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Abdelvetah Ould Mohamed. Éditorialiste au journal mauritanien Le Calame

« Il y a plus de liberté de ton en Mauritanie »



- Donnez-nous un aperçu sur la presse en Mauritanie...
- La presse en Mauritanie fait actuellement face à un grand défi : la professionnalisation. C’est une presse qui tarde à se professionnaliser. Elle dispose aujourd’hui d’un arsenal juridique qui lui offre un espace de libertés. Un grand espace si l’on ose le comparer à celui qui prévaut dans des pays de la sous-région, du Maghreb et de toute l’Afrique noire. Une autorité de la presse audiovisuelle a été mise en place. Le nouveau statut pour le journaliste est en gestation. Et la carte nationale de presse sera bientôt introduite. Bref, il y a tout un arsenal juridique en chantier pour mettre le journaliste dans une situation confortable. Et encore faudra-t-il que la presse se prenne en charge sur le plan éthique et professionnel. Aussi, la presse mauritanienne souffre de manque de moyens, surtout matériels. Nouakchott infos, l’un des principaux quotidiens dans le pays, tire à 1500 exemplaires. Le Calame, un hebdomadaire bien lu, tire à 2000 exemplaires. Le lectorat est quasiment inexistant, sinon concentré au niveau de la capitale, Nouakchott. Ce manque de lectorat est aussi lié à la tradition orale bien ancrée dans le pays.
- Où se situe la différence entre la presse algérienne et mauritanienne ?
- La transition politique qu’a connue récemment le pays a consacré la liberté d’expression et de ton. Cela fait qu’aujourd’hui la presse mauritanienne est plus libérée que la presse algérienne. Il s’agit d’un acquis indéniable dont jouissent les journalistes mauritaniens au moment où les journalistes algériens risquent de finir en prison pour un écrit. Autrement dit, il y a plus de liberté de ton en Mauritanie qu’en Algérie. Cependant, la presse algérienne, quant à elle, a fait un saut impressionnant dans la professionnalisation. Des journaux disposent de rotatives et arrivent à confectionner des quotidiens de qualité.
- Que pensez-vous des rapports entre la presse des deux pays ?
- Je pense qu’il est nécessaire que la presse des deux pays, voire l’ensemble des pays du Maghreb, travaille en synergie. Il y a beaucoup d’informations qu’on peut échanger. Au lieu de subir le traitement de l’information des agences occidentales, ne faudrait-il pas asseoir une véritable collaboration en la matière entre nos rédactions. Il faut établir de véritables passerelles entre les médias des deux pays et des autres pays maghrébins. C’est très important, car c’est aussi un moyen de faire pression sur les gouvernements afin qu’ils fassent sauter les verrous juridiques empêchant le journaliste d’exercer pleinement et en toute liberté son métier.
- Quelle appréciation faites-vous du séminaire sur la presse organisé à El Watan et auquel vous avez pris part ?
- Ce séminaire était un très grand rendez-vous pour moi. Bénéfique à tout point de vue. Il m’a permis de découvrir la nouvelle tendance du traitement de l’information diffusée par la presse écrite. Laquelle presse est aujourd’hui, il faut le dire, affrontée à la rude concurrence des chaînes de télévision et de l’internet. Cette nouvelle tendance est axée sur le visuel. En plus de la présentation de l’expérience du quotidien El Watan dans l’application de cette nouvelle approche, ce séminaire m’a permis de surfer et de découvrir visuellement ce qui se fait dans le monde, notamment en Italie et aux Etats-Unis. Mon souhait est que de tels séminaires se multiplient afin de prendre le train de l’évolution du journalisme et atteindre les standards internationaux applicables en la matière. De telles formations contribueront inéluctablement à améliorer la qualité technique de la presse au Maghreb, en Mauritanie surtout. Car la presse mauritanienne active actuellement dans un cadre informel qui ne l’aide pas à se développer.



Par Mokrane Ait Ouarabi

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