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« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

Bouteldja belkacem. Chanteur et pionnier du Raï

« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

Bouteldja Belkacem, l’enfant terrible d’Oran et d’El Hamri, est une légende vivante du raï pionnier. Contre toute attente, celui qui a été révélé par le tube des années 1965 Gatlek Zizia vit dans la précarité. Un cri du cœur et chœur avec une grande générosité



- Belkacem, tout à l’heure, vous m’avez dit que vous étiez souffrant, on s’excuse, on ne savait pas...
- C’est juste une petite maladie (pour ne pas dire que c’est grave). Incha Allah maïkoun ghir el khir (restons optimistes). Je vais suivre un traitement. J’espère que d’ici le mois de mars, je serai guéri Incha Allah.
- Vous ne voulez pas le dire par pudeur, vous vivez dans la précarité. Vous ne vivez pas de votre art...
- Vous savez, mes soins nécessitent une prise en charge, mais je n’ai personne pour me prêter assistance. Je suis seul, sans ressources. Je n’ai ni retraite ni pension. Ma épouse est sans emploi et je n’ai pas d’enfants qui travaillent.
- Depuis quand ?
- C’est depuis quarante ans que je suis comme cela. J’ai une fille mariée et une autre de 17 ans qui est lycéenne. Je ne vis pas de la musique raï depuis le 1er Festival de raï d’Oran en 1985, où on m’a remis le premier prix. Depuis, plus rien ! La précarité ! Une fois chaque an ou deux, l’on fait appel à moi pour participer à un concert, mais pour me payer, on me fait courir. Même le cachet n’est pas honoré. On laisse traîner deux mois, six mois et puis c’est le silence radio. Le concert de Sidi Bel Abbès, si ! L’hommage annoncé, programmé et affiché pour la clôture du festival de Sidi Bel Abbès n’a jamais eu lieu.
- Cela vous a touché...
- Le premier jour, on m’a annoncé qu’on allait me rendre hommage, j’étais content. Mais, j’ai rien vu. Saha bark ! (pourvu qu’on ait la santé en arabe)
- Pourtant, Bouteldja Belkacem est une légende du raï...
- Oui ! Mais comme je voulais faire du raï clean, propre... J’étais très fidèle au raï roots (racines). Je ne voulais pas changer le terme et le thème raï. Je voulais le laisser pur et brut de décoffrage. Un raï traditionnel et non pas hybride. Je ne voulais pas l’orientaliser ou l’occidentaliser, certes avec de temps à autre une nouvelle sensation orchestrale. Cependant, j’étais fidèle aux instruments traditionnels du raï.
- Belkacem Bouteldja demeure celui qui a fait vaciller le trône de la reine du raï rural, cheikha Rimitti, dans les années 1960, alors à peine âgé de 13 ans...
- C’était le 11 décembre 1965, j’avais 13 ans. J’avais sorti alors mon tout premier 45 tours Gatlek Zizia.
- Une reprise de cheikha El Wachma El Tmouchentia....
- Oui ! Celle d’El Wachma. Avec le titre Gatlek Zizia, j’avais mis fin au règne de Rimitti Allah yarhamha, cheikha Habiba, cheikha El Wachma, Hakoum, Kaifouh de Témouchent... J’avais déstabilisé le marché du disque de l’époque.
- Qu’est-ce qu’écoutait le jeune Belkacem Bouteldja ?
- J’écoutais beaucoup Abdelhalim Hafez et Brahim El Allami, quand on habitait El Hamri, le quartier où je suis né. J’appréciais Ahmed Saber, Blaoui Houari, Ahmed Wahby, Boudjemaâ (El Ankis), c’était mon ami intime, mon frère... J’aimais le chaâbi. J’ai écouté énormément Otis Redding, James Brown, George Brassens, Dalida, Alain Barrière, Charles Aznavour...
- Et puis une belle rencontre, celle du duo d’enfer qui allait révolutionner le raï ancien : Bouteldja et Bellemou...
- Oui, c’était en 1974. C’était l’avènement du raï-pop. On animait alors les fêtes et les mariages avec Bellemou (Messaoud). On avait incorporé de nouveaux instruments. Le saxophone, la trompette, le tbal (tambour traditionnel) et les karkabou (percussions métalliques). Et moi, j’étais chanteur et joueur de derbouka (percussions).
- Ce qui a donné le succès Zerga Ou Mesra avec Bellemou...
- Oui, c’était le boom. Le tube !
- Et puis, le raïman Boutaïba Seghir...
- J’ai travaillé beaucoup avec Mohamed (Boutaïba Seghir) et Benfissa dans les mariages.
- Qu’est-ce que cela vous fait-il que vous soyez les précurseurs du raï ?
- Oui, on a ouvert la voie (voix) du raï. Mais ce n’est pas terminé. Là, maintenant, j’espère que Khaled reviendra au raï roots. Il a la force et l’âme pour ça. Il peut revenir avec les qacidate (textes, poésies). Il en a encore dans le coffre.
- Et les nouveaux chebs...
- Non ! Impossible ! Ils ne peuvent pas ! Parce qu’ils n’ont pas débuté avec l’ancien raï. Ils ont commencé avec un raï sophistiqué et numérique, alors que Khaled a débuté avec l’accordéon, l’oûd, la derbouka, le violon, le tambourin. Des instruments vivants, acoustiques mais pas assistés. Il connaît la musique. C’est un vrai raïman.
- C’est votre fils spirituel...
- Exactement ! C’est mon fils, oui ! Il peut faire quelque chose. Et il sera mieux qu’il était au début. C’est le retour aux sources du raï.
- Le raï est-il mort ?
- Non, je ne le pense pas. Est-ce que le rock est mort. Est-ce que le blues est mort ? Le raï, c’est la même chose. Le raï, c’est un phénomène musical. Cependant, le raï actuellement est sorti de son cadre. Il a perdu son âme qui est vivante mais pas conservée.
- A l’époque, le raï était censuré...
- On ne passait ni à la radio ni à la télévision. Le raï était censuré. Ce n’est qu’à partir du 1er Festival du raï d’Oran en 1985 que les radios et télévisions commençaient à diffuser de la musique raï.
- Sous le vernis du raïman se cache un grand amateur de poésie, de ch’ir el melhoun Abdelkader El Khaldi...
- Je suis d’obédience khladéen (rires). J’ai appris par cœur ses poésies. Bakhta que j’interprète diffère de celle de Khaled que je respecte. Je la chante wahrani-makhazni mais pas moderne. J’ai pris et appris des chouyoukh comme Hamada, Madani, Charef Bekheira avec la poésie El Hamman.
- Il faudrait penser à éditer ce registre des poésies du ch’ir el melhoun à titre de préservation des musiques du terroir...
- Si tu es censuré à la radio, il n’y a pas d’archives.Tu n’existes pas, voilà.
- Donc, vous n’êtes pas sollicité pour un projet d’édition...
- Oui, pourquoi pas. Je suis disponible pour une réalisation collégiale. Djamel Larroussi m’a annoncé depuis l’Allemagne qu’il était en train de produire un album pour Boutaïba Seghir. J’étais très content pour lui.



