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Temoignage-Une soiree de ramadhan : Entre deux cheikhs, mon cœur balance

Un lecteur nous a fait parvenir ce texte savoureux sur une double passion, problématique pour un soir... Vous aussi, envoyez-nous les récits de votre vie culturelle. La semaine dernière, vous avez mis en tête dans votre agenda deux concerts de musique, celui de Cheikh Gaffour et celui de Cheikh Sidi Bémol. J’ai 47 ans et comme je suis assis entre deux chaises (de générations), il se trouve que ces deux grands artistes sont mes préférés.



Je suis un admirateur inconditionnel de Cheikh Ghaffour avec sa voix belle et claire, sa maîtrise parfaite de son art et aussi sa personnalité. Il est toujours resté en dehors du circuit commercial et il a toujours été d’une probité exceptionnelle avec le public. Cheikh Ghaffour, c’est pour moi la grande classe, celle des cheikhs d’antan. Quand on l’entend, on est pris par l’émotion et quand on le voit, on est pris par l’admiration. Et malgré son âge, il continue à être un des plus grands et pour moi, le plus grand. Pour Cheikh Sidi Bémol qui doit avoir mon âge je pense, il est aussi un grand artiste dans un autre genre (son titre de Cheikh, comme le reste de son nom, c’est de l’humour). D’ailleurs, on ne peut pas déterminer son genre vue son originalité. Je retrouve en lui mon amour de la chanson traditionnelle algérienne (de toute l’Algérie) et ma passion pour les musiques modernes de notre jeunesse, le blues, le jazz, etc… Il a réussi à mélanger tout ça avec talent et surtout des textes qui traitent de la société actuelle. Je ne suis pas un spécialiste mais pour moi, il a modernisé le chaabi en lui apportant d’autres sources.

Donc, quand j’ai vu leurs photos dans votre journal, j’ai eu une grande joie qui s’est vite envolée puisqu’ils passaient le même jour et à la même heure. Un terrible problème. Pendant le ftour en famille, j’en ai parlé. Les enfants m’ont poussé bien sûr à aller voir Cheikh Sidi Bémol. Je leur ai dit que c’était bien mais qu’ils avaient tord de ne pas connaître Cheikh Ghaffour. Ma femme était de mon avis. Mais comme je n’arrivais pas à me décider, elle m’a dit que je pouvais trancher par le respect dû à l’âge. Donc priorité au plus cheikh des deux cheikhs. C’était la solution la plus sage et je pense que même Sidi Bémol me donnerait raison.

Nous avons terminé notre repas. J’ai pris un bon café et une bonne cigarette (excuses pour cette mauvaise publicité) et nous sommes tous sortis après. J’ai laissé mon fils aîné conduire pour qu’il me dépose avec sa mère au Palais de la Culture de Kouba pour voir Cheikh Ghaffour et pour aller ensuite avec son frère et sa sœur voir Cheikh Sidi Bémol au Théâtre de Verdure. Un plan bien organisé. Mais ma voiture a décidé que nous n’irons nulle part ! La batterie était à plat et notre moral aussi. La morale c’est que je n’ai pas eu à choisir. Je suis resté à la maison en écoutant les CD des deux cheikhs et en enviant ceux qui étaient près d’eux. Mais j’ai pu faire découvrir un peu Cheikh Ghaffour à mes enfants. J’ai décidé alors de vous écrire ce texte pour saluer les deux Cheikhs et demander à l’ENTV pourquoi elle ne faisait pas des retransmissions en direct des bons spectacles actuels. Si c’est une question d’audience, il y a des artistes algériens qui en ont plus que deux galeries de supporters d’un match de foot. Et si ma voiture est tombée en panne, il y a des tas d’Algériens qui n’en ont pas, sans compter tous ceux qui habitent à l’intérieur du pays.
- (Birkhadem)



Par M. S.

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