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El Ouafate, version El Kobi

Mélomanie-Musique chaâbie

El Ouafate, version El Kobi

Dans le répertoire de la musique chaâbi, El Ouafate, qui est un véritable hymne à la gloire du retour du Prophète Mohammed vers son Créateur, reste certainement la chanson la plus mystique et aussi la plus difficile à moduler compte tenu d’abord de l’énorme charge de spiritualité qu’elle contient, et ensuite de la créativité instrumentale voire musicale qu’elle exige pour donner au texte toute la stature poétique et émotionnelle qu’il mérite.



C’est comme on dit, dans le jargon populaire, un gros morceau qui refuse toute velléité d’approximation, et rares sont les cheikhs dignes de ce nom qui ont osé s’aventurer sur un terrain aussi glissant de peur d’y laisser des plumes, en dehors du grand maître disparu El Anka qui l’avait chanté en des circonstances exceptionnelles sans jamais laisser de traces d’un quelconque enregistrement public, ou de Boudjemaâ El Ankis et vraisemblablement de Maâzouz Bouadjadj qui se sont eux aussi essayés à cette œuvre écrite par Ben Msayeb avec plus ou moins de bonheur. El Kobi s’est lancé presqu’un défi personnel en se joignant à la liste très fermée des interprètes d’El Ouafate avec cependant une conviction en tête, celle d’immortaliser (ou populariser) encore davantage une composition d’une richesse lyrique incomparable. « Chanter El Ouafate m’a toujours tenu à cœur, nous dit Abderrahmane. Mais c’est un texte tellement précieux, au contenu tellement sensible, qu’on ne peut pas l’interpréter n’importe où et n’importe comment. La chanson évoque la mort du Prophète Mohammed, c’est dire qu’elle porte en elle une charge spirituelle et émotionnelle très lourde. Elle doit baigner dans une atmosphère particulière, et s’adresser à un auditoire averti. Dans les fêtes familiales, on me la demande souvent mais je l’ai rarement chantée. » Mais pourquoi lui consacrer un CD ? « C’est une composition assez complexe et moi j’aime relever en quelque sorte les défis difficiles, reprend El Kobi. J’ai choisi ce texte d’abord parce que je le trouve sublime d’un point de vue de l’écriture, ensuite parce qu’il convient à mon style sur le plan de l’interprétation musicale. » En parfait dépositaire de l’école ankaouie, El Kobi se donne, en effet, à fond dans ce CD pour conserver à la chanson toute sa pureté poétique. On sent que l’artiste s’exprime avec ses tripes pour donner à chaque mot, à chaque phrase la tonalité qui convient. Même si les airs qui structurent l’habillage musical sont plus ou moins connus, il reste qu’en maniant avec subtilité le passage d’un mode à un autre, El Kobi a su trouver la mesure, le tempo idoine pour rendre son opus très accessible. Son second produit, en l’occurrence El Meknassia, est un véritable classique du patrimoine chaâbi qu’El Kobi a voulu, là aussi, fixer dans le temps en lui consacrant un autre CD. Cette chanson a fait école. Elle reste, malgré son âge, toujours d’actualité parce qu’on retrouve à notre époque les mêmes problèmes de la vie sociale tournant autour de la solidarité, l’amitié, la fidélité, la trahison... « J’aime beaucoup cette chanson, nous dit encore El Kobi. Kaddour El Aâlami a été un poète exceptionnel, et j’ai voulu lui rendre hommage. »Avec son empreinte ankaouie, El Kobi s’est senti très à l’aise dans l’interprétation de ce monument de chïir el melhoun, et confirme que son choix en direction de la qacida n’est pas fortuit.

- El Ouafate/ Abderrahmane El Kobi 1CD décembre 2006/ Edition Dounia



Par Abderezak Merad

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