Météo 
du jour

 

Accueil > Edition du 10 octobre 2006
L'info. au quotidien
 >
   Dossier












L’Égypte, la Libye, le Yémen, le Maroc affichent leurs ambitions nucléaires civiles

Les Arabes veulent leur atome

Le débat s’engage : nucléaire civil, militaire ? Réaménagements des équilibres de force ? Légalités des pressions des puissances mondiales ? L’après-pétrole suffit-il à justifier cette course ? La scène mondiale est en émoi suite au dossier iranien et aux menaces nord-coréennes de procéder à des essais.



Le voisin marocain se met aussi de la partie avec le soutien français, et une probable contribution du géant russe du nucléaire Atomstroi-Export qui serait candidat à la construction du premier réacteur nucléaire marocain pour la production d’énergie. La construction du réacteur marocain devrait commencer en 2016 ou 2017. D’autres pays de la région s’engagent dans la course, en dernière date l’Egypte, pivot du monde arabe.

L’atome prudent des Pharaons

L’annonce par l’Egypte de la reprise de son programme nucléaire civil, après celle de la Libye en mars dernier, peut marquer le début d’une nouvelle ère, ou n’être qu’un effet d’annonce politique, selon des analystes au Caire repris par l’AFP. Fin septembre 2006, l’Egypte annonce cette relance après un gel de 20 ans, affirmant envisager la construction, d’ici 2020, d’au moins une centrale nucléaire au nord du pays, sur la côte méditerranéenne. Le ministre égyptien de l’Electricité, Hassan Younes, a déclaré, dans une interview au quotidien Al Ahram, que l’Egypte avait l’intention de construire une centrale à Dabaâ, à l’est d’Alexandrie. Le coût de la centrale est estimé à 1,17 milliard d’euros et devrait nécessiter des investissements étrangers. Pour construire cette première centrale destinée à produire de l’énergie nucléaire civile, l’Egypte envisage de recourir à la technologie chinoise ou russe. En 2001, un accord de coopération a été signé avec la Russie. Le ministre a précisé que la centrale de Dabaâ pourrait être opérationnelle dans une dizaine d’années. Le quotidien indépendant Al Masri al Yom affirme de son côté, citant des sources officielles, que le gouvernement égyptien envisagerait de construire trois centrales nucléaires en tout, représentant une capacité de 1800 mégawatts d’ici 2020. L’ancien président du Conseil national supérieur pour l’énergie, Ahmed Al Qadi, a précisé que la centrale de Dabaâ, si elle est construite, produira plus d’électricité que le barrage d’Assouan. Le premier dirigeant à avoir levé le voile sur ce dossier-clé a été Gamal Moubarak, fils du président Hosni Moubarak, présenté avec insistance comme son possible successeur à la tête de l’Egypte. Des commentateurs ont estimé qu’il s’agissait d’une annonce politique, visant à donner de la popularité à Gamal Moubarak et à un régime pro-occidental qui pâtit, aux yeux des masses, de l’exemple iranien défiant l’Occident. Mais à côté des interrogations sur les motivations de politique intérieure, le débat porte surtout sur la course au nucléaire et les implications régionales de la décision de l’Egypte. Face à l’arsenal nucléaire israélien, et alors que la crise sur le dossier nucléaire iranien reste à la une de l’actualité mondiale, en plus du projet de la Turquie de construire trois centrales, l’Egypte ne pouvait rester sans agir, selon des analystes.

