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Du bain de foule au bain de sang

Le président de la République a échappé de « justesse » à un attentat kamikaze. C’est le premier du genre. Le convoi officiel du chef de l’Etat a été directement ciblé par les terroristes. Le bain de foule que s’apprêtait à recevoir le président Bouteflika dans la capitale des Aurès, Batna, s’est tragiquement transformé en bain de sang. Un jeudi noir à Batna.



Le bilan provisoire faisait état hier de 22 personnes décédées et de 107 blessées. Celles-ci n’ont hélas pas eu la même « chance » qu’avait le Président qui venait d’achever son périple à l’est du pays. L’attentat qui visait le cortège présidentiel manquera sa « cible » grâce surtout à la « vigilance » des citoyens de la ville venus, pour la deuxième fois en onze mois, accueillir le président Bouteflika. Selon les témoignages, une vingtaine de minutes avant l’arrivée du convoi présidentiel au centre de Batna, le kamikaze, qui s’était fait repérer, a actionné durant sa fuite sa bombe artisanale, faisant un carnage. L’ampleur du drame a fait presque oublier que c’est le Président qui était vraisemblablement la cible de cette tuerie. Les hauts responsables de l’Etat, à leur tête le ministre de l’Intérieur, ont presque réussi à faire passer au second plan le caractère « ciblé » de l’attentat. Même le président de la République n’en fait pas mention dans son intervention de jeudi soir. Par respect sans doute aux victimes et à leurs familles. Le Président, qui a cultivé le « silence » sur les attentats suicide du 11 avril dernier à Alger, a dû intervenir solennellement, sentant peut-être aussi bien sa personne que sa politique menacées par cette poussée démoniaque de violence. En apparence, l’attentat ne semble pas avoir ébranlé « l’homme » de la réconciliation ni sa détermination à préserver, déclarait-il, des « extrémistes de tous bords, le choix stratégique du peuple algérien » qui s’est prononcé en 2004 en faveur de la charte pour la paix et la réconciliation. Bouteflika multipliera même les gestes « forts » et « rassurants » envers la population locale traumatisée par l’amplitude du drame. Malgré le risque sécuritaire élevé, c’est à Batna que le chef de l’Etat s’est décidé à passer la nuit de jeudi à vendredi et même à accomplir le lendemain dans la mosquée du 1er Novembre les prières des morts et du vendredi. Le Président cherche-t-il à renvoyer à ses assaillants l’image d’un capitaine ne voulant pas abandonner son navire en plein chavirage ? Possible. Les « ennemis de la réconciliation nationale » et par ricochet ses propres ennemis sont à chercher, selon le Président, parmi ceux qui se sont mis sous la coupe de pays étrangers pour déstabiliser l’Algérie. Noureddine Yazid Zerhouni, le puissant ministre de l’Intérieur du président de la République qui a multiplié de son côté les interventions médiatiques, adopte le même ton de plaidoirie et désigne, comme son Président, la « main de l’étranger ». « Il n’y a personne en Algérie qui pourrait tirer profit de ce genre d’attentats », a-t-il souligné jeudi dernier et désigne les « envieux » : « Le retour de l’Algérie, déclarait-il à l’APS, sur la scène internationale a peut-être gêné certains intérêts étrangers. » Ce qui est certain pour Zerhouni, c’est que « les attentats à l’explosif sont les plus faciles à mettre en œuvre ». Même quand la cible est le Président ?!! A suivre le raisonnement, la réponse est « oui ». Les groupes terroristes, affirme encore le ministre, sont « contraints de trouver des moyens plus ingénieux pour atteindre leurs objectifs » mais « traqués », ils n’ont à présent d’autres « choix » que de se « rendre ou mourir » Face à la faiblesse des groupes terroristes, telle qu’elle est « déclarée » officiellement par le ministre de l’Intérieur, l’opinion retrouve des groupes terroristes de plus en plus violents, audacieux et résolus. De « vrais professionnels » du crime. Au point où même le chef de l’Etat leur paraît une cible possible à atteindre. Après les attentats « retentissants » d’Alger qui ont fait le 11 avril dernier 32 morts et plus de 200 blessés, les hauts représentants de l’Etat, les symboles même de la République, apparaissent comme des cibles privilégiées de la nouvelle direction du GSPC, devenu Al Qaïda pour le Maghreb. Des cibles vulnérables, en somme. L’attentat suicide du 11 avril dernier contre le Palais du gouvernement participe à coup sûr de cette optique du chaos qui consiste à mettre le pays à genoux en le décapitant. Cet attentat kamikaze, le premier qu’a connu l’Algérie, a soufflé toute une aile du siège du gouvernement et de nombreux bureaux appartenant au ministère de l’Intérieur.



Par Mohand Aziri

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