Par K. Smaïl

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  Voir aussi...

Edition du 20 mars 2009

« Le passage du sacré au profane est quelque chose de très fréquent »
Hadj Miliani, auteur, spécialiste du Raï

Edition du 13 décembre 2005

Nouvel album N’ta Goudami
Cheikha Rimitti

Edition du 17 juin 2009

outeldja et Boutaïba en concert
10 Festival de musique de l’IMA B

Edition du 24 octobre 2005

Héraut de la guitare
Concert de Lotfi Attar de Raïna Raï

Edition du 29 mars 2009

Des racines et des airs… de Liberté
Khaled. Star de la musique raï

Edition du 29 septembre 2004

Ils ont dit de lui...

Edition du 16 mai 2006

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Avis des lecteurs...

Le 31.03.2009 à 16h56
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

COMME BOUTELDJA J’etais petit et j’ai ecoute une tres belle chanson milouda fin kounti win darti lawlid je dis au minitére de la culture hchouma alihoum win darou rjal bonne guerisson mon bouteldja de paris ahmed le bonjour a toute ta famille

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Le 7.01.2009 à 22h27
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

Je me souviens d’une pochette de disque qui se trouvait dans la vitrine du magasin de mr Bouchama frères situé rue Gambetta avec le 45 tours sur lequel il y avait la photo de Boutelja Belgacem...effectivement je crois en 1965 à Annaba.J’habitais rue El kods , je passais tous les matins pour rejoindre le lycée St Augustin...J’ai gardé cette image intacte puisqu’à la lecture du nom de ce grand artiste je me suis souvenu de ce disque avec une belle photo du jeune Bouteldja !Il faudrait créer une mutuelle sous forme associative ou autre pour venir en aide aux artistes qui n’ont plus de travail ou trop âgé.L’état doit s’occuper de ses artistes !