Le Caire dénonce Tel-Aviv

« Ce n’est pas un hasard si l’annonce du Caire intervient alors qu’on s’interroge sur les activités nucléaires de l’Iran », note M. Saïd, pour qui « l’Egypte avait besoin d’établir une forme de légitimité » au Proche et Moyen-Orient. L’Egypte, qui a signé en 1968 le Traité international de non-prolifération nucléaire (TNP), soutient officiellement l’élimination des armes nucléaires dans la région et critique régulièrement Israël. Lancé sous Nasser dans les années 1950, le programme égyptien s’est vite concrétisé par la création d’un centre de recherche, mais était de fait gelé depuis la catastrophe de la centrale ukrainienne de Tchernobyl, en 1986. « Redonner vie à ce programme est faisable, et je crois que cela se fera », estime M. Saïd. Mais des experts pensent que la volonté égyptienne pourrait être mise à l’épreuve par des pressions qui s’exerceront sur l’Egypte en faveur de la signature d’un protocole additionnel au TNP, donnant de plus larges pouvoirs d’enquête à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Trois de ces experts ont affirmé dans un texte publié dans Al Masri al Yom qu’une telle signature serait une « catastrophe » pour l’Egypte. « Cela permettra à des inspecteurs d’entrer en Egypte quand ils le veulent et d’aller partout, comme dans des écoles ou des hôpitaux, sans que l’on puisse s’y opposer », ont estimé l’ex-directeur de l’Institut de l’énergie atomique, Ezzat Abdel Aziz, le professeur de chimie nucléaire, Hicham Fouad, et un membre du Conseil scientifique, Abdel Fattah Helal. Pour l’analyste Emad Gad, chercheur au centre d’études stratégiques d’Al Ahram, si les autorités étaient « vraiment sérieuses sur le programme nucléaire, elles n’auraient pas orchestré un tel spectacle ». « Se mettre au travail suffit dans ce cas », a-t-il conclu. Le 5 octobre, l’ambassadeur des Etats-Unis au Caire, Francis Ricciardone, a annoncé la prochaine visite en Egypte d’une délégation de spécialistes américains du nucléaire pour donner des avis techniques à des experts égyptiens. L’ambassadeur n’a pas précisé la date de l’arrivée de la délégation, mais a réitéré que son pays était prêt à aider l’Egypte dans le cadre du programme nucléaire civil qu’elle entend relancer. Mais l’ambassadeur n’a, par contre, émis aucun commentaire sur l’arsenal israélien, ni réagi aux déclarations égyptiennes concernant le « défi ouvert d’Israël aux règlements du TNP ». Le 22 septembre, l’Egypte a critiqué les efforts déployés par les pays occidentaux pour empêcher l’adoption d’une déclaration qualifiant de menaçant l’arsenal nucléaire qu’Israël est soupçonné de posséder. Les Etats-Unis et d’autres puissances occidentales se sont ligués, le 21 septembre, pour bloquer l’adoption par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) d’une résolution exigeant d’Israël qu’il réserve l’énergie atomique à une utilisation pacifique et qu’il contribue à débarrasser le Proche-Orient des armes nucléaires. Ces pays se sont prononcés pour un texte édulcoré, élaboré lui aussi par des Etats arabes, « affirmant le besoin urgent pour tous les Etats du Proche-Orient, d’accepter dans leur intégralité les recommandations de l’AIEA concernant leurs activités nucléaires ». Dans un communiqué, le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmed Aboul Gheït, critique la politique de deux poids deux mesures caractérisant, selon lui, l’approche adoptée dans ce dossier par les pays occidentaux. « Il est inacceptable que ces pays continuent à fermer les yeux sur le danger que représente la menace nucléaire israélienne pour la stabilité et la sécurité du Proche-Orient », a-t-il dit. Selon lui, les pays occidentaux devraient se montrer tout aussi préoccupés par la menace nucléaire israélienne qu’ils le sont par d’autres aspects de la lutte contre la prolifération. Il a qualifié le programme nucléaire israélien de « défi ouvert » aux règlements du TNP. « Si les puissances occidentales veulent que les pays en voie de développement et les pays arabes comprennent l’inquiétude qu’elles ressentent au sujet du problème nucléaire iranien, elles doivent convaincre tout un chacun qu’elles défendent le droit dans tous les cas, et qu’elles ne sont pas partiales », a-t-il ajouté. Israël, pour rappel, n’a jamais démenti ni admis avoir des armes atomiques, une politique dite d’« ambiguïté stratégique », mais la plupart des experts pensent qu’il dispose d’environ 200 ogives nucléaires.

Le Yémen défend le droit des Arabes au nucléaire

Début octobre, le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, a affirmé que son pays entendait développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques avec l’aide des Etats-Unis et du Canada. « Je confirme que nos intentions sont sérieuses. Nous allons produire de l’électricité par l’énergie nucléaire, en coopération avec les Etats-Unis et le Canada », a déclaré M. Salah, fraîchement réélu. En juillet dernier, il avait déjà évoqué la perspective de doter le Yémen de l’énergie nucléaire, au moment où il présentait sa candidature à l’élection présidentielle du 20 septembre.



Par Adlène Meddi

publicité
 >
  Voir aussi...

Edition du 8 janvier 2007

L’Algérie veut accéder à l’ère du nucléaire
Production d’énergie électrique

Edition du 23 octobre 2005

loi sur le nucléaire

Edition du 30 juillet 2006

L’usage politique de l’incertitude nucléaire
La dissuasion israélienne et le grand Moyent-Orient

Edition du 18 août 2009

Soixante ans de dissuasion nucléaire controversée
Stratégie de l’énergie nucléaire dans les relations internationales

Edition du 7 mai 2006

L’atome en toute transparence
L’Algérie va se doter d’une loi sur le nucléaire

Edition du 25 février 2009

Nucléaire tous les 5 ans à partir de 2020
L’Algérie se dotera d’une centrale

publicité
 Hebdos & Services
Editions locales
Chroniques d'El Watan

 

publicité

Infos récentes : | 21 mar | 20 mar | 19 mar | 18 mar | 17 mar | 16 mar | 15 mar | Haut de page
Droits réservés © El Watan 2007