Il faut croire que les ministres arabes de la Culture cultivent d’abord les défis. Ayant décidé un jour qu’en 2009, Baghdad serait capitale de la culture arabe, il a fallu que leur collègue irakien leur rappelle la situation de son pays où les bombes et la mort supplantent au quotidien la musique et la poésie.
Revenus à la réalité, ces chers ministres se sont retrouvés en 2006 à Oman pour retirer leur généreux projet et choisir pour 2009 une option plus réaliste à leurs yeux : pas moins que Jérusalem ! Un symbole fort s’il en est. Très fort, énorme même. A la différence de plusieurs régions du monde, telles l’Europe et l’Amérique latine, qui pratiquent la recommandation de l’Unesco d’ériger des capitales culturelles régionales annuelles et qui mettent en compétition des villes entre elles (à la manière des évènements sportifs planétaires), le monde arabe fonctionne à la décision administrative, sans associer les intellectuels, les artistes, les associations culturelles… Pardi, pourquoi faire de la culture avec des gens de culture ? Ainsi, dans les rangs palestiniens mêmes, premiers surpris, des voix se sont fait entendre pour souligner le caractère « largement improvisé » de l’initiative, comme l’avait déclaré le journaliste et poète Najwan Darwich à El Ahram Hebdo. « Aucune étude préalable n’a été menée, pas même une évaluation des défis que pose le choix de cette ville si chère aux Arabes », poursuivait-il. Il révélait que son illustre homonyme, Mahmoud Darwich, peu avant son décès, avait refusé de présider le comité que l’Autorité palestinienne s’était empressée de constituer à l’invitation de la Ligue arabe. Motif : la cinquantaine de membres désignés de ce comité ne comprenait pas de Palestiniens dits de 1948 (soit ceux restés en Israël), ni aucun membre de la diaspora qui représente pourtant près de la moitié du peuple palestinien, estimé à 9,6 millions d’individus en 2003, selon le bureau palestinien des statistiques. De plus, la plupart des membres choisis n’appartiendraient pas aux milieux culturels ! Quelle pitié pour un des peuples les plus cultivés au monde qui comprend des universitaires à foison, des intellectuels de renom et des artistes émérites. Aux dernières nouvelles, on s’acheminerait vers une célébration déployée de l’évènement à travers toutes les capitales arabes. Ce serait sans doute une bonne chose ou un moindre mal. Mais ce serait aussi bien que, déploiement pour déploiement, l’évènement s’étende aussi à toutes les capitales du monde qui abritent de fortes communautés palestiniennes. Qu’est-ce qui pourrait empêcher les pays arabes, riches selon des sources autorisées, de louer des espaces à Berlin, New York, Rio de Janeiro, Montréal, Londres, Santiago du Chili (310 000 Palestiniens recensés au Chili en 2002 !), etc. et porter ainsi la culture palestinienne, comme sa cause, aux quatre coins du monde ? Un seul grand et bel évènement par ville suffirait déjà.
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