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   Arts et Lettres












Afrique. Continent littéraire

La saga de l’histoire

La littérature africaine est une littérature riche et multiple qui ne peut se définir sans se rapporter à l’histoire, notamment coloniale.



De ce point de vue, 1885 est une année-clé.C’est en effet l’année de la conférence de Berlin qui a vu les puissances européennes se partager ce continent sans tenir compte des anciennes frontières naturelles et culturelles. Ce partage a préétabli les zones linguistiques en Afrique, si grandes qu’il existe à l’intérieur de celles-ci des différences qui s’expriment à travers la littérature. On parle donc de littérature francophone au nord du Sahara ou littérature maghrébine, avec ses littératures nationales comme la littérature algérienne, marocaine ou tunisienne. On parle également de littérature francophone au sud du Sahara, celle de l’Afrique de l’ouest, avec aussi ses littératures nationales comme les littératures du Sénégal, du Mali, de Côte d’Ivoire, du Bénin, du Cameroun ou de Guinée. Chacune de ces littératures possède ses caractéristiques et ses spécificités. C’est un Algérien, Abdelkader Hadj Hamou avec Zohra la femme du mineur, roman écrit en 1925, qui signe l’acte de naissance de la littérature africaine francophone. Quatre grandes périodes marquent l’évolution des littératures africaines : une période assimilationniste avec des auteurs qui voulaient démontrer qu’ils étaient capables d’écrire comme les auteurs français, avec un vocabulaire châtié et une syntaxe irréprochable. Pour ces romanciers et poètes, le modèle était sans aucun doute celui de la littérature française classique. Cette littérature du début était imitatrice et le fait colonial apparaissait peu ou pas du tout, sinon pour en faire l’éloge comme dans le roman Force bonté de Bakary Diallo, écrit dans les années 1920, qui parle des bienfaits de l’armée française. Dans cette littérature les romanciers décrivent avec exaltation les bienfaits de la puissance coloniale. Certains développent même un discours à la gloire du christianisme par exemple qui a sauvé les Africains des affres de la barbarie. Dans les années 1950, les littératures africaines s’inscrivent dans la mouvance nationaliste. Cette littérature est marquée par des écrivains, tels que Kateb Yacine avec son unique roman Nedjma, et Sembene Ousmane avec le superbe Les Bouts de bois de Dieu. Cette littérature qui inclut des romanciers reconnus comme Birago Diop, Seydou Badian, Mango Beti, Léopold Sédar Senghor, Sembene Ousmane, Cheikh Hamidou Kane ou encore Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri, qui développent avec talent et parfois humour, une littérature « réactive » à un système colonial inique. Ferdinand Oyono ou Mongo Beti ont montré les dysfonctionnements d’une société coloniale dont l’absurde est montré du doigt comme dans Le vieux nègre et la médaille. La relation entre l’histoire du continent et les littératures africaines est très étroite. Les années 1960 ont vu le début d’une ère nouvelle, suite à la remise en cause des puissances coloniales, la guerre d’Algérie étant l’élément majeur de cette révolte des « damnés de la terre » pour reprendre l’expression de Frantz Fanon. Après les indépendances et quelques œuvres annonciatrices d’espoir, un début d’irritation et de mécontentement a commencé à se faire sentir, et cela s’est traduit par des œuvres comme Les alouettes naïves de Assia Djebar. Une fois l’euphorie tombée, une nouvelle réalité a commencé à être perçue par des populations en mal d’équité et de partage. Les romanciers et les poètes se sont fait un devoir d’exprimer les travers de leurs sociétés, d’exprimer leurs déceptions. Une nouvelle vague littéraire, celle de la contestation, a dépeint le comportement mafieux de certains nouveaux dirigeants. La nouvelle réalité post-indépendante était amère car ceux qui ont pris les rênes à la place des anciens colonisateurs étaient plutôt préoccupés par leurs propres intérêts que par l’intérêt des peuples qui attendaient une amélioration de leur vie quotidienne. La déception vis-à-vis de la gestion catastrophique des indépendances a été dépeinte avec force révolte. Les romanciers africains francophones ont utilisé leur talent de conteur pour dénoncer cet état de fait comme Ahmadou Kourouma avec Le Soleil des indépendances, ou Rachid Boudjedra avec La Répudiation, deux œuvres phares qui ont cassé le discours de leurs aînés et dont le problème n’était plus le colonialisme mais la période post-indépendance. Cette nouvelle littérature a surpris le monde littéraire par sa force de dénonciation, par sa qualité d’écriture et d’innovation dans les techniques narratives. Des textes forts ont été publiés au Sénégal, au Cameroun, au Mali, en Algérie ou au Congo, où le romancier Sony Labou Tansi fait figure d’intellectuel engagé avec l’Ante-Peuple ou Lorsa Lopez avec Les sept solitudes de. Ces auteurs de la troisième génération s’approprient la langue française et le réalisme magique intègre cette écriture de la contestation. Aujourd’hui, la littérature africaine francophone est toujours présente, malgré l’annonce maintes fois répétée de sa fin. La littérature africaine est rebelle, combative, engagée. Cette littérature enrichit la langue française en la malmenant, en y introduisant les mythes, l’esprit africain et ses mythes ainsi qu’une oralité qui investit le style écrit et le transforme en lui donnant un nouveau souffle.



Par Benaouda Lebdaï

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