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C'est nous les Africains...

Un film algérien au festival de cannes

C’est nous les Africains...

C’est une œuvre d’une beauté poignante, des portraits profondément émouvants, une mise en scène très convaincante : c’est la très bonne nouvelle qu’on retient des Indigènes, le film de Rachid Bouchareb, qui concourt pour l’Algérie au 59e Festival de Cannes.



Et si Wong Kai Waï récompensa (en tant que président du jury international) cette œuvre magnifique, avec une palme d’or, ce sera un geste politique et historique car les images, l’histoire de ce film ont été absents, oubliés du cinéma jusqu’à présent. De longues recherches dans les archives de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ont permis à Rachid Bouchareb de se faire une idée sur l’authentique héroïsme des soldats du Maghreb et d’Afrique volontaires pour combattre au sein de l’armée française et libérer la France de l’occupation nazie, après un détour par l’Italie, également occupée. C’était cette « chair à canon » qui chantait La Marseillaise et C’est nous les Africains... qui (par milliers) a libéré Marseille, Toulon, l’Alsace, les Alpes, Monte Cassimo. Rachid Bouchareb trace quatre portraits de ces « indigènes » sans chrono, sans lyrisme, sans folklore, avec un récit historique qui garde tout au long du film un tempo vibrant, un souffle très large. Ce film rend hommage à un épisode unique dans l’histoire : celui des populations qui ont contribué vaillamment, en laissant d’innombrables pertes, à la libération de la puissance coloniale qui les avait auparavant occupés, massacrés et jamais reconnus comme des êtres humains dignes de respect. Ahmed Ben Bella (combattant à Monte Cassimo) a inspiré un personnage du film. Jeudi matin, après la séance de presse, où Indigènes a été très longuement ovationné, les journalistes disaient tous : pas de doute, c’est la Palme ! Une fameuse bande d’acteurs a accompagné ensuite Rachid Bouchareb à une salle de conférence bondée, des acteurs fantastiques, de premier ordre : Rochdy Zem, Samy Bouadjila, Jamel Debouze, Sami Naceri, Bernard Blancan... Khaled était présent aussi puisqu’il a renoué avec la musique dans ce film. Des acteurs vivants en France qui ont dit : à l’école, on ne nous a jamais dit ça et on aimerait que les livres d’histoire de France rétablissent la vérité. Rachid Bouchareb, pour sa part, a dit qu’il a senti la nécessité d’ouvrir une page oubliée de l’histoire de France. Les quatre acteurs maghrébins se sont engagé à faire le film sans lire le scénario qui n’était pas encore prêt. Ils ont pris un cours d’histoire quand Rachid Bouchareb leur a finalement donné le scénario. Debouze est même devenu coproducteur du film parce que le sujet lui paraissait digne et noble, il voulait arrêter de faire le clown. On lui avait proposé de tourner Astérix chez les Beurs... Au cours de plusieurs séjours à Alger, Rachid Bouchareb a été aidé par la télévision algérienne qui possède d’excellentes archives qu’on voit dans le film. Avec le très prestigieux précédent à Cannes : Chronique des années de braise de Lakhdar Hamina, palme d’or en 1975, rarement on a vu un film aussi incontestablement réussi sur l’histoire qui nous concerne.



Par Azzedine Mabrouki

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