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Affaire Kadhafi-Echourouq

Lourd réquisitoire contre le journal

Lourd réquisitoire contre le quotidien arabophone Echourouq El Youmi. Le procureur général près la cour d’appel d’Alger a requis, hier à l’ouverture du procès en appel de l’affaire opposant le guide libyen, Mâammar Kadhafi, à Echourouq, des peines maximales contre le directeur du journal et la journaliste auteur des deux articles jugés « diffamatoires ».



En effet, le procureur général a demandé une année de prison ferme à l’encontre de la journaliste Naïla Berrahal et du directeur de publication du quotidien, Ali Fodil, ainsi qu’une amende de 500 000 DA contre chacun. Il a également requis une année de suspension à l’encontre de la publication. C’est le double de la peine infligée, le 31 novembre 2006, par le tribunal correctionnel de Hussein Dey contre eux. Le tribunal de première instance avait, rappelons-le, condamné les confrères Naïla Berrahal et Ali Fodil à une peine de 6 mois de prison ferme, assortie d’une amende de 20 000 DA chacun. Pour sa part, Echourouq s’est vu infliger une suspension de deux mois et condamné à verser 500 000 DA de dommages et intérêts au plaignant. Dans son intervention, le procureur général, après avoir souligné que « le recours du leader libyen à la justice algérienne constitue une fierté pour cette dernière », a estimé que les articles mis en cause « nuisent aux relations algéro-libyennes ». « Leurs méfaits sont plus importants que leur utilité », a-t-il déclaré. De son côté, la partie civile, constituée de deux avocats, a abondé dans le même sens en considérant qu’« au-delà de la diffamation, les articles en question renferment des accusations contre le guide libyen ». Le parquet a introduit un recours contre ce jugement. Les deux journalistes, quant à eux, ont affirmé devant la cour leurs bonnes intentions. La rédactrice de l’article, Naïla Berrahal, est revenue sur les circonstances qui l’ont conduite à mener cette enquête. Une enquête évoquant « des manœuvres d’agents libyens » envoyés par Kadhafi dans le Sud algérien pour convaincre les Touareg d’adhérer à son projet « du grand Sahara ». « Au cours d’un reportage que j’ai effectué à Tamanrasset sur les us et coutumes de la région, j’avais rencontré certains Touareg et notables qui m’ont fourni les informations qui ont été publiées », a-t-elle expliqué, en précisant que ces notables, parmi lesquels figuraient l’actuel Amenokal Mohamed Ibn El Hadj Moussa Akhamoukh, sont prêts à témoigner devant la cour. Par ailleurs, la défense, constituée de trois avocats, a demandé le rejet de la requête pour nullité d’acte de procédure. Le directeur de rédaction d’Echourouq, Anis Rahmani, joint par téléphone, « s’est dit surpris par la demande du procureur ». « Nous sommes aujourd’hui convaincus qu’il y a une volonté de châtier Echourouq. Il y a des parties qui veulent condamner Echourouq à travers cette affaire », a-t-il déclaré. Selon notre interlocuteur, les faits relatés par la journaliste « sont fondés et la justice doit convoquer les Touareg algériens pour témoignage ». « Nous avons fourni toutes les preuves sur la véracité des faits. Il y a même une résolution du conseil national du FLN, datée de mai 2006, qui parlait du plan Kadhafi au Sud algérien », a-t-il précisé, en affirmant que le journal avait pour seule intention de défendre l’intérêt national. « Même le président Bouteflika n’a pas bénéficié de tels avantages. Si on veut résoudre une crise diplomatique avec la Libye, il ne faut pas le faire sur le dos d’Echourouq », a-t-il ajouté. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a également dénoncé ce réquisitoire. « Le SNJ, solidaire avec les journalistes et le quotidien Echourouq, dénonce ce jugement arbitraire qui prouve, une nouvelle fois, que le système n’a jamais abandonné son projet secret tendant à réprimer la liberté d’expression et de la presse en Algérie, malgré les discours occasionnels destinés à l’opinion publique étrangère », a noté le SNJ dans un communiqué rendu public.



Par Madjid Makedhi

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