Les canaux par lesquels le pouvoir financier s’opère ne sont pas difficiles à identifier si l’on cherche à les positionner sur le plan institutionnel.
Pour cela, Il suffit d’analyser ce pouvoir dans sa déclinaison actionnariale pour rendre compte de sa puissance. Plus encore, sa contribution au financement de l’économie permet de déterminer sa nature et ses objectifs, voire sa stratégie.Dans notre contexte, il faut reconnaître que depuis la libéralisation de l’économie et l’ouverture du marché, le pouvoir de la finance est passé en partie entre les mains de l’actionnariat privé qui est devenu dans le secteur économique le premier employeur du pays. Sa capacité à faire des profits bien qu’elle ne soit pas transparente dans la plupart des cas ne conduit pas dans l’état actuel de sa formation et de son évolution a des estimations précises pour se prononcer sur sa force réelle dans le management du développement économique du pays. La question est importante parce qu’au commencement, le choix s’est fait en faveur de la finance publique, le résultat est aujourd’hui ce qu’il est, on privatise tous azimuts. Mais avant d’arriver là, bien des étapes ont été franchies. Si l’on se réfère à la situation antérieure ou le pouvoir de la finance appartenait totalement à l’Etat qui était ainsi l’unique actionnaire de tout ce qui existait dans le pays, force est de reconnaître que le programme de développement national était le grand bénéficiaire de ce pouvoir. Ultérieurement et sous la conjugaison de plusieurs facteurs de tout ordre, l’Etat a été contraint d’accepter de partager le pouvoir financier avec d’autres actionnaires en prenant soin de délimiter ses contours. A l’Etat revient tout ce qui ce qui est investissement lourd et pas forcément lucratif ( route, barrages, habitat, infrastructures collectives...) et à l’actionnariat privé tout ce qui est marchand et donc rentable. Le bilan qui peut être tiré de ce partage du pouvoir à cette étape est à l’avantage de l’Etat qui utilise son pouvoir de la finance au service de la collectivité, il assume parfaitement son rôle dans cette nouvelle configuration, peut être pas dans les normes voulues, mais il s’en rapproche de plus en plus. L’autre partenaire se construit dans un environnement qui n’est pas sain et qui ne peut pas être permissif compte tenu du poids du passé et de l’immobilisme qui caractérise certaines parties. En fait, le pouvoir de l’actionnariat privé est ballotté entre sa dimension nationale et son ambition internationale qui n’arrive pas à s’exprimer sur le marché et particulièrement sur le marché de l’exportation. C’est finalement là ou on l’attendait et c’est finalement là ou il a échoué peut être à cause de la rente qui ne supporte pas la concurrence et donc le partage du pouvoir que procure la finance. La crainte des sanctions financières (faillites) corollaire de la perte du pouvoir a peut-être aussi joué sur la régulation de l’actionnariat en actionnant à fond le levier de la prudence. Il convient cependant admettre que cet actionnariat a fait prospérer l’environnement institutionnel de nouvelles méthodes de gestion du capital qui privilégient la mobilité à la durée. Cela permet de gagner beaucoup, vite et bien. Investir dans des secteurs lourds mais structurants pour l’économie suppose une immobilisation durable du capital, ça c’est l’affaire des capitalistes et non des mercantilistes. La libéralisation n’a pas engendré jusqu’à aujourd’hui des actionnaires schumpétériens capables de se projeter dans une économie compétitive, alternative à l’économie rentière. Le capital privé a fait des percées dans beaucoup de domaine et a même réussie à investir en force des secteurs qui faisaient la fierté de la propriété collective en s’accaparant la totalité du marché. Le rôle de l’Etat dans cette phase crucial pour l’avenir de la nation est de procéder à des évaluations publiques pour repositionner le pouvoir financier dans un climat d’entente nationale sans rapport de force. Un pacte économique serait un début de réponse pour la suite.
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