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Curieux vagabondage

Etrange paysage linguistique que celui au sein duquel nous avons toujours évolué ! En Algérie, comme dans les autres pays du monde arabe, nous pratiquons une espèce d’expression qui nous est propre ou encore une traduction qui se fait le plus naturellement qu’il soit possible.



Cela va du dialectal avec toutes ses colorations régionales, ou à partir du berbère, vers la langue arabe classique, ou encore vers la langue française et vice-versa. Il va de soi que ce vagabondage curieux à travers toutes ces langues est dicté par notre propre quotidienneté. De ce fait, et pour ne citer que l’exemple de l’Algérien, celui-ci, même analphabète, s’est toujours fait son propre traducteur, puisqu’il passe du dialectal au berbère ou de ce dernier vers une langue française médiane. En d’autres termes, il fait, indirectement, un travail sur la langue, dans les deux sens, et en retour, il est travaillé par elle. En 1957, un traducteur travaillant à « Radio-Alger » fut arrêté par une patrouille de parachutistes dans une ruelle de la capitale. Interrogé, voire malmené par ces derniers, il ne put donner aucune réponse en langue française. Pourtant, il était détenteur d’une carte professionnelle prouvant qu’il exerçait effectivement le métier de traducteur. Il ne dut son salut qu’à l’intervention d’un de ses collègues qui passait par les lieux et qui devait expliquer que son ami était traducteur pour de vrai, mais, du dialectal algérien vers l’arabe classique ! Situation on ne peut plus illustrative d’un paysage linguistique qui n’a pas évolué grandement depuis. Le prophète Salomon, lui-même, qui avait la maîtrise du langage des oiseaux, ne s’en serait sorti qu’avec l’apport d’un interprète ! Cette situation linguistique, fortement ambigüe, nous la retrouvons dans le domaine de l’expression littéraire tout court. En effet, tout romancier écrivant en langue arabe, aussi bien en Algérie que dans le reste du monde arabe d’une manière générale, reproduit le même schéma face à la feuille blanche. Il ne fait, la plupart du temps, que transposer le dialectal de son pays en langue arabe classique. Cela se manifeste âprement dans la quête d’un style approprié dans lequel la verve populaire devrait, en principe, trouver sa place, d’où le travail acharné qui se fait sur la langue depuis une centaine d’années. Il faut cependant reconnaître une chose positive en ce cas d’espèce : le traducteur, quel qu’il soit, ne risquerait pas d’être traité de traître, car il n’est pas esclave de la littéralité. Tout juste s’il lui arrive, parfois, « d’énerver le sens », selon l’expression de Voltaire. En d’autres termes, les langues, dialectales ou savantes qui sont innées chez lui, passent aisément du caractère pluriel à celui du singulier, du polyphonique au monodique. Il ne peut en être autrement pour lui dès lors qu’il n’a pas à se brûler les méninges pour exprimer sa quotidienneté ou à faire les frais de ces « belles infidèles » dont parlent les linguistes et les théoriciens de la traduction littéraire.



Par Merzac Bagtache

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