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Junichiro Koizumi visite le sanctuaire du Yasukuni

Le Japon plonge l’Asie dans une crise politique

A six semaines de ses adieux au pouvoir, le Premier ministre nippon, Junichiro Koizumi, a défié Chinois et Coréens en visitant le sulfureux sanctuaire patriotique du Yasukuni à Tokyo pour la première fois le jour de l’anniversaire de la reddition du Japon impérial en 1945.



Habillé d’un costume queue-de-pie noir, M. Koizumi est arrivé au sanctuaire en limousine, sous une pluie fine, peu avant 7h 45 locales (22h 45 GMT lundi), attendu par une foule approbatrice agitant des drapeaux japonais. Escorté par un prêtre shintoïste, le Premier ministre, un libéral populiste, qui quitte le pouvoir le mois prochain, a prié pendant une dizaine de minutes à l’intérieur du sanctuaire. Le shintoïsme a été la religion nationale du Japon jusqu’en 1945. « C’est une bonne chose » que le Premier ministre vienne, approuvait Masao Sawabe, 63 ans, dont le père et l’oncle sont morts à la guerre. « Je veux qu’il porte le deuil de ceux qui ont perdu leur vie pour le pays. J’aimerais bien que l’Empereur puisse visiter le sanctuaire aussi », espérait-il. Le sanctuaire shintoïste du Yasukuni honore les 2,5 millions de Japonais tombés au champ d’honneur depuis la guerre civile de 1853, parmi lesquels sont comptés 14 criminels de guerre condamnés par les Alliés après la défaite de 1945. Mais en ranimant les fantômes du passé, M. Koizumi a pris le risque d’approfondir la grave crise diplomatique qui empoisonne depuis des mois les relations entre le Japon et ses voisins. La Chine et la Corée du Sud ont aussitôt, a rapporté l’AFP, convoqué les ambassadeurs du Japon et condamné vivement le pélerinage « nationaliste » du dirigeant nippon, des critiques qualifiées d’« immatures » par ce dernier. Interrogé sur le choix hautement symbolique du 15 août – anniversaire de la défaite japonaise qui est officiellement fêtée en Chine comme en Corée – pour honorer de sa visite le haut lieu spirituel du nationalisme nippon, il a estimé qu’il s’agissait d’« une date appropriée ». C’est la première fois qu’un Premier ministre japonais en exercice visite le Yasukuni un 15 août depuis Yasuhiro Nakasone en 1985. Certes, M. Koizumi s’est rendu tous les ans au sanctuaire depuis son arrivée au pouvoir en avril 2001, déclenchant à chaque fois des torrents de protestations de la part de la Chine et des deux Corées, qui voient dans ces pélerinages une glorification du Japon militariste dont elles furent les victimes. Mais il s’était abstenu jusqu’à présent de visiter ce majestueux monument à la date ultrasensible du 15 août, le jour que choisissent les anciens combattants et leurs familles, mais aussi les militants nationalistes, pour se retrouver au Yasukuni. Fustigé par l’opposition, M. Koizumi a finalement tenu la promesse qu’il avait faite pendant la campagne électorale de 2001 d’y aller ce jour-là. « Je fais ces visites pour montrer respect et reconnaissance à ceux qui ont offert leur vie pour le pays et leur famille », a répété M. Koizumi pour se justifier, réaffirmant que ce n’était pas à Pékin ou Séoul de lui dicter sa conduite en politique intérieure. Pour faire bonne mesure, peu après sa visite controversée, M. Koizumi a réitéré les regrets et les excuses du Japon pour les « énormes souffrances » infligées en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les détracteurs de M. Koizumi – à l’intérieur comme à l’extérieur du Japon – tournent désormais les yeux vers Shinzo Abe, actuel numéro deux de l’exécutif et grandissime favori pour devenir le nouveau Premier ministre fin septembre. Jusqu’à présent fervent partisan des pélerinages au Yasukuni, M. Abe pourrait en profiter pour s’abstenir de visiter le site afin d’amorcer une détente avec Pékin et Séoul. Il a appelé hier à « ouvrir les portes du dialogue » et à « bâtir des relations orientées vers l’avenir » avec la Chine et la Corée du Sud. Le pari n’est pas impossible à réaliser. Mais il sera toutefois difficile à concrétiser. Pour y parvenir, il faudra au nouveau gouvernement japonais de déployer des trésors de diplomatie pour parvenir à calmer la tempête suscitée par Koizumi. Tempête qui a déjà amené le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, à convoquer l’ambassadeur du Japon en Chine Miyamoto Yuji, hier, pour formuler une protestation « sérieuse et solennelle et exprimer sa condamnation pour la sixième visite du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi au sanctuaire du Yasukuni où sont honorés des criminels de guerre ».



Par A. Z.

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