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Augmentation des salaires

Le « oui, mais... » des économistes

Le gouvernement est-il en mesure d’augmenter les salaires ? La question fait rage au sommet de l’Etat. Alors que les ténors de la scène politique en profitent pour afficher leurs divergences, les syndicalistes autonomes, eux, mobilisent leurs troupes.



Mais l’avis des spécialistes sur la question des salaires est beaucoup plus nuancé.Pour M. Lamiri, économiste, il est indubitable que l’Etat augmente les salaires pour, dit-il, rattraper l’inflation perdue. « La croissance passe par une augmentation des salaires, qui serait beaucoup plus un effet de rattrapage, une partie de l’argent de l’Etat doit aller à l’éducation et une autre devra être réservée aux crédits pour les jeunes chômeurs », estime-t-il. Pour lui, l’Etat peut aujourd’hui aller jusqu’à 30% d’augmentation. « Au-delà, il sera difficile de supporter les coûts », explique-t-il. Mohamed Saib Musette, maître de recherche au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), estime, de son côté, qu’une importante augmentation des salaires à l’heure actuelle pourrait mener à d’autres problèmes. Pour lui, l’Algérie pourra supporter les coûts d’une augmentation des salaires à condition qu’elle conduise des réformes du système administratif. Ceci s’explique surtout par l’incohérence de la politique salariale algérienne. « Depuis les années 80, l’Etat n’établit plus d’études de poste pour savoir si les salaires sont justes. Malgré les nouvelles technologies qui sont apparues, le système est resté figé depuis plus de 20 ans. Le calcul du point indiciaire de la Fonction publique n’a pas bougé. L’on a gonflé les salaires par les primes mais il y a un véritable problème de fond qui se pose », constate M. Musette. Avant de procéder à une augmentation de salaires, l’Etat devrait, d’après lui, entamer une série de démarches pour « assainir » l’Administration. « Contrairement à ce qui se passe au Maroc et en Tunisie, la masse salariale de la Fonction publique est beaucoup trop importante. Il faut un réajustement des effectifs. Les caisses de l’Etat ne peuvent pas supporter de telles dépenses sauf si l’on décide d’externaliser l’Administration. L’on peut éventuellement accorder le statut particulier aux enseignants s’il y a une parité entre l’enseignement privé et public pour assurer un partage des coûts », explique-t-il. Et de trancher : « L’Etat ne peut pas augmenter les salaires sans actualiser les études de postes avec les indices des années 80. Il faut créer un observatoire sur les salaires en Algérie pour plus de lisibilité. On doit absolument moderniser son système administratif. » Les autorités publiques pourraient cependant, selon M. Musette, augmenter les salaires en diminuant les charges de la Caisse nationale de l’assurance sociale (Cnas). « De nombreux pays utilisent cette astuce », lance-t-il.



Par Amel Blidi

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