Abdelaziz Bouteflika tenait au référendum sur la réconciliation nationale. A ses yeux, cette initiative est incontournable, elle est essentielle et majeure pour faire taire les armes et surtout construire son projet politique. Elle doit solder une époque avec laquelle il est en désaccord et se sent étranger.
Annoncé en plein été, le référendum du 29 septembre, qui propose, en réalité, une amnistie générale, qui ne dit tout simplement pas son nom, aux groupes terroristes, intervient dans une conjoncture totalement défavorable à une telle entreprise politique. L’assassinat des deux diplomates en Irak a profondément bouleversé les Algériens pour qui il est bien difficile, aujourd’hui, de pardonner aux terroristes du GSPC qui avaient de fait recommandé à Al Qaîda d’exécuter Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi. Le contexte international est marqué par une exceptionnelle fièvre terroriste (attentats de Londres, d’Egypte... et les menaces persistantes des dirigeants d’Al Qaîda). Mais pour faire passer ses propositions de pardon aux terroristes, le président de la République a tenu un discours éradicateur, ce qui n’est pas dans ses habitudes, le plus sévère à l’égard des groupes terroristes depuis son arrivée au pouvoir en 1999, allant jusqu’à critiquer les anciens dirigeants du FIS - qui avait, en vain, prôné le djihad en Algérie - chose qu’il a soigneusement évitée jusqu’à présent. Le projet de charte paraît ambigu, d’autant qu’il semble focaliser l’essentiel sur l’aspect strictement sécuritaire. Il n’a pas évoqué, entre autres questions essentielles, l’utilisation de l’Islam à des fins politiques, l’une des graves dérives de la présidence de Chadli Bendjedid avec la légalisation de partis politiques à essence religieuse, et avec comme programme l’application de la charia - la violence politique comme mode opératoire ne semble pas bénéficier d’une analyse particulière. Le respect des libertés démocratiques n’est pas inscrit dans la démarche du président de la République, qui a étonné hier les cadres de la nation en affirmant que « la réconciliation nationale que je vous propose représente le seul compromis autorisé par les équilibres nationaux ». La phrase est lourde de sens. Abdelaziz Bouteflika a dû certainement composer avec les autres secteurs de l’Etat pour aboutir à un consensus acceptable par tous. Autre trait dominant de cette initiative, la volonté très nette de distinguer entre les « politiques » du FIS, qui seront à l’avenir définitivement interdits de revenir sur le devant de la scène, et les terroristes, qui peuvent bénéficier du « pardon » du peuple à condition de n’avoir pas participé à des massacres collectifs. Autre ambiguïté de taille. A moins que les autorités n’entendent fermer les yeux sur les crimes des uns et des autres pourvu que les maquis se vident.
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