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Boudjemâa Ghechir. Président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH)

« Nous demandons l’extinction des poursuites judiciaires »



- Une jeune fille, K. Habiba, résidant dans la wilaya de Tiaret, vient d’être poursuivie en justice pour « la pratique sans autorisation d’un culte non musulman ». Doit-on avoir une autorisation pour pratiquer une religion ?
- Ce cas est très grave. Il n’y a absolument aucun texte de loi qui exige une telle autorisation. La loi est claire et elle consacre la liberté de culte. Chaque personne a le droit de pratiquer la religion qui lui convient. De quel droit interdit-on aux gens de pratiquer une religion autre que musulmane ? Pour revenir au cas de la jeune Habiba, je pense que le fait d’avoir en sa possession des exemplaires de la Bible n’est pas un délit. Elle n’a pas été prise en flagrant délit. De plus, même l’Islam reconnaît et respecte les autres religions. Je ne vois pas pourquoi on recourt à des arsenaux juridiques qui, plus grave encore, sont mal interprétés pour faire respecter une religion ? Ce n’est pas de cette manière qu’on protège la religion musulmane. On ne peut pas interdire aux gens d’exercer une autre religion. Il y a un véritable amalgame et une incompréhension de la loi et de l’Islam.
- Justement, est-ce qu’il y a des textes de loi interdisant à des citoyens algériens d’avoir en leur possession des exemplaires de livres religieux ?
- Là aussi, il n’y a aucun texte. Personne ne peut empêcher un citoyen d’avoir des dizaines, voire des centaines de livres religieux, que ce soit le Coran ou la Bible. Si je suis musulman et je veux acheter des milliers d’exemplaires de Coran pour les offrir à la mosquée ou à mon entourage, je suis libre de le faire. La même chose est valable pour d’autres religieux. Le cas de cette jeune fille est vraiment saugrenu. C’est une véritable atteinte à la liberté individuelle et à la liberté de culte. Nous demandons tout simplement l’extinction des poursuites judiciaires contre elle et la cessation de ce genre de procès.
- On assiste depuis la promulgation de l’ordonnance de février 2006 fixant les règles et conditions d’exercice du culte autre que musulman à la multiplication des procès contre des personnes accusées de prosélytisme. N’y a-t-il pas une volonté de réprimer les autres religions ?
- C’est vrai qu’il faut codifier l’exercice des cultes, mais je pense qu’il y a une incompréhension des textes législatifs. La Constitution garantit la liberté de conscience et de culte, et il n’y a pas lieu d’obliger les gens à pratiquer telle ou telle religion. Il y a une véritable confusion.



Par Madjid Makedhi

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