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Couleurs primaires



En Amérique, il semblerait que la politique commence à peine à faire bon ménage avec le monde des couleurs, entendez les couleurs primaires. Même s’il est évident que le noir ne fait pas partie de ces dernières, il vient, avec les récentes élections présidentielles, de déclasser toutes les autres en se taillant, désormais, une place de choix parmi celles qui ont toujours dicté leur loi. Ainsi, amalgamé à n’importe quelle autre couleur, primaire fût elle ou composée, le noir tiendrait le haut du pavé, n’en déplaise aux tenants du White Anglo-Saxon Protestant. Primary colors, un roman abordant quelque peu dans ce sens et dont l’auteur a refusé de révéler son identité pendant un bon bout de temps, a réussi à pasticher la vie de Bill Clinton au moment où celui-ci battait campagne pour les présidentielles au début des années 90. On s’était dit alors dans la presse américaine que l’auteur de ce roman ne pouvait être qu’un homme de couleur gagné par les idées de Bill Clinton, puisque l’un des principaux meneurs de jeu dans cette campagne était Noir, et savait, comme personne, comment battre le rappel de ses compatriotes de couleur.

En fait, le véritable auteur du roman n’était autre que le grand journaliste et écrivain newyorkais, Joe Klein, qui devait obtempérer, en quelque sorte, à l’ordre de ses propres amis. En Amérique, il y a bien sûr les Blancs, il y a ensuite les hommes à la peau noire, c’est-à-dire ceux qui ont été amenés par force du continent africain durant les derniers siècles pour trimer dans les champs de coton et dans les fermes des maîtres blancs. Mais il y a aussi ceux qui ont la peau rouge, l’une des trois couleurs primaires, c’est-à-dire les Indiens autochtones dont le sang a été versé tout le long du dix-neuvième siècle, et qui se sont arrêtés de mener la guerre contre « les visages pâles » en 1890, à la bataille de Wounded Knee. Ceux-là n’ont jamais eu la chance d’accéder, vraiment, au stade de la lutte politique, telle qu’elle a toujours été menée aux USA.

Aucun politicien américain, apparemment, n’a eu le courage et le mérite, dans ses campagnes électoralistes, de prendre appui sur ces dépossédés de l’histoire, peut-être parce qu’ils ne dépassent plus les quelques centaines de milliers d’individus après avoir été des millions durant les siècles précédents. Leur avenir, à ce qu’il semble, demeure incertain, voire précaire, dans une Amérique qui compte beaucoup plus sur un équilibre social qui lui est spécifique, plutôt que sur ses variantes de couleurs. Pourtant, le rouge est une couleur primaire fondamentale, selon la définition qui a toujours prévalu dans tout le monde occidental, principalement en Amérique.Un spécialiste de l’histoire américaine à qui j’avais demandé, un jour, d’éclairer ma lanterne sur les relations sociohistoriques entre les Noirs et les Rouges d’Amérique, me dit que l’Indien a toujours eu un regard dépréciatif à l’endroit du Noir, tout simplement parce que ce dernier n’est pas chez lui, donc, sans terre. Y a-t-il donc espoir de voir la couleur rouge s’associer aux autres couleurs, et accéder ainsi à un niveau supérieur dans la vie politique et sociale en Amérique ? Les prochaines élections présidentielles américaines permettront-elles, un jour, à l’homme de couleur, à celui qui a la peau rouge, bien sûr, de prétendre, ne serait-ce que par simple jeu politique, à la magistrature suprême tel que cela a été le cas pour Barack Obama, cet émigré de l’Afrique orientale, ou encore pour cet autre émigré, l’Autrichien Scharzenegger, qui se trouve à la tête de l’Etat de Californie ?



Par Merzac Bagtache

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