C’est le retour de flamme pour le président des Etats-Unis qui se réveille sur une amère réalité. Il a avoué, avec un extraordinaire aplomb, dans son discours sur l’état de la nation, que son pays « est trop dépendant du pétrole qui vient (...) de régions instables ».
Cette déclaration a fait l’effet d’une bombe. Elle est concédée non pas par un démocrate, mais par une personnalité qui a défendu méthodiquement, tout au long de sa carrière politique, les intérêts et les positions des lobbies pétroliers qui engrangent de faramineux bénéfices. Le président Bush s’est évertué effectivement à conforter le tout-pétrole au détriment de sources alternatives, en dépit des sévères critiques internationales. Plus grave, son action diplomatique et militaire a « dynamité » le Moyen-Orient, devenu une véritable poudrière. S’appuyant sur les thèses des néoconservateurs, il a pris fait et cause pour Israël, créant chez le peuple palestinien, mais aussi dans l’ensemble du monde arabe et musulman, un fort sentiment de frustration, exploité par les islamistes qui en tirent, aujourd’hui, le plus grand bénéfice politique. L’invasion de l’Irak a, en outre, choqué. Des plaies sont ouvertes et le pays est installé dans une instabilité chronique, y compris en favorisant une augmentation du prix du pétrole. L’Administration américaine subit les revers d’une politique qu’elle a délibérément imposée à la région, sans en mesurer les conséquences. Ce terrible aveu de Bush est également significatif de l’état aggravé de dépendance dans lequel est plongé ce pays par rapport au pétrole et aussi du degré de panique qui s’empare de Washington. Le pétrole est, et demeure, une matière première noble, non renouvelable, qui a servi à produire la richesse du monde occidental. Pendant de longues années, les Etats-Unis ont pesé à travers l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et en s’inféodant certains régimes arabes, dont l’Arabie Saoudite, pour que le prix du pétrole soit le plus bas possible, plongeant beaucoup de pays exportateurs dans des crises économiques et sociales dévastatrices. Il est tout à fait naturel et légitime qu’aujourd’hui, au moment où les découvertes se font moins rares et que la demande est très forte, qu’un prix juste soit accepté. Il n’y a rien d’étonnant que Bush soit empêtré dans un nouveau bourbier, alors que les solutions qu’il propose à son pays sont totalement irréalistes.
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