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Le 7.01.2009 à 00h27
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

ya si Belkacem, je viens de lire l article sur ta precaire situation financiere.Tu es l un des inventeurs du rai.Je suis vraiment ému.On connait Khaled qui a un grand coeur.S´il va lire l article comme moi ce soir,ou bien peut etre ton ami djamal Laroussi qui vit comme moi en allemagne,je suis certain qu ils vont t aider.Mes respects á l artiste.Abdellah Merabet de Bonn (Allemagne)

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Le 6.01.2009 à 17h44
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

khalida et les autres:la culture de KHALIDA TOUMI PUISE son intelligence dans les sabots de ATHMANE ARIOUET que tous les algeriens ont admire lors de son film :CARNAVAL FI DACHRA.COMMENT expliquer aux algeriens qu’une femme opposante a un systeme politique se retrouve bizarement MINISTRE DU GOUVERNEMENT de ce systeme et de la CULTURE c’ést sans commentaire BOUTELJA tu n’ést pas seul dans ce pays

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Le 6.01.2009 à 16h48
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

En france cet homme noble et talentueux vivrait bien grâce à la SACEM qui symbolise le respect des artistes par l’Etat. Où est l’Etat algérien pour lequel des millions de vie ont été sacrifiées. Pauvre algérie devenue cadavérique ; Pauvre algériens réduits à une existence d’asticots.

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Le 6.01.2009 à 13h49
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

Sacré bonhomme,un big Wahrani qui as fait éxplosé la musique comme un feux d’arifice,un big bang au dessus de Wahrane et de tous les tatouine les bains de la planéte,pendant que mme culture ronronne dans les zaouias ,des grigris sous les oreilles pour ne pas se reveiller.A vous les courges de la culture ,je vous HAIS ! PS:Je peux t offrir le gite et le couvert (c est sincere)de ce coté de la grande mare,ca pourais alleger leur putain de prise en charge medical. Couvre toi bien mon Ami. Kamel.

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Le 6.01.2009 à 11h42
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

c’est honteux d’entendre de nos jours un grand artiste comme Bouteldja qui a marqué par sa musique une bonne periode de notre âge, vivre dans la misère. Et dire que nous avons un ministere de la culture qui en principe devrait prendre soins de nos anciens artistes. Mais chez nous on attend la mort pour rendre hommage à nos artistes, nos intelectuels et nos moudjahids.

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Le 6.01.2009 à 11h25
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

voilà un pays où l’artiste, l’intellectuel et le scientifique n’ont pas de valeur et ne peuvent être désignés comme des références pour les futures générations.

voilà un pays où l’art, la création et l’intelligence n’ont pas de place.

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Le 6.01.2009 à 09h40
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

C’est la rançon de la gloire des artistes algériens qui n’ont aucune protection sociale, ni droit d’auteur, rien... Tout est à construire si on le permet. Il faut une réelle politique culturelle qui fait atrocement défaut en Algérie. La culture dans un pays est un des grands moyen de canalyser et d’éduquer les jeunes populations. Les pays comme la France investissent des dizaines de millions d’Euros pour mettre sur pied des dispositifs liés à l’éducation culturelle et aux actions à l’innovation au bénéfice des populations. Un artiste comme Boutelja est un modèle de créativité pour les générations naissantes !

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Le 6.01.2009 à 09h32
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

c’est malheureux, mon cher ami, de te voir dans cette situation, y a bien tes confréres du RAI, Khaled puisque tu le dit, pourquoi ne pas organiser un concert dont les dividentes te seront versés, c’est toujours ça et souhaitons que les médias télévision surtout puissent te permettre un show par un jeudi soir ça nous ferez un grand plaisir ya chikh Bouteldja.

répondre
« Je vis dans la précarité sans retraite ni ressources »

Khaled est un égoïste, il ne pense jamais aux autres artistes, bien au contraire il les descend quand il sont à sa portée.


la précarité des artistes

d’ailleurs comme tous nos artistes,dès qu’il ya un probleme c’est la mort lente c’est bien dommage pour eux à qui le tour ?





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