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« La poésie est la mère de tous les arts »

Saïd Abdelli. Poète-chercheur

« La poésie est la mère de tous les arts »

A 59 ans Saïd Abdelli a encore l’enthousiasme de la jeunesse. Il vit intensément ses jours par la poésie et pour la poésie. Volubile, il parvient souvent à contaminer son entourage par son virus poétique et ses anecdotes relatives au monde artistique. Poète-chercheur, comme il aime à se définir, cet enfant de Béjaïa passe son temps à interroger la langue kabyle, à fouiner dans son ancien vocabulaire pour trouver des images frappantes, des mots suggestifs et des tournures stylistiques brillantes. Critique, il porte un regard sévère sur la production artistique d’aujourd’hui. Ici, il se confie à notre journal.



- Vous avez lancé un concept assez vague « la poéthérapie » que vous avez soumis à l’académie française, quelle signification renferme-t-il au juste ?

- La poéthérapie, c’est la médication par la poésie. Dans notre siècle, fait de bouleversements en tous genres, la poésie peut jouer un rôle déterminant. Elle a déjà montré son efficacité dans les siècles précédents. A titre d’exemple, le poème « Liberté » de Paul Eluard a été, pendant la seconde guerre mondiale, d’un secours mille fois plus important pour la résistance que les discours politiques. Ne dit-on pas d’ailleurs que le poète est le flambeau qui éclaire le chemin de son peuple ?

Un poème peut servir de rempart et d’arme contre l’oppresseur ; de thérapie contre l’angoisse et le désespoir ; d’outil inégalé pour la rêverie et la méditation… enfin d’hôpital pour guérir de tous ses maux, se comprendre et comprendre le monde. En soumettant le terme « poéthérapie » à l’Académie française, il m’ont invité à utiliser plutôt « poétothérapie » qui est à leur sens plus judicieux. Pour son entrée dans le dictionnaire, l’honorable institution m’a fait savoir que seul son usage par un large public peut lui permettre cet accès.

- Vous vous présentez non pas comme un poète mais comme un poète-chercheur. Peut-on savoir pourquoi ?

- Pour moi composer un poème équivaut à une aventure dans le monde fascinant de notre langue. Je fais très attention au vocabulaire que j’emploie, à la manière de traiter mes textes, aux sujets que je traite. Je me comporte en architecte qui allie tradition et modernité en vue de bâtir quelque chose de durable et d’esthétique. Un poème doit faire ressortir les parfums et les subtilités de la langue dans laquelle il est écrit. C’est dans cette optique que je m’inscris, et je peux dire en toute modestie, en plus de trente cinq ans de création, je suis parvenu à avoir un art propre à moi.

- Après avoir fait la dure expérience avec certains chanteurs et groupes musicaux, vous vous apprêtez à chanter vous-même votre poésie. Comment en êtes-vous arrivés là ?

- Dans un entretien que vous a accordé mon frère Tayeb Ikouvach, il vous a dit ceci : « nul enfant ne peut être éduqué que par son géniteur, une voiture de formule 1 ne peut être confié à un détenteur d’un nouveau permis de conduire ». Ces propos, je les fais miens. En kabyle on dit « yehzen lmal ur yeksi babi s, yehzen uzetta ur dgir la lis » j’estime avoir répondu à votre question.

- Un dernier mot ?

- Je rêve d’une Algérie où il y aurait un ministère de la poésie.



Par Boualem B.

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