Alger relance la médiation entre les rebelles et Bamako
Alger s’accroche à l’idée de relancer l’accord de paix de juillet 2006 entre la rébellion touareg et le gouvernement malien. Dans la discrétion, des discussions ont eu lieu ces trois derniers jours à la résidence d’Etat Djenane Al Mithaq à Alger. Aucune information n’a filtré de ces pourparlers menés sous la direction du facilitateur Abdelkrim Ghrieb, ambassadeur d’Algérie à Bamako. Le 21 juin 2008, Abdelkrim Ghrieb a réuni à Alger les représentants de tous les rebelles maliens et leur a demandé de parler d’une seule voix pour faire avancer leur cause. Le général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale malien, et l’inspecteur général de police, Mahamadou Diagouraga, chef du comité de suivi de l’Accord d’Alger, ont dirigé, ces trois derniers jours, la délégation officielle venue faire le point sur l’évolution du dossier. « Nous avons posé les jalons des futures négociations mais toujours dans le cadre de l’accord d’Alger.
Le facilitateur algérien a parlé franchement, les envoyés du Mali également », a indiqué un membre de la délégation malienne, cité par l’agence française AFP. Selon le quotidien malien Le Républicain, le médiateur algérien a posé comme préalable, avant la relance du dialogue, l’unification des rangs des groupes rebelles du nord du Mali. « Cette étape a été franchie avec succès. Les représentants du gouvernement malien ont trouvé sur place des interlocuteurs disposés au dialogue, à déposer les armes et à s’embarquer dans le navire de la paix », a souligné le journal. Il a rappelé que la reprise de la médiation algérienne s’est faite dans un contexte difficile, marqué par la pluralité des groupes armés, dont certains ne se réclament plus de l’Alliance du 23 mai pour le changement et la démocratie, signataire de l’Accord d’Alger.
« LE CADRE, C’EST TOUJOURS L’ACCORD D’ALGER »
« Le constat d’une accalmie sur le terrain traduit l’efficacité de la médiation algérienne », a ajouté Le Républicain. Autre journal malien, Le Challenger tient un autre discours. « Les rebelles multiplient les attaques quand les autorités maliennes cherchent à résoudre la crise par la négociation. Ils se réfugient en Algérie quand les mêmes autorités maliennes décident de procéder par la manière forte. Et l’Algérie n’a jamais décrié ce comportement », a-t-il écrit. Plus loin, le journal s’est interrogé : « Il n’y a guère longtemps, l’Algérie faisait la sourde oreille quand Bahanga, Fagaga et consorts posaient des mines antipersonnel et se réfugiaient dans ce pays avec armes et munitions volées ! Quand est-ce que l’Algérie cessera son jeu de diversion ? » Dimanche 29 juin, en marge du sommet de l’Union africaine, qui se tient en Egypte, le président Abdelaziz Bouteflika a discuté avec son homologue malien Amadou Toumani Touré (ATT) sur plusieurs questions, dont la situation au nord du Mali. Début juin, ATT a indiqué que sur les 18 points inscrits dans l’Accord d’Alger, 15 ont trouvé des voies de solutions. « Les autorités restent intransigeantes sur la défense de l’intégrité du territoire, autrement dit, sur le maintien de l’armée partout où besoin est », a-t-il estimé.
Des rebelles avaient demandé le départ des troupes maliennes de certaines région du nord du pays. Ce qui a compliqué la situation puisque des accrochages, parfois intenses, ont eu lieu ces dernières semaines entre l’armée régulière et les rebelles. Natié Plea, ministre malien de la Défense, a visité Alger le 5 juin et rencontré des responsables militaires pour discuter de ce point ainsi que de la sécurité aux frontières. « Nous avons échangé utilement des points de vue liés aux préoccupations communes qui touchent à la sécurité de nos frontières. Nous avons envisagé de mener ensemble des actions concertées pour gérer ce problème sensible », a-t-il déclaré. La reprise des négociations devait être accompagnée par l’arrêt des hostilités. La demande a été faite par Alger. Demande acceptée par Bamako qui préfère de loin l’action de médiation algérienne à celle de la Libye. « On ne va pas multiplier les canaux de médiation. Le médiateur, c’est l’Algérie, et le cadre c’est toujours l’accord d’Alger », a précisé une source de la Présidence. Récemment, l’ex-ambassadeur des Etats-Unis à Alger, Robert Ford, a soutenu que Washington approuve l’accord d’Alger et appuie les efforts de l’Algérie en vue de régler la crise au nord du Mali. La médiation que Tripoli tente de lancer avec les rebelles touareg semble, elle, ne bénéficier d’aucune caution à Washington. Il est déjà annoncé que les pourparlers d’Alger vont durer des mois. Il sera probablement demandé, comme signe d’apaisement et de confiance, la libération par les rebelles, dirigés par Ibrahim Ag Bahanga, de prisonniers militaires. Demande similaire pour l’armée qui détient des éléments du Mouvement du 23 mai.
Par
