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A quoi servent les cadres organisationnels régissant le fonctionnement de nos institutions : le Conseil des ministres, le conseil de gouvernement, les conseils interministériels, les conseils pédagogiques... ? Comment se peut-il, en effet, que ni le Conseil des ministres, ni le conseil de gouvernement, ni aucune autre sphère de décision n’ait eu à se rendre compte de l’anomalie criante concernant la conditionnalité de l’obtention du brevet imposée pour le passage en classe supérieure, relevée lundi par le président Bouteflika lors de sa visite à Sétif ? Boubekeur Benbouzid a reconnu publiquement devant l’opinion algérienne que son administration a été dure en majorant de manière inconsidérée et irréfléchie le coefficient du brevet dans les conditions de passage au palier supérieur de l’enseignement. Il prend acte de la remarque du président de la République et s’engage à revoir, dès l’année prochaine, à la baisse ce seuil. Ainsi donc, des dysfonctionnements sectoriels comme celui relevé par le président Bouteflika et qui n’ont pu trouver de solution dans un cadre organique peuvent être réglés, séance tenante, dès lors que le chef de l’Etat se saisit du dossier au détour de ses sorties sur le terrain. Au-delà du message politique que véhicule l’interpellation du ministre de l’Education par le président de la République en prime time devant les caméras de l’Entv — un message qui se plaît à montrer le président de la République dans une posture de chef de l’Exécutif au fait des grands et des petits problèmes du peuple, à l’écoute de ses préoccupations —, cette forme d’arbitrage dans le fonctionnement de nos institutions qui emprunte des canaux informels pose un sérieux problème quant au processus d’élaboration et de prise de décision. Indépendamment du caractère fondé ou non de l’observation du président de la République sur le secteur de l’éducation, la question vaut d’être posée : un président de la République a-t-il vocation, même dans un régime présidentiel, à se substituer au gouvernement sous la forme sur laquelle nous a habitués la communication présidentielle, c’est-à-dire en recourant à la télévision, pour gérer les affaires de la société ? Ce n’est pas la première fois que le chef de l’Etat use de ce procédé de citation directe des ministres du gouvernement ou de gestionnaires en braquant sur eux les projecteurs de la télévision et donc de la société. C’est une manière à lui de se réapproprier des pouvoirs dilués dans des organes de délibération dont il ne contrôle pas, selon toute vraisemblance, tout le processus. La mesure inique et tout bonnement saugrenue du département de M. Benbouzid aurait pu finir dans la trappe si tous les cadres de réflexion et de décision sectoriels, gouvernemental et jusqu’au Conseil des ministres avaient rempli pleinement leur mission. Le rôle de pompier dans lequel se confine Bouteflika a un coût politique. Il est des dégâts qui sont irréparables.



Par Omar Berbiche

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