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L’incroyable retour de Sonatrach

Alnaft a enfin lancé son premier appel à manifestation d’intérêt. L’Algérie a mis entre parenthèses durant quatre années l’exploration de son domaine minier pétro-gazier. Quatre années où tout a changé.



Au début 2004, le ministre de l’Energie, Chakib Khelil, ferraillait dur pour faire passer une réforme du secteur des hydrocarbures charpentée comme une danseuse du ventre. Tout pour attirer les investisseurs étrangers dans l’amont algérien. Le risque « officiel » était alors qu’ils ne viennent pas. Plus grave, qu’ils aillent chez les voisins du Sahel. Le partage de production, le droit de préemption de Sonatrach, son statut de partenaire d’office : jetés dans le déshabillage. Quatre années ont tout soufflé et l’Algérie, la dernière des pays à plus d’un million de barils/jour de production, s’est réveillée au nouveau rapport de force énergétique mondial. Merci Chavez, Poutine et peut-être merci le roi Abdallah d’Arabie. Un comble. La production de pétrole se raréfiera plus vite qu’annoncé. Les propriétaires des gisements à découvrir n’ont pas à se déhancher pour accueillir le « risque de la prospection ». L’argumentaire de la réforme Khelil, déboulonnée sans jamais avoir été appliquée dans son volet le plus défavorable à Sonatrach, reposait sur le besoin d’argent. Il faut maximiser les revenus du pétrole aujourd’hui car rien ne dit que le monde ne changera pas de modèle énergétique demain. Telle était l’alarme au ministère de l’Energie. Quatre années de hausse continuelle du prix du baril ont démonté cette approche. A références d’offres techniques équivalentes, les appels d’offres d’avant 2004 se tranchaient au droit d’entrée le plus élevé financièrement. La génération d’appel d’offres d’Alnaft, l’agence de gestion des contrats d’exploration, va se construire des critères d’attribution de permis de recherche « plus complexes ». C’est le ministre de l’Energie qui en a annoncé lui-même la teneur. Ce n’est plus une affaire d’argent, mais une occasion d’emmener Sonatrach dans la cour des plus grands. Les candidats à l’entrée sur les 15 blocs soumis à la manifestation d’intérêt sont donc tenus de faire plus que des offres techniques et financières pour s’emparer du contrat d’exploration. Ils doivent décliner devant Alnaft leur disposition à développer un partenariat avec Sonatrach ailleurs dans le monde. Et pas seulement dans l’amont. Entendre partager les marges confortables qu’offre l’accès au client final. Retournement de scène. C’est aux firmes étrangères d’esquisser des pas de danse. Pour creuser des puits en Algérie, sans garantie de succès. Sonatrach est l’incroyable gagnant de cette « révolution » au sens cosmique du terme. Au bord du KO en 2004-2005, acculé à courir exactement le même risque que tout nouveau-venu sur le domaine minier algérien, et destiné à devenir un producteur minoritaire à l’horizon 2025, Sonatrach redevient incontournable. Mais plus seulement sur le périmètre finalement étriqué de l’amont pétrolier algérien. Sonatrach va sortir vers le monde dans le sillage de ses tuyaux. Qui est l’inspirateur de cette nouvelle orientation ? Chakib Khelil ? Quel beau repenti il ferait. Les chiffres indiquent mieux ce qui s’est passé. Le prix moyen du baril était de 38 dollars en 2004, de 55 dollars en 2005, de 66 dollars en 2006, de 75 dollars en 2007. Le FMI prévoit qu’il sera de 90 dollars en 2008. Que faire dans ce cas ? Faire danser ses invités et s’excuser de ce que c’est maintenant la règle partout dans le monde du pétrole rare.



Par El Kadi Ihsane

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