L’opposant Mohamed Charfi est décédé vendredi
L’homme politique libéral tunisien et président d’honneur de la Ligue de défense des droits de l’homme (LTDH), Mohamed Charfi est décédé vendredi à Tunis à l’âge de 72 ans.
Spécialiste de droit international, Mohamed Charfi, né à Sfax en 1936, est l’une des figures d’opposition les plus emblématiques en Tunisie. Et ce, nonobstant son passage à la tête du ministère de l’Education -de 1989 à 1994 qu’il mettra habilement à profit pour moderniser le système éducatif de son pays. Charfi est incontestablement le père fondateur de l’école de l’excellence Tunisienne. Il interdira les châtiments corporels, introduira l’enseignement des valeurs universelles et droits de l’homme et expurgera les manuels scolaires des stéréotypes rétrogrades, sexistes et intolérants. Il imposera également la mixité dans les écoles et même dans les gymnases. Sa réforme est décriée aussi bien par les intégristes que par l’extrême gauche qui lui reproche son inspiration libérale. A la pointe du mouvement démocratique, Charfi est aussi réputé pour un être partisan d’un Islam libéral. Islam qu’il entend soumettre continuellement à l’Ijtihad. Son soutien pour la cause des femmes et son plaidoyer pour l’égalité des sexes lui vaudront la haine viscérale des islamistes. Il est l’auteur de plusieurs écrits, dont Islam et liberté, encore interdit en Tunisie. Universitaire de renom (Professeur de droit privé à la Faculté de droit de Tunis et à la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales depuis 1996), le Dr Charfi devient en 1981 président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Une fonction qu’il occupera jusqu’à son entrée dans le gouvernement de Zine El-Abidine Ben Ali en 1989. Le Dr Charfi passera dans l’opposition dès sa démission du gouvernement en 1994. Il signera plusieurs manifestes contre les dérives autoritaristes du régime de Ben Ali. Pour Mohamed Charfi, les « droits de l’homme sont universels, tout le monde, disait-il, a droit d’en bénéficier. » Figure de gauche réputée, Mohamed Charfi se distinguera par son engagement pour la défense des droits humains et des libertés publiques. « C’est une grosse perte pour la Tunisie. Ce qu’il a fait pour le savoir, l’enseignement du droit et les droits de l’homme restera un point lumineux dans les annales du pays », a déclaré à l’AFP Mokhter Trifi, président de la LTDH. Après l’AFP, l’Agence de presse tunisienne (TAP) annonçait vendredi, laconiquement, la nouvelle de la disparition de ce grand homme. TAP se contentera de rappeler son parcours d’académicien et de ministre sans la moindre allusion à son engagement politique. Parlant de la condition des femmes en Algérie (préface du livre de Lucie Pruvot, Femmes d’Algérie, Casbah Editions), Charfi relève « l’incohérence de l’Etat Algérien ». « L’Etat laisse, écrit-il, la femme accéder à des postes de responsabilité dans l’entreprise, dans l’administration et même à de hauts niveaux de décision au sein de l’Etat, alors que cette même femme reste incapable de consentir à son propre mariage, sans le recours à un tuteur matrimonial. »
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