L’ouverture et « la main lourde de la droite »
Un gouvernement de compétences, de parité et d’ouverture. C’est ce qu’a voulu Nicolas Sarkozy avec la formation du gouvernement annoncé hier matin et qui sera conduit par François Fillon.
Paris : De notre bureau
Sept femmes, dont une Franco-Maghrébine, huit hommes, une ouverture à des personnalités de gauche avec les socialistes Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, secondé par un secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, (proche du couple Hollande-Royal) et à Eric Besson (ancien secrétaire national à l’économie du Parti socialiste), nommé secrétaire d’Etat chargé de Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques ; puis du centre avec Hervé Morin, (ancien président du groupe UDF à l’Assemblée nationale), nommé à la Défense. L’ouverture à la société civile a été réalisée avec la nomination de Martin Hirsch (président de Emmaüs France) , haut-commissaire aux « Solidarités actives ». Bernard Kouchner, qui a fait partie de l’équipe du Pacte présidentiel de Ségolène Royal, a précisé que « socialiste je suis, socialiste je resterai ». Quelle sera son champ de manœuvre, le président Sarkozy ayant déjà annoncé qu’il suivra de près les questions des relations internationales ? La création d’un Conseil de sécurité nationale, structure inspirée de ce qui existe aux Etats-Unis, et qui serait chargée de conseiller le chef de l’Etat sur les grands dossiers stratégiques et internationaux, pourrait accentuer la « présidentialisation » de la politique étrangère. Pour diriger l’équipe diplomatique à l’Elysée, Nicolas Sarkozy s’est attaché les services de Jean-David Levitte, un expert des dossiers internationaux, qui a longuement collaboré avec Jacques Chirac. De nouveaux ministères ou des ministères avec de nouveaux intitulés ont été créés. C’est le cas du nouveau ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du codéveloppement confié au fidèle des fidèles Brice Hortefeux ; du ministère d’Etat – le seul – confié à Alain Juppé englobant l’Environnement, le Développement durable, l’Energie et les Transports. Le ministère de l’Economie, des Finances et de l’Emploi revient à Jean-Louis Borloo ; celui de l’Intérieur à Michèle Alliot-Marie. Le gouvernement compte peu de Sarkozystes de la première heure, à l’exception de Brice Hortefeux, Rachida Dati, et Bertrand Xavier. La nomination de la Franco-Maghrébine à la Justice n’est pas une surprise, l’ancienne magistrate qui s’est fait remarquer par ses compétences quand elle était conseillère de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, ou sa porte-parole durant la campagne électorale, a, semble-t-il, fait savoir qu’elle ne prendrait pas le ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration. Plusieurs ministres du gouvernement Villepin ont été écartés. C’est le cas de Philippe Douste-Blazy, Thierry Breton, Pascal Clément, Gilles de Robien, Renaud Dutreil, Dominique Perben, Gérard Larcher, Renaud Donnedieu de Vabres.
Quelle marge de manœuvre pour François Fillon ?
Jusqu’où ira la liberté d’action du chef du gouvernement François Fillon – discret, réservé – face à un président de la République très énergique et présent sur tous les fronts ? En aura-t-il ? « Les élections présidentielles ont amené nos concitoyens à choisir une politique nouvelle. C’est mon devoir, c’est mon mandat (...) Je respecterai tous les engagements que nous avons pris parce que la rénovation de la vie politique est à ce prix », a souligné jeudi François Fillon. Dans son livre La France peut supporter la vérité, publié à l’automne 2006, il se dit partisan d’un « régime présidentiel à la française » où le président « doit diriger le gouvernement, expliquer ses choix au pays et rendre des comptes devant le Parlement ». Il précise toutefois que le Premier ministre ne doit pas pour autant être « aux ordres du président de la République ». Au nom du Parti socialiste, dans une déclaration à l’AFP, Benoît Hamon affirmait jeudi que « si Nicolas Sarkozy a pris soin d’agiter sa petite main gauche depuis deux jours par le débauchage de personnalités venues de la gauche et en rendant hommage (au résistant communiste) Guy Môquet, la nomination de Fillon ramène à la réalité : sa main droite sera lourde et ne fera pas de sentiment ». Rappelant les réformes de l’éducation et des retraites menées par M. Fillon sous les gouvernements Raffarin, M. Hamon relève qu’« au cours des cinq dernières années, c’est lui qui a mené les charges les plus lourdes contre le modèle social français ».
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