore une fois de nous aidés à libérer ces jeunes. Veuillez agréer tous mes remerciements.

répondre


Le 12.11.2008 à 17h37
Le « syndrome de Biskra » refait surface à Alger

Je m’interroge pourquoi en ÉGYPTE Les cafés sont ouverts et les clients attablés prenant des boisons rafraichissantes ou du thé sans que la police n’interviennent ou que la justice s’en mêle.Pourquoi donc veut-on faire du Ramadan une obligation alors que le CORAN le définit au libre choix du musulman en payant une Zaat ou en nourrissant des pauvres pour un temps déterminés ;JE suis entièrement d’accord avec la juge pour ce qui est du respect des autres mais pas du tout pour la lourde peine infligée à des ouvriers arrassés par un travail manuel de terrassiers ou de construction.Il aurait esté des plus judicieux de leurs infliger une petite amende avec un avertissement Damèche

répondre


Le 12.11.2008 à 01h33
Le « syndrome de Biskra » refait surface à Alger

Une sanction aussi forte que cela engendrera une réaction violente. C’est les lois de la physique, ce n’est pas divin , c’est rationnel. Attendons-nous au pire dans des pays ou tolérence vaut zéro. Pauvres d’esprit que nous sommes.

répondre



 >
Postez votre avis




















publicité

Infos récentes : | 3 jui | 2 jui | 1er jui | 30 jui | 29 jui | 28 jui | 27 jui | Haut de page
Droits réservés © El Watan 2007