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Des cadres des Frères musulmans devant un tribunal militaire

Malgré les protestations de la société civile égyptienne

Des cadres des Frères musulmans devant un tribunal militaire

Le procès de 40 membres des Frères musulmans, accusés de financement d’une organisation interdite, a repris hier, dimanche, devant un tribunal militaire égyptien malgré les objections d’organisations des droits de l’homme et de personnalités de la société civile égyptienne.



L’audience, la troisième depuis l’ouverture du procès des opposants le 26 avril, se tient à huis clos sur une base militaire dans une banlieue du Caire. Elle doit être consacrée aux plaidoiries de la défense. Les observateurs des organisations non gouvernementales et les médias ont été interdits d’accès à la salle, où n’ont été admis que les parents au premier degré et les avocats porteurs de procurations des accusés, tandis que les avocats volontaires ont été refoulés, a constaté l’AFP. En début de séance, une commission d’experts – désignés par la cour – a procédé à l’examen des documents financiers dont des chèques, des documents de transactions, des statuts et relevés bancaires des accusés présents ainsi que ceux jugés par contumace. L’organisation des droits de l’homme Amnesty International a appelé, samedi, le président égyptien, Hosni Moubarak, à permettre à des observateurs indépendants d’assister au procès. « Nous nous adressons au président Moubarak, en tant que plus haute autorité d’Egypte, pour autoriser l’accès à cet important procès », a déclaré la secrétaire générale d’Amnesty, Irène Khan, dans un communiqué. « Il devrait permettre que (le procès) soit surveillé comme il le mérite », a-t-elle ajouté. Des observateurs d’ONG et des militants des droits de l’homme avaient été empêchés de suivre le procès lors des précédentes audiences. Détenus depuis décembre 2006, les 40 hommes, dont fait partie le numéro 3 de la confrérie, Khaïrat Al Chater, sont accusés de « blanchiment d’argent et financement d’une organisation interdite », accusations passibles de peine de mort devant un tribunal militaire. M. Chater a été maintenu en détention, de même que d’autres cadres des Frères musulmans malgré une décision de la cour d’assises ordonnant leur libération. Les Frères musulmans, officiellement interdits en tant que parti politique mais tolérés dans les faits, contrôlent un cinquième des sièges du Parlement.

« Tribunal impartial »

Le président Moubarak avait décidé de les déférer devant un tribunal militaire, dont les verdicts sont sans appel. « Nous nous opposons sans réserve à l’utilisation par le gouvernement égyptien de tribunaux militaires pour juger des civils », a poursuivi Mme Khan. « En Egypte, les juges des tribunaux militaires sont membres des forces armées, et ces tribunaux ne peuvent être considérés comme indépendants et impartiaux pour (le jugement) des civils », a-t-elle ajouté. « Leur utilisation pour des affaires hautement politiques – tel que l’actuel procès – semble indiquer que les accusés pourraient être privés d’un procès équitable », a-t-elle conclu. M. Chater et ses codétenus avaient été arrêtés lors d’une rafle dans les rangs de la confrérie après une démonstration d’arts martiaux d’aspect militaire, menée par des étudiants islamistes dans l’enceinte de l’Université islamique d’Al Azhar. Plusieurs personnalités de la société civile égyptienne ont signé une pétition circulant notamment sur le web pour protester contre « les attaques du pouvoir contre l’opposition » et pour refuser le recours à la justice militaire. Parmi ces signataires, on retrouve le réalisateur Youcef Chahine, les écrivains Ala’ Al Asswani et Son’ Allah Ibrahim, le poète Ahmed Fouad Nedjm, le scénariste Oussama Ahmed Okacha, etc., mais aussi des universitaires, des figures de la gauche et des journalistes. Dans un large encart publicitaire publié en première page du journal indépendant Al Dostour, le guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Mahdi Akef, a dénoncé le procès. « Juger des civils (...) devant un tribunal militaire est un grave recul qui menace les droits de l’homme et prouve au monde que l’Egypte traverse une phase d’instabilité », dénonce M. Akef. Il estime que juger ces personnes sur la base de présumés « crimes économiques » et geler leurs avoirs « aura des répercussions négatives sur les investissements et le développement » dans le pays. « Créer de la tension entre le régime et le peuple ne sert que l’intérêt des ennemis de la patrie : les sionistes et les Américains », affirme M. Akef. Par ailleurs, quatorze membres des Frères musulmans ont été arrêtés hier au sud du Caire, a indiqué à l’AFP une source des services de sécurité. Les quatorze membres ont été arrêtés dans un « camp d’entraînement » dans la région d’Abou Qatata, à Guiza, au sud de la capitale, selon cette source. « Des documents comportant les plans d’action de l’organisation interdite (des Frères musulmans) pour les prochains mois ont été retrouvés chez les personnes arrêtées », a-t-on ajouté de même source. Dix-huit Frères musulmans avaient été arrêtés le 27 juillet dans le nord du Caire. Une semaine auparavant, 21 autres membres ont été arrêtés à Marsa Matrouh, ville balnéaire dans le nord du pays.



Par R. I.

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