« L’action économique de l’Etat est nécessaire »
Après vingt-cinq ans passés comme expert économique aux Nations unies, Issam Al Zaïm fut nommé, en juin 2000, ministre du Plan par le président syrien Bachar Al Assad. En décembre 2001, il devient ministre de l’Industrie. Fervent partisan du secteur industriel public, il a défendu, lors de sa participation au colloque organisé la semaine dernière par l’Association algérienne pour le développement de la recherche en sciences sociales, l’idée de l’intervention nécessaire de l’Etat dans toute tentative visant à instaurer une politique industrielle capable d’intégrer le système de globalisation qui prévaut actuellement.
Y a-t-il aujourd’hui une politique industrielle dans les pays du Maghreb ?
On constate aujourd’hui qu’il y a, en général, une faiblesse dans les politiques industrielles. Dans certains cas, il n’y a vraiment pas de politique. Dans d’autres cas, ces politiques ne sont pas suffisamment claires, nettes et cohérentes, ou bien, subissent des déformations lors de leur mise en application. Car l’application d’une bonne politique industrielle nécessite des éléments techniques et politiques. Le rôle économique de l’Etat devient alors primordial notamment en ce temps de globalisation où les défis de la croissance et du développement social et économique deviennent énormes.
Avons-nous alors absolument besoin, aujourd’hui, d’une politique industrielle ?
Si on avait besoin d’une politique industrielle à l’époque où il y avait du protectionnisme et où il y avait des frontières qui barraient la route à la compétition, nous en avons besoin encore davantage aujourd’hui, dès lors que le monde est devenu un espace ouvert et que les défis sont devenus plus grands. Nous avons en effet plus que jamais besoin d’une politique industrielle qui soit à même de nous permettre de déterminer les options à suivre. Pour moi, certes, il est plus difficile aujourd’hui d’élaborer une politique industrielle et de la pratiquer, mais actuellement, une telle démarche devient beaucoup plus nécessaire qu’auparavant.
Que faut-il donc faire pour favoriser la mise en place de politiques industrielles efficaces ?
Il est clair que la thèse des néolibéraux qui consiste à demander aux pays en voie de développement de désengager l’Etat de l’action économique va à l’encontre des intérêts des peuples de ces pays. Tous les pays à économie de marché développée à l’exemple de la France, l’Allemagne, l’Angleterre et même des Etats-Unis, ont pratiqué l’intervention active et ouverte de l’Etat notamment en période de construction de l’économie capitaliste. Aujourd’hui, les pays en développement ont besoin de construire leur économie et à plus forte raison ont besoin de l’Etat qui intervient. La question qui se pose aujourd’hui ce n’est plus celle de l’indépendance économique qui devient pratiquement impossible dans ce contexte de globalisation, mais c’est de savoir comment acquérir une certaine autonomie, une autosuffisance et de les maximiser. Donc l’objectif d’une politique industrielle c’est de pouvoir saisir les meilleures opportunités pour une nation et pour son économie de manière à créer de l’emploi, de produire des biens et des services et aussi d’améliorer son commerce d’exportation. Car une politique économique a aussi pour objectif d’intervenir dans un espace ouvert, de mettre l’accent sur le marché national, tout en tenant compte du marché international.
Quel rôle doit être dévolu aux technologies dans la mise en place de politiques industrielles dans les pays comme l’Algérie ?
Les questions de l’industrie et des technologies sont aujourd’hui inséparables. Plus que jamais, la technologie affecte aujourd’hui l’industrie. L’innovation technologique et devenue extrêmement rapide et radicale et l’industrie en subit les conséquences. C’est la raison pour laquelle il faudrait instaurer une politique industrielle très alerte qui saisit la réalité dans son changement, dans sa transformation et qui enrichit la pratique industrielle par des innovations continuelles.
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