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Jean Dherbey :coopérant des années post-indépendance : « J’ai appris un art de vivre »

A l’automne de ce millésime ô combien agité (1968), Jean Dherbey débarque en Algérie dans la région de Jijel. Il aurait dû rester seulement 18 mois, mais il rempile et ne quitte le pays qu’en 1973. Avec le recul, Jean Dherbey se souvient, quarante après, de ses années algériennes. Il les raconte dans un livre, Rive sud ou le temps de l’espoir, paru récemment aux éditions Bénévent.



Au moment de la guerre d’Algérie, vous étiez adolescent, vous en avez entendu parler ?

- Oui, parce qu’il y avait des jeunes du pays, je me souviens du nom de l’un d’eux dont la mort nous avait tous affectés. Et puis mon père, dans les années 1930, avait été zouave dans le 9e régiment, il avait, entre 1942 et 1944, aidé les résistants dans le Vercors.

Quel était son regard sur cette guerre et en quoi en avez-vous été imprégné ?

- J’ai la plus grande reconnaissance pour lui. Dès 1954 il a dit : « Il ne faut pas se battre ». J’étais petit mais je me rappelle. Il avait défendu un Algérien qui était venu dans le bar où mon père se trouvait ; un homme avait proféré des propos racistes, mon père l’a mis dehors en lui disant : « Cet homme s’est battu pour nous pendant la guerre, et toi, tu étais où. Moi j’étais dans le Vercors pour aider la résistance. Tant que je serais vivant tu ne pourras pas avoir de tels propos ». Lorsque 1962 arrive, quels ont été vos souvenirs ? Je me rappelle de la signature du cessez-le-feu en mars. J’écoutais la radio, je suis entré dans le bar et j’ai dit : « La guerre est finie ! Un silence m’a répondu. J’étais très déçu. Seul mon père m’a dit bravo » !

Que cela voulait-il dire ?

- Il était content que cela se termine, car il avait énormément souffert durant la guerre, il aimait beaucoup les Algériens et il ne supportait pas ce conflit qu’il considérait fratricide. Il n’y a donc pas de hasard. Votre départ en Algérie était écrit, si on peut dire ainsi... C’est vrai. J’ai subi des pressions énormes pour ne pas y aller. On disait : « Tu vas te faire égorger, étriper », mais mon père est le seul qui m’a soutenu. Culturellement, il était passé par-là et il affirmait que cela se passerait bien et que les gens étaient accueillants, que c’est un beau pays. Au début, j’avais l’impression d’avoir été un peu orgueilleux de tenter cette aventure sans transition, d’être parachuté de mon village dans ce pays dont je ne connaissais rien encore mais qui, très vite, m’a claqué à la gueule.

Vous étiez parti pour 18 mois, vous êtes resté quatre ans.

- Finalement, à quoi tient cet attachement, à quelque chose qui colle aux semelles et dont on n’arrive pas à se débarrasser ? Oui, cette formule me convient, car c’était vraiment pour moi une nouvelle vie.

En Algérie, vous avez découvert aussi le melting-pot des enseignants de plusieurs nationalités. Qu’est-ce que vous en retirez ?

- D’abord, un grand coup de chapeau à mes élèves tiraillés entre plusieurs cultures et qui s’en sortaient extrêmement bien. Je me dis que c’était extrêmement difficile à gérer, mais a contrario c’était une richesse culturelle extraordinaire.

Qu’avez-vous laissé derrière vous ?

- Un apprentissage de la vie, un art de vivre, un regard sur le monde que jamais je n’ai retrouvé ailleurs, une culture que j’avais appris à aimer tout en pouvant critiquer des travers, et je laissais des élèves qui m’ont appris autant que je leur ai appris.



Par Walid Mebarek

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Avis des lecteurs...

Le 14.01.2010 à 11h00
Jean Dherbey :coopérant des années post-indépendance

J’ai eu Mr Dherbey comme enseignant des mathématiques en classe de quatrième au cours de l’année scolaire 1970-1971. Je savais, à l’époque d’ailleurs, que Mr Dherbey était plutôt un professeur des Sciences naturelles, mais en débit de ce fait ce grand Monsieur avait l’art et la manière de nous faire aimer, avec une voix grave et un visage très sérieux mais souriant, les mathématiques. Pour moi, petit campagnard qui débarquait à Djidjellli pour continuer mes études, « la classe de math était un vrai régal » je découvrais, avec Mr Dherbey, les premiers postulats et théorèmes de la géométrie euclidienne et surtout le plaisir des démonstrations mathématiques et de la rigueur des équations algébriques !. La patience pour les maths qu’il avait imprégnée en moi était telle que j’apprenais par cœur des théorèmes que nous n’avions pas encore vus en classe. Et je me souviens q’une fois notre cher professeur me demandait de démontrer que la longueur d’un segment AB était égale à la moitie de celle d’un autre segment CD. J’ai cité sans hésitation le théorème du segment qui joint les milieux des deux côtés adjacents dans un triangle…. « Allons ..Mr Barama nous n’avons pas encore vu ce théorème.., mais ça va être justement l’objet de notre leçon d’aujourd’hui.. » me faisait remarquer mon prof. Je peux dire maintenant, après plus de 40 ans, que le chemin qui ma conduit à devenir professeur de physique à l’université avait certainement son point de départ dans cette classe de quatrième ou ce grand monsieur exerçait son métier avec beaucoup d’amour et de compétence. Alors je profite de cette occasion pour lui dire : …Mr Jean Dherbey.. grand merci !

Professeur S.E. BARAMA N.B. Mr Dherby était un grand joueur du rugby et je me rappelle encore des matchs qu’il faisait avec l’équipe des coopérants de Jijel contre celles des autres villes algériennes (notamment celle de Bougie) et au cours desquels il était la grande vedette !.

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Le 21.08.2009 à 17h58
Jean Dherbey :coopérant des années post-indépendance : « J’ai appris un art de vivre »

je viens de lire par hasard sur votre site (dont un ami m’a communiqué l’adresse)l’avis d’un de mes anciens élèves. Cela me va droit au coeur. Il est bien évident que vous pouvez lui communiquer mon adresse email. Je tiens à préciser que je suis retourné en Algérie en mars de cette année après près de quarante ans d’absence, invité par un de mes anciens élèves. L’accueil que j’ai reçu de tous à Alger et à Jijel est plus qu’inoubliable, il n’est pas racontable parce qu’écrit avec le coeur en mémoire d’une amitié qui ne s’est jamais défaite malgré le temps et la distance. Cela ne fait que renforcer l’idée que j’avais développée dans mon livre "Rive Sud". Quand ce pays donne son amitié il ne la reprend jamais, le problème le plus important est de la mériter... Je pense que je retournerai encore sous peu en Algérie car je n’ai pu que très superficiellement rendre ce qui m’a été si généreusement donné. Jean Dherbey

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Le 20.07.2009 à 07h06
Jean Dherbey :coopérant des années post-indépendance : « J’ai appris un art de vivre »

J ai eu Mr DHERBEY comme professeur de math au college Jules Ferry a Djidjelli. En plus d etre un excellent prof ,il a ete un guide qui nous a fortement influence, et c est grace a lui que j ai pu aller plus loin dans mes etudes. je temoigne que c est un amoureux de l algerie , un defenseur des algeriens ,un juste qui semait la lumiere.

Je vous serai reconnaissant si vous pouvez me communiquer les coordonnees de Mr Dherbey.

Salutations amicales.

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