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Le Panaf' hors d'Alger

Témouchent

Le Panaf’ hors d’Alger

Ambiance panafricaine aidant, le public de Témouchent ne cesse de manifester son engouement pour les spectacles.



Au 1er jour, une troupe de Tiaret et les Zimbabwéens ont donné le la. Si les premiers furent suivis poliment, les seconds apportèrent le dépaysement. A six sur scène, trois hommes et trois femmes aux tenues bariolées, les Zimbabwéens se sont démenés comme soixante, exécutant des danses reflétant des scènes de la vie rurale et parfois conjugale. Tout était dans le rythme et parfois l’expression corporelle lorsque les scènes étaient théâtralisées. Cependant, le plaisir du public aurait pu être entier durant les 50 mn de spectacle si des explications avaient été fournies sur la nature et les particularités des numéros exécutés de façon à les lui rendre intelligibles. Ce déficit en communication aura d’ailleurs été entier pour toutes les compagnies qui se sont produites. Le lendemain, cela a été le tour de la compagnie El Nil, une troupe fondée en 1957 et considérée comme la plus importante d’Egypte dans la sauvegarde de l’héritage folklorique de ce pays.

Elle recrute les artistes qui s’illustrent à travers les régions et leur offre l’opportunité de présenter leur répertoire dans le chant, la musique et la danse. Les hommes en djalabiahs noires et chèches blancs et les danseuses dans leurs robes fleuries aux couleurs criardes, plongèrent l’assistance dans l’atmosphère festive des bourgades des bords du majestueux Nil lorsque leurs habitants font la fête. Et l’on se retrouve à vivre des scènes que la cinématographie égyptienne à très largement exploitées. Il n’en reste pas moins vrai que de les voir en vrai et de près, c’est autre chose. Si le mizmar aux sonorités vives et fortes était familier à l’oreille, le solo du musicien au rababa, une boîte à sons taillée dans une noix de coco et surmontée d’un roseau tendant les fils, a ravi par sa virtuosité, sa présence debout sur scène, son expressivité et sa façon de tirer des rythmiques et des sonorités semblables à celle du violon.

Les chants qui rappellent le ghiwan de chez nous, des odes à l’amour, à la beauté et au plaisir de vivre, sont déclinés par les chanteurs (ses) et danseurs (ses) dans une gouaille populaire et un brin libertine. Le public eut droit à une virevoltante prestation d’un derviche tourneur. Enfin au 3e jour, Pamozdi national dance troup de Zambie donna dix danses des différentes régions du pays, cela sans interruption sur des rythmes endiablés, les percussionnistes se relayant sur les hauts tambourins à la coque en bois. Plumes sur la tête, masques, tenues de la savane, tout vibrait au son de la seule percussion et des chants. Rien dans les déhanchés ne rappelle une quelconque sensualité à moins bien sûr que différence de culture, la sensualité s’exprime autrement à travers des codes inconnus du public témouchentois. Les danses variaient du rituel, l’invocation des génies, des danses guerrières à ce qu’il y a de plus festif avec l’une représentant des scènes de séduction entre couples non dénuées parfois de friponnerie.

C’est à ce moment que la réaction d’une partie du public rappela la gravité de l’influence des œillères idéologiques de la régression imposées au pays. Ce son des adolescents qui ont protesté, des ados dont la véhémence est tombée d’un cran en voyant les adultes ne pas les suivre. Entre temps, l’essentiel des quelques familles présentes s’était éclipsé. Enfin, il n’est pas inutile de noter que le Panaf’ n’a pas été sans baraka à Témouchent, puisqu’en son honneur, le secteur de la culture s’est doté de projecteurs de scène, ce qui a permis au public de goûter véritablement aux spectacles. Jusque-là, la scène était chichement éclairée par deux méchants projecteurs de chantiers à la lumière jaunâtre. Depuis, en la salle de la maison culture, on pourra enfin également assister aux spectacles autrement qu’en plein feu. Quant à la sono, équipée de nouveaux accessoires, elle est devenue performante.



Par M. Kali

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