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Après les attentats de Bombay

Des accusations de plus en plus précises

L’Inde a lancé, hier, ses plus graves accusations à l’adresse du Pakistan depuis les attentats de Bombay, assurant que des officines de l’Etat pakistanais avaient « soutenu » ces attaques et accusant Islamabad de se servir du « terrorisme » pour lui nuire.



« Il y a suffisamment de preuves pour montrer que, vu la sophistication et la précision militaires des attaques de Bombay, elles avaient obligatoirement reçu le soutien de certaines agences officielles au Pakistan », a déclaré le Premier ministre Manmohan Singh. Devant les chefs de gouvernement des Etats fédérés indiens, M. Singh a accusé « le Pakistan de sponsoriser (et) d’utiliser le terrorisme comme un instrument de (sa) politique d’Etat », répétant que ce pays « avait dans le passé encouragé et offert un sanctuaire à des terroristes hostiles à l’Inde ». « Malheureusement, nous ne pouvons pas choisir nos voisins », a déploré cet Indien sikh, né en 1932 dans une partie du Pendjab, devenue territoire pakistanais lors de la Partition du sous-continent en 1947. Ces propos, beaucoup plus durs que d’habitude du Premier ministre, font suite à la transmission, lundi, par New Delhi à Islamabad, d’un dossier de preuves « accablantes » mouillant des « éléments pakistanais » dans les attentats de Bombay et dénonçant une « probable » complicité de hiérarques pakistanais. L’Inde, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne imputent le carnage de Bombay (172 morts, dont 9 assaillants) au Lashkar-e-Taïba (LeT), un groupe islamiste armé clandestin pakistanais. Ce mouvement, qui a nié toute responsabilité, aurait entraîné le commando de 10 assaillants, tous des Pakistanais selon New Delhi, épaulés par des « éléments » du régime pakistanais, c’est-à-dire liés aux services de renseignements d’Islamabad, affirment des responsables indiens sous couvert de l’anonymat.

De fait, « il est difficile de croire que quelque chose de cette ampleur, qui fut si longue à préparer, ait pu arriver sans que quiconque, n’importe où au sein de ‘‘l’establishment’’ ( l’ordre établi ou le pouvoir, ndlr) du Pakistan, ne sache que cela se déroulait », avait jugé, lundi, le secrétaire aux Affaires étrangères, Shiv Shankar Menon. Toutefois, le numéro 2 de la diplomatie indienne et le Premier ministre se gardent bien d’accuser explicitement le régime civil et démocratique d’Islamabad, ni les redoutables services secrets (Inter-services intelligence, ISI) d’avoir directement trempé dans les attentats.

En fait, l’Inde s’inquiète de la faiblesse du pouvoir du président pakistanais, Asif Ali Zardari, déstabilisé par le terrorisme islamiste et le poids historique de l’armée. « Plus un gouvernement est fragile, plus il risque d’agir de manière irresponsable », a averti M. Singh. Depuis les attaques islamistes qui ont frappé du 26 au 29 novembre la mégalopole, symbole de la puissance économique indienne, l’Inde et le Pakistan enchaînent les joutes diplomatiques, mais sans prendre de mesures concrètes pouvant les conduire à se faire la guerre. Les « frères ennemis », nés les 14 et 15 août 1947 de la partition bâclée et sanglante de l’empire britannique des Indes, se sont affrontés à trois reprises — dont deux fois à cause du Cachemire — et ont frôlé, en 2002, une quatrième confrontation, potentiellement atomique. Pour l’instant, les puissances nucléaires d’Asie du Sud ne peuvent pas courir le risque d’un nouveau conflit, relèvent experts et diplomates, même si leur laborieux processus de paix est de facto gelé. A défaut d’une confrontation par les armes, New Delhi maintient la pression sur Islamabad en lançant une grande offensive diplomatique à destination de la communauté internationale, notamment des Etats-Unis, qui soutiennent largement l’Inde sous le choc de leur « 11 septembre ».



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L’Inde étale ses preuves
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