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Festival national du rap à Annaba

Le hip-hop a l’accord parental

Pour sa soirée inaugurale de mardi dernier sur un programme d’animation étalé sur trois jours, le Festival national de la musique rap, organisé par la direction de la culture de la wilaya en collaboration avec la commission communale de la culture et du sport de l’APC de Annaba, a offert aux amoureux un menu de musique rap composé de tempos calleux, rageurs et coriaces.



Tout y passe. En présence de plusieurs centaines de spectateurs composés de jeunes et également de familles, les jeunes artistes, parfois en herbe, ont mis en effervescence par le gestuel et les paroles leur auditoire. De 21h et jusque tard dans la nuit, sur la scène du théâtre de verdure Mohamed Boudiaf, tour à tour, malgré leur inexpérience face au public qui a trémoussé et écumé, les jeunes rappeurs se sont lancés dans des rythmes de chansons et de grognes au micro. On avait l’impression qu’ils voulaient donner libre cours à l’expression d’une vengeance inassouvie vis-à-vis de ceux qu’ils estiment être les auteurs de leurs déboires. Par hoquets successifs et irrésistibles, ils progressaient avec de grands écarts de jambes et mouvements de buste. Le tout était suivi de rétablissements fulgurants qui arrachent des cris du côté de leur jeune public. Des « papiches » et même des « mémés » ont été prises dans le piège des trépignements furieux sous les regards amusés de leur progéniture. Les jeunes artistes sont apparus dans des prestations presque acrobatiques. A ces dernières, ils ont ajouté leur énergie juvénile, le paroxysme de leur impatience à croquer la vie et leur voix profonde tirée des entrailles générées par la malvie à laquelle ils sont confrontés. Ces jeunes ont travaillé sur scène avec la naïveté de débutants pour les uns et l’expérience des plateaux pour les autres. Ils se sont produits avec des formes musicales typiquement algériennes tel le raï. Ils ont évolué dans un style de plus en plus rythmé pour aboutir à un idiome plus physique que lyrique en conservant la brutalité et l’âme du rap. Sans le vouloir peut-être, ces jeunes chanteurs avaient glissé vers une élocution proche de l’improvisation sinon de l’incantation. La rythmique stagnait obstinément sur un seul accord de la musique techno. Limités à des chansons combien pleines de tirades, leur musique hachurée de notes graves ou aiguës, ils se sont octroyé des variations extrêmement concises dans le ton et dans la gamme. Toutes leurs chansons témoignaient du quotidien d’une jeunesse avide de liberté et de découverte de nouveaux horizons, de sa façon de voir, d’entendre et de sentir. Ces chanteurs ont ainsi exprimé tout le défi qui oppose les générations et des réponses au pouvoir qui tout en étant indirectes sont l’expression sans détour d’une vie intense mais pleine de déceptions. Pour cette première soirée de rap dans une ville qui se réveille tard le matin et qui veille jusqu’à l’aube en cette période estivale, les compositions des groupes de rap sont restées très free. C’est-à-dire engagées comme s’il s’agissait pour ces jeunes de pousser le défi à l’extrême. Ils l’on fait avec des gammes distendues, des notes sans apparente relation tout en se côtoyant et des lignes mélodiques qui crissent et qui se chevauchent. Certes, cela a déplu à certains spectateurs qui ont préféré partir. Mais, tout le mérite de ces jeunes rappeurs et adeptes de la musique hip-hop réside dans leurs efforts à vouloir rendre le message non pas déchiffrable, mais plus accessible. Ainsi sans trahir quoi que ce soit de leur tempérament et regard du monde, les rappeurs ont réussi à entraîner plusieurs camarades de leur âge dans une sarabande tout en ne les privant pas de paroles futuristes.



Par A. Djabali

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